Le Verbe dans le sang, de Leonardo Castellani

Tout commence en 2015 à la réception d’un message m’apprenant l’existence d’un écrivain argentin dont j’ignorais tout. Le message fit place à une discussion et celle-ci fut suivie de bien d’autres échanges. À chaque fois, j’écoutais et j’en découvrais un peu plus, impatient d’en savoir encore davantage et, surtout, de pouvoir enfin lire ce reflet du Verbe. C’est désormais possible grâce à la patience et au travail d’Erick Audouard qui publie le premier recueil de textes du Padre Leonardo Castellani (1899-1981), prêtre de Jésus-Christ, écrivain et Argentin. Pour dire l’essentiel, Castellani fut à l’image de son maître, trahi, persécuté et si sa crucifixion ne fit pas couler de sang, elle en fit quand même, jusqu’aux tréfonds de son être, une image du Christ à l’agonie.
Avec Le Verbe dans le sang, on peut enfin découvrir l’étendue de cette œuvre et la goûter suffisamment pour en réclamer encore, comme si le prêtre argentin avait allumé en nous un feu qui ne peut s’éteindre.
Lui-même avait beaucoup lu (on côtoie ici aussi bien Chesterton que saint Augustin, saint Thomas d’Aquin qu’Emerson, Nietzsche ou Kierkegaard, pour donner seulement quelques exemples) et, plus encore, beaucoup médité. Écrivain à son tour, il n’écrit pas pour distraire ou pour instruire. Il réveille, dérange, poursuit le lecteur jusqu’au rendez-vous intime avec sa lâcheté. Erick Audouard a raison : Castellani est un combattant, en guerre contre le monde moderne. Il est aussi le sonneur prophétique de la victoire du Verbe.
À l’image de son objet, ce recueil a été constitué dans les larmes et le sang, dans le dénuement et la pauvreté. Il fallait qu’un feu brûle à l’intérieur d’un être pour que nous puissions lire Castellani. En sommes-nous capables ? Allons-nous accepter de nous laisser bousculer, au risque de prendre feu, nous aussi ? Il est beaucoup question de littérature, de théologie, de foi, de folie, dans ce livre. Tout devrait y attirer le chrétien. Il ne faudrait pas que le chrétien manque à l’ouvrage.

Philippe Maxence

Le Verbe dans le sang, de Leonardo Castellani, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 286 pages, 26 €.

© LA NEF n°298 Décembre 2017

À propos Philippe Maxence

Philippe Maxence
Écrivain, directeur de L’Homme Nouveau, président-fondateur de l’Association des Amis de Chesterton, chroniqueur littéraire de La Nef, il est l’auteur notamment de Irlande 2016 : le printemps d’une insurrection (Via Romana, 2015), Chesterton face à l’islam (Via Romana, 2014), Maximilien Kolbe (Perrin, 2011), Baden Powel (Perrin, 2003, rééd. Tempus, 2016).