Michel Onfray © Fronteiras do Pensamento-Commons.wikimedia.org

Le moine athée

J’en connais qui vont être agacés. Pourquoi mentionner cet homme si virulent et si injuste contre la foi et l’Église ? C’est un vieil usage dans l’Église de « s’emparer du trésor des Égyptiens ». Alors je pille sans vergogne l’Égyptien – un descendant assumé de pillard viking en l’occurrence – et honni soit qui mal il pense.
Le susdit athée militant vient de faire un séjour à l’abbaye de La Trappe. L’homme est comme ça. Aussi attirant qu’agaçant, papillonnant des plateaux de télé jusqu’aux rives du Maroni, pédagogue hors pair, attrape-tout de la pensée. Atteint de graphomanie aiguë, il faut qu’il écrive, se dise et publie sans s’arrêter. Son séjour au milieu des moines est imprimé sur papier glacé, l’intéressé à peine ressorti du cloître. Néanmoins, au milieu de ses inévitables et attendus préjugés contre l’Église, saint Bernard ou autres, émergent quelques perles. C’est ainsi, chez Onfray. Le pire côtoie le meilleur, dans un flot ininterrompu. On se souvient avec émotion de l’extraordinaire (je pèse mes mots) éloge filial rendu à son père, ouvrier agricole normand, mort dans ses bras un jour de Toussaint. Il y a de la pietas digne des Anciens chez ce post-moderne. Nul ne méprisera totalement ses combats contre les vaches sacrées du temps, qu’il a pourfendues avec un certain courage, contre les sectes dominantes : Freud, Michel Foucault, Deleuze et autres. Et en plus, il a tout compris de Rancé, sans avoir lu L’Abbé Tempête d’Henri Bremond : « Rancé grenouille dans le monde en laissant croire qu’il l’a quitté… Il n’y a pas meilleure preuve de la validité des thèses de Mabillon que la vie de Rancé qui trahit une schizophrénie terrible !… »
Revenons aux choses sérieuses. Je vous livre mon butin, qui vous dispensera de lire le reste.
« La vie de moine ne me semble pas du tout compatible avec l’imposture. Trop rude et décapante, trop vive et vraie pour y tenir le mensonge en loi. »
À propos du silence : « Si on pense qu’au commencement était le Verbe, il faut bien l’économiser si l’on veut qu’il signifie encore et qu’on ne le dilue pas dans le bavardage du monde. »
La prière de nuit : « Vigiles célébrées par une dizaine d’hommes pour deux personnes présentes, certes, mais également pour des milliards d’humains absents et un Dieu nulle part visible, mais partout présent. »
La vocation : « Quelle était la vie de ces hommes de Dieu avant qu’ils ne renoncent à être hommes pour se purifier en eux de tout ce qui n’est pas Dieu ? J’imagine ce à quoi ils ont renoncé au profit de ce qui peut être pour eux un chemin plus qu’une clairière. Mais il y a des chemins lumineux qui conduisent à des clairières de nuit tout autant que des chemins de nuit qui conduisent à des clairières lumineuses. Parfois même, peut-être, n’y a-t-il pour l’un ou pour l’autre aucune lumière, mais que des ténèbres… »
Qui dit mieux, parmi nos soi-disant maîtres spirituels cathos à la mode ?

Abbé Hervé Benoît

© LA NEF n°300 Février 2018

À propos Abbé Hervé Benoît

Abbé Hervé Benoît
Prêtre du diocèse de Bourges et canoniste, il est l’auteur notamment du Chouan du Tanganyika (Presses de la Délivrance, 2015) et du Bouquet de Chartres. Et autres chroniques (2004-2008) (La Nef, 2008). Il est chroniqueur spirituel de La Nef.