Quelle laïcité ?

Policiers attaqués et brûlés, professeurs et médecins agressés, c’est un recul sans précédent de l’État qui manifeste une inquiétante régression de civilisation. Ne tournons pas autour du pot, ces événements sont une conséquence de l’excès d’immigration, elle-même responsable de l’extension de l’islam en France. Problème, ne l’oublions pas, qui remonte à plusieurs décennies, mais qui fut constamment nié par toutes nos élites qui ont obstinément refusé de voir venir le drame, ceux qui osaient l’évoquer étant aussitôt taxés « d’extrême droite » et de « racistes », et donc interdits de parole, soumis au silence comme des parias – et malgré l’évidence des faits, ce déni demeure chez beaucoup.

Notre République laïque a-t-elle encore le ressort pour relever ce défi ? Elle ne le pourra qu’à condition d’avoir une juste compréhension de la laïcité, ce qui suppose d’éviter deux écueils :

– d’abord, d’appréhender la religion comme une entité en soi dont il faut se méfier car porteuse de divisions, voire même de violence, comme si toutes les religions étaient plus ou moins semblables et en tout cas de même nature ;

– ensuite, de vouloir exclure la religion de toute la sphère publique pour la cantonner au domaine privé et individuel, comme si c’était un gage de la paix publique.

Il faut bien comprendre que le multiculturalisme relativiste qui est le nôtre (qui accepte et met toutes les cultures sur le même plan) conduit inévitablement au communautarisme et donc à la fin du système républicain basé sur la laïcité. Nos politiques peuvent répéter à l’envi vouloir défendre la « République laïque », celle-ci est de fait incompatible avec la montée du communautarisme dans le contexte relativiste qu’ils refusent de remettre en cause.

Pour fonctionner, la laïcité suppose deux acquis qui, aujourd’hui, sont battus en brèche et contestés.

  1. D’abord, des principes communs forts qui s’ancrent au plus profond de l’histoire et de la tradition de la nation, qui en forment le soubassement nécessaire. En fait partie tout ce qui façonne « l’identité », ce que nous sommes en tant qu’être historique et culturel. Les récents attentats ont montré que nos compatriotes demeuraient viscéralement attachés aux valeurs de liberté (politique, religieuse, d’opinion…). Dans le même temps, cette liberté trop indéterminée s’est émancipée de ses liens avec les notions de vérité et de bien, et a ainsi perdu le sens des limites : nous sommes parvenus au stade où chacun doit être libre de se déterminer soi-même à tous les niveaux, sans référence désormais à une morale qui ne soit pas le fruit de la volonté humaine. Cette fausse conception de la liberté détruit le lien social et toute transcendance que la religion contribuait à maintenir en vivifiant la société au-delà des besoins matériels.

C’est là où la laïcité doit être bien comprise. La fameuse « neutralité » de l’État est une impasse si elle accueille les religions comme interchangeables sans tenir compte du poids de l’histoire qui nous a construits. Car, que l’on soit croyant ou non, nous sommes en Europe les héritiers de la civilisation judéo-chrétienne qui seule a permis l’éclosion du système politique démocratique qui est le nôtre. Il est donc normal que le christianisme ait une « visibilité », une prégnance que ne peuvent avoir les autres religions (crèches dans les espaces publics, fêtes religieuses chômées…). Au reste, toute religion a une dimension sociale qu’il est absurde de prétendre brimer autoritairement (cf. par exemple l’engagement des Églises auprès des plus pauvres, les écoles ou hôpitaux catholiques…). Le seul critère légitime pour limiter la visibilité d’une religion ne peut être que politique et non pas religieux : l’atteinte à l’ordre public, comme l’est par exemple le fait d’avoir le visage masqué (burqa).

  1. Il faut ensuite revenir à l’assimilation des étrangers qui souhaitent demeurer en France, c’est la seule façon d’éviter l’extension sans fin du multiculturalisme et donc du communautarisme. Cela suppose d’en limiter le nombre, l’assimilation ne pouvant s’opérer à trop grande échelle. Face à l’islam, nous avons déjà beaucoup trop cédé – sur le halal à la cantine, la mixité, etc. – ce qui ne fait qu’accroître les revendications communautaires des musulmans qui se sentent de plus en plus en position de force. L’assimilation implique que les nouveaux arrivants renoncent à une part d’eux-mêmes pour devenir à terme Français et donc, concrètement, que les musulmans choisissent entre la France et certains aspects de l’islam incompatibles avec nos lois et nos mœurs – ou parviennent à réformer leur religion en mettant en cause le Coran « parole incréée de Dieu », mais cet aspect dépend des musulmans, non de l’État.

L’assimilation n’a cependant de sens que si nous avons quelque chose d’aimable à offrir aux immigrés voulant rester chez nous, et que nous ayons la ferme volonté politique de nous y engager. Comment serait-ce possible aujourd’hui quand nous-mêmes n’aimons plus notre patrie et avons une démographie déclinante qui nous mène à la mort lente ? Si nous restons des sans-Dieu déracinés et avachis dans le consumérisme marchand, il est certain que non seulement nous ne pourrons assimiler personne, mais que ce sont les étrangers vigoureux et fiers qui imposeront peu à peu leurs normes, c’est la loi inexorable de l’histoire…

LA NEF n°286 Novembre 2016

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).