Official portrait of President Donald J. Trump, Friday, October 6, 2017. (Official White House photo by Shealah Craighead)

Trump : haine et désinformation

La présidentielle états-unienne ne fut une surprise que pour le cénacle de journalistes, commentateurs et sondeurs qui sont des idéologues fanatiques et aveugles bien plus que des analystes. L’élection n’a pourtant fait que confirmer ce que nous écrivions dans ces colonnes : que, d’abord, les deux grands partis sont mal en point, dépassés par une opinion qu’ils ne comprennent pas – d’où l’opposition des caciques républicains à l’inquiétant Trump, qui pourrait à terme scinder le parti en deux ; d’où, surtout, la mobilisation calamiteuse par le parti démocrate d’un vieux cheval de retour à la santé défaillante, remonté comme une mécanique par de multiples artifices, que nombre d’électeurs démocrates ne voulaient plus voir. La dynastie Clinton abandonne un parti vide, peut-être bientôt concurrencé par un rival de gauche créé cet hiver autour de Bernie Sanders – autre septuagénaire. L’Amérique officielle éclaterait-elle ?
Nous observions aussi ce que le succès de Donald Trump rend évident : qu’il y a deux États-Unis ; d’un côté une nation qui évolue peu, plus déclassée que ne le fait croire le spectacle que « l’Amérique » donne à voir, submergée par une immigration qui fit sa force et pourrait entraîner sa dislocation ; de l’autre un empire qui l’écrase, dont Washington, Hollywood et New York sont les archétypes (cf. La Nef n° 282, juin 2016). Comment s’étonner que cette nation habituellement silencieuse se fasse entendre et que son pragmatique et très indépendant héraut ait été élu malgré les tombereaux de propagande déversés sur l’électeur par la grande machinerie impériale ? Il est de toute façon probable que ladite machine « avalera » le nouveau président, lequel est toujours plus ou moins une façade (le Congrès, les think tank, les Services tirent les ficelles), de sorte que les passions qu’a soulevées cette élection violente et enflammée retomberont sans doute assez vite.
Peut-être le vrai sujet est-il ailleurs, dans la haine qu’ont déployée en France, dans tous les tuyaux médiatiques, à l’encontre du nouvel élu, les fanatiques qui n’admirent de l’Amérique que ses paillettes sans nullement la connaître. Exemples parmi d’autres : nos désinformés chargés de nous informer ont voulu nous faire accroire que Trump allait ériger un mur, alors qu’il existe déjà tout le long de la frontière mexicaine et que le candidat n’a promis que de le rendre plus efficace ; ou qu’il allait expulser à tour de bras, alors qu’il a parlé de deux à trois millions, chiffres proches de ce que fait chaque année l’administration Obama. Un certain Sylvain Sipel, présenté comme « le » spécialiste des États-Unis au Monde (journal devenu une sorte de « Canard déchaîné »), en arrive à dire, au matin du 8 novembre sur France-info, que la « victoire de Trump est contraire à la sociologie américaine », ce qui est ne rien vouloir comprendre à cet épisode comme aux autres, de sorte que les Français sont, dans les grandes affaires du monde, complètement aveuglés et égarés, chose grave.

UNE DIPLOMATIE AVEUGLE
Plus grave encore, la cécité de nos diplomates : ceux qui devraient être informés, se taire et agir pérorent au contraire, ce qui est fort loin de leur fonction et, en plus, pour prononcer les plus noires sottises. Dans une émission de France Culture dénommée « L’esprit Public », un Ambassadeur de France, qui le fut notamment à Washington, François Bujon de l’Estang, expliqua un beau jour que la victoire de M. Trump serait « absolument impossible », notamment en raison du système électoral favorisant « mécaniquement » la candidate démocrate, puis, huit jours plus tard, affirmer que le président élu est à peine légitime « car il a perdu en voix », ce que ses compères répétèrent en chœur.
Plus saisissant encore le cas de notre ambassadeur actuellement en poste à Washington, Gérard Araud : non seulement ce personnage se signale depuis des lunes par des « touittes » à tout va, chose en tous points contraire à la mission du diplomate plus que tout autre tenu au devoir de réserve, mais il ridiculisa la campagne de Trump, avant de prononcer le jour même de son élection que celle-ci marquait une sorte de fin du monde. Après quoi, insulta par force touittes, en (français et en américain) les Français qui se réjouissaient de la victoire d’un populiste. Comble du comble, aucune sanction ne vint du « Département », ce qui signifie à la fois que l’obligation de réserve disparaît et que la France n’a plus de véritable représentation aux États-Unis, dont elle est pourtant à la remorque. C’est à se demander d’ailleurs comment, au milieu de tant d’aveuglements et de brouillards, Paris pourrait avoir une diplomatie…

Paul-Marie Coûteaux

© LA NEF n°287 Décembre 2016

À propos Paul-Marie Couteaux

Paul-Marie Couteaux
Écrivain, essayiste, député européen (1999-2009), chroniqueur de La Nef, il dirige Les Cahiers de l’Indépendance, revue des souverainistes de tous horizons, et est l’auteur de nombreux ouvrages dont De Gaulle, espérer contre tout. Lettre ouverte à Régis Debray (Xenia, 2010), Etre et parler français (Perrin, 2006), Un petit séjour en France (Bartillat, 2004), De Gaulle philosophe (JC Lattès, 2002).