Juan Manuel de Prada, Mourir sous ton ciel

Dès ses premiers ouvrages publiés, l’Espagnol Juan Manuel de Prada s’est imposé comme l’une des grandes révélations de sa génération. Pour ma part, c’est fort tard que je l’ai découvert, avec L’imposture, roman qui a pour toile de fond historique le Front de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale et comme ressort la faiblesse humaine. Une rencontre à Madrid avec l’auteur m’avait laissé sentir, malgré la barrière de la langue, sa puissance créatrice. J’avais été moins convaincu par ses livres antérieurs, sauf Le septième voile, mais peut-être parce que le récit se déroulait en France, dans le cadre de la Résistance.
Avec Mourir sous ton ciel, Juan Manuel de Prada a atteint sans conteste le sommet de son art, dans une maîtrise stupéfiante, et l’on attend avec une certaine tension son prochain roman. En Espagne, même la critique la plus opposée à l’auteur sur le plan des idées, a dû saluer ce tour de force littéraire. On y retrouve d’ailleurs la marque de Prada, le sens du récit, la richesse, parfois baroque, du vocabulaire, les citations puisées partout et insérées avec une maestria incroyable. Mais, cette fois-ci, il y a plus ; il y a mieux.
L’histoire parlera-t-elle aux Français ? A priori, non ! Prada s’est emparé, en fait, d’une page douloureuse de l’histoire de l’Espagne, la perte des Philippines, en 1898. Cette tragédie est dévoilée, petit à petit, dans le sillage des protagonistes du drame : Novicio, le chef des indépendantistes tagais, la lumineuse sœur Lucía, Fille de la Charité, le capitaine malheureux Las Morenas, le désespéré lieutenant Cerezo et bien d’autres encore. Tous se retrouvent à Baler où les soldats espagnols résisteront aux assauts des révolutionnaires philippins. L’honneur et le progrès, l’indépendance et la civilisation, Dieu et la patrie, l’amour et le destin, forment en fait la vraie trame de ce roman qui nous touche, nous aussi, au cœur même de nos affections, de nos croyances, de nos espérances. Puissamment espagnol et totalement universel, c’est du très grand Prada !

Philippe Maxence

Juan Manuel de Prada, Mourir sous ton ciel, Seuil, 2017, 682 pages, 24,90 €.

© LA NEF n°301 Mars 2018

À propos Philippe Maxence

Philippe Maxence
Écrivain, directeur de L’Homme Nouveau, président-fondateur de l’Association des Amis de Chesterton, chroniqueur littéraire de La Nef, il est l’auteur notamment de Irlande 2016 : le printemps d’une insurrection (Via Romana, 2015), Chesterton face à l’islam (Via Romana, 2014), Maximilien Kolbe (Perrin, 2011), Baden Powel (Perrin, 2003, rééd. Tempus, 2016).