Ignace Ephrem II Karim

Les chrétiens, facteurs de stabilisation

Sa Sainteté Ignace Ephrem II Karim est le primat de l’Église syriaque orthodoxe, portant le titre de « patriarche d’Antioche et de tout l’Orient », dont le siège est à Damas. Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

La Nef – Quelle est aujourd’hui la situation des chrétiens en Syrie ?
Sa Sainteté Ignace Ephrem II Karim – Le nombre de chrétiens a diminué en Syrie. Ils souffrent comme tous les citoyens syriens. Certaines des zones où vivent les chrétiens, comme le vieux Damas, sont encore ciblées par les rebelles islamistes. Cependant, le gouvernement syrien fait des efforts sincères pour retenir les chrétiens dans le pays. Par exemple, pour la première fois ces derniers temps, un chrétien a été élu président du Parlement syrien, ce qui illustre le rôle que les chrétiens peuvent jouer dans la société syrienne.
Ajoutons enfin que les chrétiens – comme le reste du peuple syrien – souffrent des sanctions imposées par les puissances internationales sans l’aval de l’ONU.

Que peuvent faire concrètement les pays occidentaux pour vous aider, et plus précisément qu’attendez-vous des chrétiens occidentaux ?
Tout d’abord, nous voulons que les chrétiens occidentaux prient pour nous. Nous voulons qu’ils fassent pression sur leurs gouvernements et les exhortent à lever les sanctions contre le peuple syrien. Ils peuvent nous aider directement en passant par les Églises locales, ce qui nous permettrait de mettre en œuvre des projets de développement et de créer des opportunités d’emplois. Par exemple, le gouvernement hongrois nous aide directement et soutient certains projets que nous avons en Irak, en Syrie et au Liban.

Comment voyez-vous l’avenir des communautés chrétiennes dans la région et l’issue du conflit en Syrie ?
Le rôle des chrétiens au Proche-Orient est affaibli. Cependant, ils peuvent toujours jouer un rôle dans les efforts de réconciliation ; ils sont un facteur de stabilisation parmi les différents groupes. La présence chrétienne en Syrie est également très importante pour l’islam ; les chrétiens peuvent aider les musulmans à être tolérants et capables de vivre avec l’autre, avec celui qui ne partage pas la même religion.

Les interventions américaines et occidentales en Irak ont totalement déstabilisé le Proche-Orient, exacerbant notamment le conflit séculaire entre les sunnites et chiites : quel peut être le rôle des chrétiens au Proche-Orient alors qu’ils sont de moins en moins nombreux ?
Nous croyons que le conflit chiite-sunnite a été instrumentalisé politiquement. L’intervention américaine et occidentale a aggravé la situation en créant des alliances qui semblent se fonder sur des affiliations chiites et sunnites. C’est très dangereux, non seulement pour les chrétiens mais aussi pour toute la région et, en réalité, pour le monde entier.

Propos recueillis par Christophe Geffroy et traduit de l’anglais par nos soins

© LA NEF n°298 Décembre 2017

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).