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Une laïcité à deux vitesses

Après l’école, voir ses enfants pouffer à l’évocation de certains mots creux est une expérience commune à de nombreux parents. Ceux dont la progéniture tente de survivre culturellement sur les bancs de l’école publique, laïque et obligatoire. La « laïcité » est l’un de ces mots. Avec « liberté », « égalité », « fraternité ». Les quatre mots les plus creux de la République française. Mots du pays légal entièrement vidés de leur pays réel. De ces mots, « laïcité » est celui qui apparaît le plus sur le devant de la scène. Sur son site, le gouvernement est friand de définition : elle « repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, d’en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la liberté de religion, mais aussi la liberté vis-à-vis de la religion : personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses. […] La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public ». À lire cela, on comprend que nos enfants lèvent les yeux au ciel. Ils le savent bien, eux, que ces mots n’ont aucun sens dans le concret. Ils ont des yeux pour voir que la laïcité ne s’applique pas de la même façon à toutes les religions, que l’Islam, malgré les attentats islamistes, malgré sa progression sur le territoire, malgré les provocations dans les rues, malgré son mélange des genres entre politique et religion, bénéficie d’une tolérance délirante, en partie liée à la repentance, en partie électoraliste, en partie économique – et que cette bienveillance est aussi liée à la politique migratoire.

Ce sont pourtant des mots tels que ceux du gouvernement qui entrent de force (mais sans résultat probant vu le nombre de djihadistes « produits » en France) dans leurs chères têtes rousses (je choisis ce mot pour éviter de tomber sous le coup de la loi du 3 août 2017, tendant à condamner à l’emprisonnement toute parole « discriminatoire » – chères têtes blondes présentant d’évidents risques [1]) à grand renfort de cours d’éducation morale et civique. Entre autres activités assumées par de gentils animateurs, par exemple ces islamistes radicaux dans nombre de collèges marseillais. C’est justement ici que le bât blesse, du côté de l’envahissement de la sphère publique par l’islam et non pas seulement par l’islamisme plus ou moins radical. Le texte de loi évoqué, relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire, concerne « les lieux non publics, comme les entreprises et les établissements scolaires ». Étant donnée l’extension à l’infini du mot « racisme » et l’amalgame entre « islamophobie » et réflexion sur l’islam, toute parole un tantinet critique prononcée devant la machine à café risque de conduire devant les tribunaux. La rumeur dit que de plus en plus d’enseignants de l’Éducation Nationale sont soucieux de leurs racines. Ils vont devoir raser les murs. Car la laïcité n’est dans les faits pas « la liberté d’avoir une opinion ». Il semble par exemple interdit d’avoir cette opinion : je pense et j’écris que l’islam n’est pas une religion ayant ses racines en Europe, j’écris que la majeure partie des musulmans refusent les lois et les usages de la civilisation française, j’écris que la violence de l’islamisme est violence inhérente à l’islam, j’écris que le terrorisme islamiste est terrorisme né dans la religion musulmane, j’écris que le nom actuel de la « laïcité » est le nom de la promotion d’une religion particulière, j’écris qu’il suffit de regarder par la fenêtre pour voir combien la France ouvre grand les portes de son espace public à la religion musulmane. J’écris que nos politiques appellent « Laïcité » le voile qui descend sur le visage de la France, des écoles aux plus hautes sphères du Politique, des rues et des églises aux piscines et hôtels Formule 1.
Le mot « laïc » aujourd’hui ? Un mot creux pour voiler un sens inversé : le prétendu « droit » donné à une religion exogène et à une minorité de contredire l’existence même de la laïcité. « Laïcité », j’écris ton nom : dans l’insensé politique contemporain, tu es le prix de la vie de nos enfants.

Matthieu Baumier

(1) Le décret en question, lequel tend à punir propos et comportements tenus dans la sphère privée, se trouve ici : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000035373907&categorieLien=id

© LA NEF n°296 Octobre 2017

À propos Matthieu Baumier

Matthieu Baumier
Auteur d'essais, L’Anti Traité d’Athéologie (Presses de la Renaissance, 2005), La démocratie totalitaire (Presses de la Renaissance, 2007) et de romans, Les apôtres du néant (Flammarion, 2002), Le manuscrit Louise B (Les Belles Lettres, 2005). Collaborateur de La Nef, il écrit également dans diverses revues, dont Causeur, La revue Littéraire ou L'Incorrect. Il est aussi poète (Le Silence des pierres, Le Nouvel Athanor, 2013).