Livres : recension d’Avril 2018

Obscures lumières. La révolution interdite, de Bertrand Vergely, Cerf, 2018, 228 pages, 18 €.
Obscures lumières, un titre et un livre courageux. Il fait rarement bon, en France, critiquer les Lumières, lesquelles nous auraient fait sortir de « l’obscurantisme » du passé, catholique évidemment, pour entrer dans une modernité faste où régnerait une pensée éclairée et libre. C’est l’image d’Épinal que l’école républicaine incruste au marteau idéologique dans le cerveau des enfants. Une vision du monde binaire qui se prétend héritière d’une philosophie, il y aurait de quoi s’amuser si les conséquences désastreuses de cette conception des choses ne s’étalaient pas chaque jour sous nos yeux. Philosophe, théologien, normalien et agrégé de philosophie, Bertrand Vergely ne sera pas accusé de « militer à la droite extrême », ainsi que l’on dit souvent de tout intellectuel osant porter un regard critique sur les fondements de la catastrophe dans laquelle nous nous enfonçons chaque jour un peu plus. Il est par ailleurs l’auteur de livres remarqués, dont Le Silence de Dieu (2006) ou La Mort interdite (2001).
Dans Obscures lumières, Vergely titille l’amour de la pensée de son lecteur, en renversant l’approche habituelle des Lumières. Il montre que ces Lumières, se prétendant « nouvelle origine », « nouvelle morale » et « nouvel Être » (ce sont les intitulés des trois parties du livre), pensées uniquement en tant que lieu du Camp du Bien, d’un côté les Lumières, de l’autre l’obscurantisme, méritent une approche plus complexe. Et surtout, que l’obscurantisme, loin d’être l’apanage de ce que le binarisme des Lumières combat depuis plus de deux siècles, l’état de l’esprit spirituel avant tout, le regard émerveillé sur le réel de ce monde vivant, c’est-à-dire, au fond, par nature miraculeux, est bien plutôt la marque de fabrique de ces prétendues Lumières. Elles ont si peu éclairé, sauf illusoirement, quand on regarde le concret du monde : avons-nous vraiment matière à admirer ce que les hommes issus des Lumières et de la Terreur révolutionnaire ont construit comme monde ? Bertrand Vergely en doute, et, à le lire, ce doute est contagieux. Un livre profond, très accessible de la part d’un philosophe attentif à être compris de ses lecteurs, que l’on souhaite nombreux.
Matthieu Baumier

Célébrer Salazar en France (1930-1974), de Olivier Dard et Ana Isabel Sarhinha-Desvignes, Éditions Peter Lang, 2017, 334 pages, 47,10 €.
Comme une sorte d’aiguillon, les choix idéologiques liés à la Libération pèsent constamment aujourd’hui sur le débat moral et politique. Les grandes figures de cette époque sont souvent invoquées, soit pour les exalter – de Gaulle, Churchill –, soit pour les repousser : Hitler, Mussolini, Pétain, voire Franco. Dans ce tourbillon, la figure de Salazar reste généralement dans l’ombre. Est-il oublié ? N’eut-il qu’un rôle de figurant ? Signe de cette absence d’intérêt : le manque de biographie récente à son sujet. Jacques Ploncard d’Assac, proche du régime, lui en avait consacré une à la fin des années 1960. Elle est toujours disponible aux éditions DMM. À peu près à la même époque, d’autres livres, plus modestes, avaient pour sujet le chef du gouvernement portugais. Puis le silence s’était installé.
Le professeur Olivier Dard et Ana Isabel Sarhinha-Desvignes viennent, en quelque sorte, de le briser en consacrant un ouvrage à la figure du chef de l’Estado Novo. Ici, pourtant, rien d’apologétique, ni de militant. La démarche est historique et fait largement appel à l’étude des sources et des documents d’archives. Au cœur de cet ouvrage : « Salazar, sa réception et, pour certains, sa célébration en France ».
Si le silence est aujourd’hui de règle, longtemps Salazar fit figure d’exception. Sa maîtrise de la finance le faisait passer pour une sorte de modèle, au point d’incarner « un mélange de Tardieu et de Doumergue qui auraient réussi une modernisation conservatrice ». On est loin ici de l’air martial d’un Hitler ou d’un Mussolini.
Après la Seconde Guerre mondiale, la perception française de Salazar évoluera. Il sera davantage perçu comme un dictateur dépassé. Pourtant, les soutiens français du régime se recrutent aussi bien chez les anciens de Vichy que chez des gaullistes de la première heure, comme le colonel Rémy. Le livre détaille avec précisions ce « salazarisme français ». Mais il met aussi en évidence, celui qui, au Portugal, a construit l’image de Salazar : Antonio Ferro. On le connaissait de nom. On découvre ici son œuvre.
Philippe Maxence

Chaînes et terrreur. un évêque dans les geôles communistes, par Mgr Ioan Ploscaru, Salvator, 2017, 392 pages, 22 €.
Mgr Ploscaru, ordonné prêtre pour l’Église gréco-catholique roumaine en 1931, a été vicaire général de l’éparchie de Lugoj jusqu’en 1948. À cette date, le gouvernement communiste interdit l’Église gréco-catholique et força les fidèles à rejoindre l’Église orthodoxe. Les 27 et 28 octobre 1948, tous les évêques gréco-catholiques furent arrêtés ainsi que plusieurs évêques catholiques de rite latin. Le nonce apostolique à Bucarest reçut de Pie XII l’ordre de consacrer en secret d’autres évêques pour les remplacer. C’est ainsi que Mgr Ploscaru fut consacré le 30 novembre 1948 pour l’éparchie de Lugoj. Arrêté en août 1949, remis en liberté surveillée en 1955, à nouveau arrêté le 15 août 1956, il ne sortira de prison qu’en septembre 1964, toujours en liberté surveillée.
En 1984, il a achevé la rédaction d’un émouvant livre de témoignage sur les persécutions subies par l’Église gréco-catholique roumaine et sur les épreuves qu’il a subies, pendant quinze ans, de prison en prison.
Mgr Ploscaru, qui est décédé en 1998, expliquait dans ce livre pourquoi les catholiques avaient été particulièrement visés : « L’athéisme a aussi persécuté des prêtres orthodoxes et des pasteurs protestants, mais il s’en est pris spécialement à l’Église catholique dans tous les pays tombés sous l’influence de l’URSS, sous l’influence communiste. La persécution a été déclenchée précisément du fait de l’autorité et de la fermeté du Vatican. Le pape Pie XI a été le premier à dénoncer publiquement par des encycliques tant le péril nazi que le désastre du communisme athée. »
Le témoignage de Mgr Ploscaru est celui d’un homme au courage intrépide, mais surtout d’une foi qui n’a jamais failli. On se demande pourquoi il aura fallu attendre plus de vingt ans pour que la traduction française de ce livre, prête dès 1993, soit publiée.
Yves Chiron

Richelieu, de Sylvie Taussig, Folio/Gallimard, 2017, 346 pages, 9,30 €.
Ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de lettres, spécialiste du Grand Siècle, Sylvie Taussig est tout à la fois chercheur au CNRS et romancière. En outre, elle a fondé et dirige un groupe de travail consacré à l’étude du fait religieux contemporain. Pourvue de cet important bagage intellectuel, elle offre au lecteur une passionnante biographie d’Armand-Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642), qui fut évêque de Luçon avant de devenir le principal ministre de Louis XIII, sans renoncer pour autant à son rôle de conseiller de Marie de Médicis, mère du roi et régente.
La vie de cet homme qui sut concilier un double sacerdoce, ecclésial et politique, se déroule dans un contexte marqué par les tensions issues de la Contre-Réforme engagée lors du concile de Trente (1545-1563) en vue de répondre au protestantisme, bien présent en France. Pour Richelieu, qui signe un livre de théologie démontrant la fausseté de la doctrine luthérienne, l’objectif est de convertir les protestants sans violence tout en restaurant l’unité du Royaume avec intransigeance. Car sa conception de l’État, dans sa forme monarchique, qu’il considère comme la meilleure « parce qu’elle suit le modèle du gouvernement de Dieu », est inséparable de la religion catholique, qui en est le fondement, « non seulement au nom de la foi, mais également au nom de l’intérêt politique », explique S. Taussig.
On trouve aussi dans cet ouvrage au style soigné l’évocation de l’action de Richelieu dans la situation européenne de l’époque, notamment sa résistance à la Maison d’Autriche, ainsi que son désir de fixer et promouvoir la langue française, mission confiée à la célèbre Académie créée en 1635. Enfin, sans que l’on s’y attende, en des pages profondes, l’auteur entraîne son lecteur dans la conception de Richelieu quant au destin spirituel des hommes. Une lecture enrichissante et stimulante.
Annie Laurent

L’hiver le plus long, d’Andrea Riccardi, Desclée de Brouwer, 2017, 446 pages, 24,90 €.
Le risque de l’ouvrage d’Andrea Riccardi sur Pie XII était de répéter des faits déja maintes fois relatés, notamment par le Père Blet, Andrea Tornielli ou Philippe Chenaux. Tous abondent dans le même sens : le silence du Souverain Pontife pendant la Seconde Guerre mondiale, à propos du sort des Juifs, est une imposture. Or, Andrea Riccardi apporte un éclairage complémentaire. Et si le prétendu silence était la preuve de la résistance du Vatican ! Ce qui a permis le sauvetage d’autant de Juifs et d’ennemis de l’Allemagne nazie, c’est bien la mise en place d’une organisation complexe et silencieuse qui engageait le Saint-Siège. Nous découvrons des personnalités comme Mgr Ronca ou Mgr Montini (futur pape Paul VI) œuvrer pour qu’une large partie des bâtiments religieux de Rome (basiliques, monastères, couvents, mais aussi le Vatican lui-même) accueille dans la clandestinité les Juifs persécutés. En effet, les murs ont des oreilles. Pie XII lui-même, à propos du Vatican, parlait de nid d’espions. Il s’agissait d’agir dans la plus grande discrétion, de la manière la plus implicite. Les approbations du pape, toutes en sous-entendus, vis-à-vis des initiatives de Mgr Ronca, sont bien expliquées dans ce livre. Il fallait l’expertise catholique, cette vieille capacité cléricale à donner un ordre sans le dire, pour que tienne, de 1943 à 1944, ce vaste « phénomène clandestin ». Et l’originalité de l’ouvrage consiste à décrire ce qui fut un épisode majeur et atypique de l’histoire de la lutte contre l’oppresseur hitlérien.
Pierre Mayrant

Un Russe nommé Poutine, de Héléna Perroud, Éditions du Rocher, 2017, 320 pages, 18,90 €.
On ne peut pas dire que ce livre soit très politiquement correct ! L’auteur n’y cache pas son admiration pour le chef de l’État russe, tant pour sa valeur humaine que pour son œuvre titanesque au service de son pays. Depuis son accession au pouvoir, il y a maintenant 18 ans, il a pris les problèmes à bras-le-corps, économie, natalité, religion, politique extérieure, etc., et pour chacun d’eux, il a cherché la solution la meilleure en vue du bien commun. Même si l’auteur manque sans doute d’objectivité, on ne peut qu’éprouver du respect devant cet homme qui a tout sacrifié au redressement de son pays et qui, il faut le reconnaître, est arrivé à lui rendre une place plus qu’honorable sur l’échiquier international. Pour tous ceux qui s’intéressent à la Russie et aussi pour les autres que la haine ou le parti-pris n’aveuglent pas.
Marie-Dominique Germain

Djihadisme : le retour du sacrifice, de Jacob Rogozinski, Desclée de Brouwer, 2017, 260 pages, 18,90 €.
Professeur de philosophie à l’Université de Strasbourg, l’auteur de cet essai très dense propose une analyse des causes qui inspirent l’idéologie djihadiste. Le « dispositif de terreur » qui en résulte s’inscrit dans une stratégie délibérée, conçue dans une finalité de revanche et de conquête. Sur ce plan, explique justement J. Rogozinski, le djihadisme, relevant d’une démarche de type religieux, n’a rien à voir avec le nihilisme ni avec le fascisme. L’auteur s’oppose aussi à la tentation de définir une essence immuable de l’islam. Plutôt que de « diaboliser cette religion comme si elle ne formait qu’un seul bloc », il convient, écrit-il, de soutenir les musulmans qui s’opposent « à la régression fondamentaliste ». S’agit-il vraiment d’une régression ? Faut-il par ailleurs aller jusqu’à considérer le Coran comme porteur d’un « projet d’émancipation initial » opposé à « un islam qui le trahit », selon le souhait de l’auteur qui se livre ici à une comparaison hasardeuse avec le catholicisme ? On ne peut, en revanche, qu’apprécier le bien-fondé de sa réflexion sur le rapport entre les pouvoirs religieux et politique, si mal compris par l’Occident post-chrétien, ce qui fausse le rapport de ce dernier avec le monde musulman.
Cela dit, pour J. Rogozinski, c’est plus la colère que la haine qui motive le recours à l’extrême violence surgie de l’Oumma. Cette position nous semble justifiée, au moins en partie. Pourquoi la colère ? Celle-ci s’enracine dans le « complexe d’Ismaël », fruit du déni de reconnaissance dont souffrirait l’islam lorsqu’il s’assimile à Ismaël, que la Bible présente comme le demi-frère d’Isaac, unique fils légitime d’Abraham. Ce complexe originel est actualisé par l’humiliation résultant de la création de l’État d’Israël, note le philosophe avec raison. Mais, pour guérir l’islam de ses frustrations, qui a aussi d’autres causes, faut-il le suivre lorsqu’il « rêve » de l’inclure dans « l’unique Promesse » de Dieu ? Un chrétien fidèle ne peut certes pas adhérer à cette suggestion contraire à l’enseignement du Magistère (cf. Dei Verbum du concile Vatican II), même s’il est appelé à reconnaître le musulman comme un frère en humanité, également aimé par Dieu. La distinction est de taille et l’on ne peut que regretter la hardiesse de Rogozinski sur ce point et quelques autres, alors que son livre contient nombre de réflexions pertinentes.
Annie Laurent

L’Affaire Sarah Halimi, de Noémie Halioua, Cerf, 2018, 140 pages, 16 €.
Jeune journaliste passée par Le Figaro, actuellement directrice des pages Culture du magazine Actualité Juive, engagée dans les débats politiques et sociétaux, Noémie Halioua donne avec L’Affaire Sarah Halimi son premier ouvrage. Un livre nécessaire qui rend justice à une femme victime de la violence « ordinaire » de l’islamisme quotidien des « quartiers ». Un racisme antisémite qui ne cesse de croître. L’Affaire Sarah Halimi en est un marqueur effrayant, et le livre porte bien son titre référant à l’Affaire Dreyfus. Nous en sommes donc encore là : aux temps de la banalité du meurtre antisémite. Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, en pleine campagne présidentielle, cela a eu son importance quant à la non-réactivité des médias et des milieux politiques, le Franco-Malien Kobili Traoré pénètre dans l’appartement de Sarah Halimi, en passant par le balcon d’un voisin, violente, bat et tue la jeune retraitée en la défenestrant. Kobili Traoré marmonne des sourates du Coran et crie « Allah Akbar ». Cela s’est passé en France, dans le quartier Belleville, Paris. Contactée par le frère de la victime, Noémie Halioua mène l’enquête, mesure le caractère profondément antisémite du meurtre, ameute les salles de rédaction et les réseaux sociaux, constate qu’en cette campagne présidentielle, de peur de gêner l’ascension de Macron, l’on réagit peu ou pas. Traoré a d’abord été qualifié de « déséquili­bré », c’est devenu une sorte d’usage pour minimiser les actes islamistes, et il a fallu attendre mars 2018 pour que son meurtre soit requalifié en meurtre antisémite. Un livre poignant, à l’écriture qui montre que son auteur n’est pas, ou ne sera pas seulement journaliste, mais écrivain ; un texte fort qui dit beaucoup sur ces quartiers où l’on hait les Juifs, mais aussi où l’on scalpe dans des cafés, où l’on frappe des lycéens à la machette. Ce pays, c’est la France de maintenant. Multiculturelle ?
Matthieu Baumier

Macron, la grande mascarade, d’Yvan Rioufol, L’Artilleur, 2017, 540 pages, 22 €.
Alors que s’éploie le XXIe siècle, en notre Europe soumise à l’économisme totalisant ; en notre France prise toujours davantage dans le processus de sa disparition programmée en tant que nation ; en notre système cadenassé où une discipline de parole très contraignante réduit le champ et le nombre des sujets ouverts à un vrai débat, bref, où l’on enjoint aux opinions de « suivre l’unique parcours fléché », comment s’étonner de la venue au pouvoir du banquier Emmanuel Macron, si à l’aise, voici encore peu, au Forum mondial de Davos, serrant des mains tout sourire, recevant de tous côtés des tapes amicales sur l’épaule, donnant la parfaite image d’un poisson dans l’eau… Aussi bien, pour cet homme-là, étranger, comme l’est d’ailleurs l’ensemble de la classe dirigeante, à une perception vivante de l’être national, qu’importent les anciennes identités acquises et modelées au fil de l’histoire. Chez lui, confondus avec un repli stérile et mesquin, ces façons et traits singuliers, ces expressions collectives d’un génie propre, suscitent indifférence ou déni. À l’entendre, il n’y a pas de culture française. Quant à la colonisation (à la fois critiquable et défendable, menée par nous en divers lieux, et qui, au reste, vit prodiguer de la bravoure et exigea beaucoup de sacrifices), honte sans réserve à cette entreprise criminelle !
Pensée creuse, centrisme melliflu, éclipse du sentiment patriotique, et, en guise de succédané, le rêve d’une terre uniformément plate et de nations réduites au rôle d’aéroports, le nouvel élyséen incarne à merveille sa clientèle des satisfaits, des gobeurs enrégimentés du tintouin médiatique, des benêts postmodernes. Mais, pendant ce temps, l’aiguille tourne au cadran de l’horloge, et ne cessent d’enfler les migrations à longue distance (135 nationalités dans le département de la Seine-Saint-Denis), surtout, à l’heure actuelle, les migrations arrivant d’Afrique noire, source intarissable du « Grand Remplacement » en train de s’accomplir – auquel contribue, d’une efficace manière, l’industrie de l’hébétude, mélange de propagande et de terreur idéologique chaque jour inoculé à un peuple autochtone évanescent. Or, le soutien d’Emmanuel Macron à la politique d’accueil massif voulu par la dame Merkel, à l’obligation d’aimer les « autres », tandis que ces autres n’ont aucune raison de vous aimer, a un sens, et Ivan Rioufol l’indique : porter la culpabilisation occidentale à son apex.
Michel Toda

Les évangiles à l’épreuve de l’histoire, de Bruno Bioul, Artège, 2018, 372 pages, 21,90 €.
L’auteur est historien et archéologue. Il nous offre un livre d’apologétique au sujet des Évangiles. La question qu’il veut résoudre est : les Évangiles sont-ils crédibles ? À travers un parcours historique et archéologique, il montre qu’il vaut la peine de prendre les Évangiles au sérieux. Même dans leur dimension surnaturelle. En particulier lorsqu’ils parlent de la résurrection d’un certain Jésus de Nazareth. Un bon livre pour les sceptiques mais aussi pour les croyants d’aujourd’hui.
Abbé Laurent Spriet

Paul de Cassagnac, de Thibault Gandouly, Via Romana, 2018, 310 pages, 24 €.
En 1871, seuls trois députés de l’Assemblée nationale s’étaient levés à la contre-épreuve touchant le vote qui flétrissait Napoléon III, l’indigne vaincu de Sedan. Déclaré responsable du désastre, comment le régime déchu aurait-il pu garder des fidèles ? Or, au début de 1876, les bonapartistes se retrouvèrent à peu près 80 dans la nouvelle Chambre, et, celle-ci dissoute l’année suivante, ils revinrent une centaine à la fin de 1877 ; en 1881, malgré une forte décrue, la moitié des élus dits conservateurs appartenaient encore à leur obédience. De fait, après la mort, en janvier 1873, de l’ex-empereur, et jusqu’à la tragique disparition du prince impérial, le bonapartisme, à demi relevé de son discrédit, n’avait pas été sans quelques chances, d’ailleurs assez faibles. Malheureusement les sagaies des Zoulous vont porter un coup terrible aux espérances fondées sur le jeune prétendant, qui, à la vérité, bien plus que d’un Napoléonide, offrait le tempérament et les tendances d’un rey netto espagnol… Coup terrible, en effet, car voilà maintenant, promu chef de la dynastie au beau milieu de 1879, le prince Napoléon-Jérôme, sybarite, irréligieux et, du moins à la façon consulaire, d’opinions républicaines. Pour un tas de militants ou de sympathisants, c’était chose dure à avaler. Mais, robuste soutien de leur incompréhension, de leur refus, ne cessera de s’affirmer l’audace d’un personnage haut en couleur : Paul de Cassagnac.
Avec un vrai talent de plume, dont témoignait l’abondance de ses articles à l’emporte-pièce, avec des qualités d’orateur plein de verve et même d’éloquence, avec, au surplus, la réputation d’un bon manieur d’épée, que d’atouts dans son jeu ! Et pourtant, combien de mécomptes il lui fallut essuyer. Député du Gers de 1876 à 1893 et de 1898 à 1902, fondateur-directeur, en 1886, de l’Autorité, belliqueuse feuille quotidienne, Cassagnac, ennemi du prétendant Bonaparte père, « César déclassé », à la longue, fatigué puis dégoûté du prétendant Bonaparte fils, le prince Victor (qui prétendait surtout à la tranquillité), oui, Cassagnac, au cours des années 1890, souffrirait beaucoup, en dépit d’attitudes demeurées batailleuses, devant le glissement « républicain et plébiscitaire » d’un parti à la dérive. Au point que, vers le bout de sa vie (savamment éclairée par Thibault Gandouly), ce « catholique d’abord, monarchiste ensuite, impérialiste après », nostalgique du prince tombé au Natal… et du comte de Chambord, ne semblait plus guère entretenir d’illusion sur une quelconque restauration.
Michel Toda

Le communisme dans l’histoire, de l’abbé Auguste Onclair, Éditions des Cimes, 2017, 252 pages, 19 €.
Bien avant Raymond Aron, vingt ans avant l’arrivée du communisme au pouvoir en Russie, l’abbé Auguste Onclair avait déjà décelé dans l’œuvre de ses concepteurs la trame d’une religion séculière, par là même le ferment d’un totalitarisme. Tout est là, en gestation, au XIXe siècle, chez les socialistes utopiques, chez Marx et chez les autres. Le prêtre réalise une généalogie dont les couches successives ne changent rien à l’idée originelle, mais se parent de toutes les nouvelles idées du temps. Le communisme est d’abord un anti-christianisme, avec la volonté de remplacer la religion chrétienne par une nouvelle religion immanente et sans Dieu. Il parle de « système panthéiste ». Sur ce sujet, nous pourrions citer aussi Frédéric Ozanam et son opuscule Les Origines du socialisme.
Ce qui est étonnant, c’est la lucidité de l’abbé, malgré le ton polémique propre à son époque et le parti pris évident. En 1895, date de l’ouvrage, alors que le socialisme n’avait pas fait son unité et pesait très peu politiquement, il en avait compris le devenir au XXe siècle. Le R.P. Henri de Lubac ne fera que le reprendre d’une manière plus scientifique et aboutie. Mais, entre-temps, la Seconde Guerre mondiale sera passée.
Les passages sur la religiosité du communisme sont lumineux, d’autres le sont beaucoup moins : le livre est en effet inégal, le ton trop journalistique. Contrairement à Ozanam, l’abbé Onclair ne prend pas de la hauteur. Mais cet essai reste à conseiller à ceux qui veulent mieux comprendre l’histoire des idées socialistes au XIXe siècle.
Pierre Mayrant

L’épicerie, de Marie d’Hauthuille, Éditions Cyrano, 2017, 290 pages, 17 €.
Voilà un roman très original, fort attachant… et bien écrit. Sa dimension fantastique fait son charme. Sophie, l’héroïne, débarque dans le petit village de Saint-Cybard, en Dordogne, et y est attirée par une épicerie à l’allure ancienne. En y pénétrant, elle est projetée dans les années de la Seconde Guerre mondiale et vit les événements de ce petit village sous l’Occupation. Ce chemin initiatique lui fera découvrir sa famille et contribuera à réconcilier un village divisé. C’est charmant, bien fait et la Dordogne est magnifiquement décrite.
Patrick Kervinec

Face au vent, de Jim Lynch, Gallmeister, 2018, 368 pages, 23,20 €.
À Seattle, la famille Johanssen ne vit que pour la voile. Le grand-père dessine des bateaux, le père les construit et la mère est fascinée par Einstein. Mais un jour, la famille explose. Bernard, le fils aîné, finit par prendre la mer et s’engage dans des activités peu légales ; Ruby, la dernière, qui a le sens du vent dans la peau, part en Afrique s’engager dans l’humanitaire. Seul demeure Josh, le fils cadet qui est aussi le narrateur et le plus équilibré de la bande. Il répare des bateaux à Olympia tout en cherchant l’âme-sœur sur internet. Douze ans plus tard, une ultime régate doit réunir toute la famille…
Jim Lynch décrit admirablement ce monde des fous de mer, il le fait avec humour en sachant donner une véritable épaisseur à ses personnages. Et plus encore, il sait conter les drames familiaux, mais aussi les moments de bonheur qui sont ceux d’une famille confrontée aux aléas de la vie moderne. Un écrivain à suivre.
P.K.

100 ans de crimes communistes, documentaire de Bernard Antony, Agrif/Chrétienté Solidarité/TV Libertés, 2017, 1h38, 18 €.
C’est peu dire que les 100 ans du communisme, en 2017, n’ont pas occupé la place médiatique qui convenait. Pour pallier ce silence assourdissant, Bernard Antony, en s’appuyant sur son livre Le communisme 1917-2017 (Godefroy de Bouillon, 2017), a réalisé un documentaire didactique très bien fait, malgré le peu de moyens en termes de films et d’images d’archives. Particulièrement destiné aux jeunes qui ignorent tout de l’histoire, ce film analyse sans concession les aspects historiques et doctrinaux. Il montre la réalité de ce totalitarisme rouge, la terreur qu’il applique partout où il passe, la police secrète à l’œuvre avec les tortures et les massacres, les goulags et l’élimination de masse des « ennemis du peuple ». Un film contre le mémoricide.
P.K.

Tout mais pas ça, film de Edoardo Falcone, Saje Distributions, 2018, 1h27, 19,99 €.
Signalons la sortie en DVD de cette excellente comédie italienne, très réussie, où un père, loin de Dieu, essaye d’empêcher son fils de devenir prêtre (cf. La Nef n°297 de novembre 2017). Si vous ne l’avez pas vu au cinéma, achetez vite le DVD sans hésiter.
P.K.

© LA NEF n°302 Avril 2018

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