Abbé Claude Barthe © Capture YouTube

Abbé Barthe : une position ecclésiale intenable

L’abbé Claude Barthe a publié en novembre 2025 une sévère critique des nouveaux rituels des sept sacrements. L’abbé Laurent Spriet a publié dans La Nef n°387 de janvier 2026 une brève recension critique de cet ouvrage, sans pouvoir argumenter son propos faute de place. Il est donc revenu sur ce livre dans une vidéo postée sur YouTube et accessible ici et dont nous proposons une retranscription légèrement arrangée. Le style oral a été conservé.

Introduction

Je voudrais commencer par une remarque préalable importante : je n’ai rien contre mon confrère l’abbé Claude Barthe. Mes critiques ne visent pas sa personne mais ses idées et le contenu de son livre. Il faut savoir distinguer la personne et sa pensée. Merci de ne pas l’oublier.

Dans ce livre il y a la thèse suivante : les nouveaux rituels des sacrements sont « flous » (sic), il s’agit d’une « régression » de la loi de la prière (sic) donc ces rituels sont mauvais. Ils ne doivent pas être utilisés. Il faut s’en tenir exclusivement aux anciens rituels romains des sacrements.

Dans cette vidéo je vais donc critiquer le contenu de ce livre : (premièrement) de façon globale, au niveau des principes théologiques, et (deuxièmement) de façon précise au sujet de chacun des sept sacrements.

Je précise que je n’ai aucunement l’intention de critiquer les anciens rituels des sacrements puisque, à la suite de Benoit XVI, je pense que : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place ».

Remarquez bien que ce n’est pas parce qu’on apprécie les rituels romains anciens, comme moi par exemple, c’est-à-dire antérieurs aux réformes des années 1970 et suivantes, que l’on peut et doit rejeter les nouveaux rituels.

Aimer, et même préférer, les anciens rituels n’impliquent pas de rejeter les nouveaux.

Rejeter les nouveaux par principe soulève des questions de foi dans le mystère de l’Église, et d’obéissance aux autorités légitimes dans leur domaine de compétence[1]. Ce qui est évidemment très problématique.

Donc venons-en à une première critique du contenu de ce livre : la question des principes théologiques. En raison des faux principes théologiques qui le sous-tendent, ce livre n’est pas recevable.

1) Une critique sur la question des principes théologiques.

    Je vais m’appuyer sur deux autorités majeures : deux papes, le vénérable Pie XII et Benoit XVI.

    Le pape Pie XII écrivait dans son encyclique sur la liturgie Mediator Dei :

    « Toute la liturgie contient la foi catholique, en tant qu’elle atteste publiquement la foi de l’Église. (…) De tout temps, la hiérarchie ecclésiastique (…) a organisé et réglé le culte divin, (…) elle n’a pas hésité – tout en sauvegardant l’intégrité substantielle du sacrifice eucharistique et des sacrements – à modifier ce qu’elle jugeait n’être pas parfaitement convenable et à ajouter ce qui lui paraissait plus apte à accroître l’honneur rendu à Jésus-Christ et à l’auguste Trinité, et à instruire et stimuler le peuple chrétien de façon plus bienfaisante. En effet, la sainte liturgie est formée d’éléments humains et d’éléments divins ; ceux-ci (les éléments divins), évidemment, ayant été établis par le divin Rédempteur, ne peuvent en aucune façon être changés par les hommes ; les premiers (les éléments humains), au contraire, peuvent subir des modifications diverses, selon que les nécessités des temps, des choses et des âmes les demandent, et que la hiérarchie ecclésiastique, forte de l’aide de l’Esprit-Saint, les aura approuvées. (…) C’est pourquoi au seul Souverain Pontife appartient le droit de reconnaître et établir tout usage concernant le culte divin, d’introduire et approuver de nouveaux rites, de modifier ceux mêmes qu’il aurait jugés immuables ; le droit et le devoir des évêques est de veiller diligemment à l’exacte observation des préceptes des saints canons sur le culte divin. Il n’est donc pas permis de laisser à l’arbitraire des personnes privées, fussent-elles de l’ordre du clergé, les choses saintes et vénérables qui touchent la vie religieuse de la société chrétienne, et de même l’exercice du sacerdoce de Jésus-Christ et le culte divin, l’honneur qui doit être rendu à la très sainte Trinité, au Verbe incarné, à son auguste Mère, et aux autres habitants du ciel, et le salut des hommes. Pour cette raison, aucune personne privée n’a le pouvoir de réglementer les actions extérieures de cette espèce, qui sont au plus haut point liées avec la discipline ecclésiastique et avec l’ordre, l’unité et la concorde du Corps mystique, et qui, plus est, fréquemment avec l’intégrité de la foi catholique elle-même » (…) « Que tout se fasse donc de telle façon que soit sauvegardée l’union avec la hiérarchie ecclésiastique. Que personne ne s’arroge la liberté de se donner à soi-même des règles, et de les imposer aux autres de son propre chef. Seul le Souverain Pontife, comme successeur du bienheureux Pierre à qui le divin Rédempteur a confié le soin de paître le troupeau universel, et avec lui les évêques, que « l’Esprit-Saint a placés… pour régir l’Église de Dieu » sous la conduite du Siège apostolique, ont le droit et le devoir de gouverner le peuple chrétien » (Mediator Dei, vénérable Pie XII).

    Je voudrais lire un passage du texte de ce livre (page 15) : « ne pas recevoir une Messe ou une liturgie donnée comme catholique par l’autorité de l’Église est en soi inconcevable puisque celle-ci agit, ce faisant, dans son domaine propre de compétence celui de l’enseignement et de la sanctification ».

    Sur ce point je suis parfaitement d’accord avec l’auteur de ce livre.

    « Sauf, dit l’auteur, si dans la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons, la loi de la prière n’est que relative » (…) page 16 : « un message doctrinal faible et délivré par un rite flou qui n’engage pas vraiment, cette abstention mystérieuse de ceux, papes et évêques unis à lui qui ont l’autorité de dire la foi et qui n’en usent pas est le nœud de la mystérieuse crise que vit l’Église depuis plus d’un demi-siècle » (sic).

    Voilà des propos plus qu’étonnants…

    « Une loi de la prière qui est relative » !!… « Un message doctrinal faible est délivré par un rite flou » : de quel droit peut-on écrire cela ? N’est-ce pas la négation ou la mise en doute de l’assistance actuelle de l’Esprit-Saint promise à l’Église par le Christ ? Ces affirmations sont contredites par le vénérable Pie XII, vous vous en rendez bien compte.

    Dans ce livre, il y a donc un problème de rapport à l’Église, un problème de foi dans le mystère de l’Église, un problème de réception et de docilité à l’égard de l’autorité de l’Église.

    En ce sens ce livre est irrecevable.

    Je me tourne maintenant vers l’autorité de Benoit XVI. Il écrivait dans sa lettre aux évêques accompagnant son MP Summorum Pontificum : (je cite)

    « L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place. Évidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ».

    Le problème c’est que ce livre nie malheureusement « la valeur et la sainteté des nouveaux rituels des sacrements ». Ce livre juge et condamne les nouveaux rituels. C’est ça le problème…

    Ce livre s’inscrit dans le sillage de « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture » dénoncée et condamnée par le pape Benoit XVI dans son célèbre discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005.

    Dans ce discours Benoit XVI disait : « L’herméneutique de la discontinuité risque de finir par une rupture entre Église préconciliaire et Église post-conciliaire ».

    C’est exactement ce que promeut ce livre malheureusement…

    Malheureusement, ce livre donne raison, a posteriori, à ce que le pape François a écrit dans sa lettre accompagnant son MP Traditionis custodes :

    « Une possibilité offerte par saint Jean-Paul II et avec une magnanimité encore plus grande par Benoît XVI afin de recomposer l’unité du corps ecclésial dans le respect des différentes sensibilités liturgiques a été utilisée pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et en entravent la progression, en l’exposant au risque de divisions ».

    Le 5 mai 1988 le cardinal Ratzinger et Mgr Marcel Lefebvre signaient un protocole d’accord dans lequel on pouvait lire ceci :

    « À propos de certains points enseignés par le concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui nous paraissent difficilement conciliables avec la Tradition, nous nous engageons à avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique ».

    Ce livre de l’abbé Barthe n’est pas une étude apaisée des nouveaux rituels comme nous allons le voir en détail dans quelques instants, mais une étude polémique.

    Le cardinal Ratzinger voulait une « réforme de la réforme » mais il n’a jamais refusé d’utiliser le nouveau missel, ou les nouveaux rituels des sacrements.

    Contrairement à ce qui est sous-entendu dans ce livre à la page 17.

    St JP II et Benoit XVI ont-ils légitimé le « grand refus de la nouvelle liturgie » ? Cette affirmation est très étonnante voire ahurissante ! Mais elle se trouve dans ce livre.

    Hélas, ce livre clivant va encore davantage attirer les foudres épiscopales sur le peuple de Dieu, et sur les laïcs en particulier. Ce sont eux qui vont « trinquer » et qui vont pâtir des attaques en règle contenues dans ce livre. C’est très dommageable. Ce livre ne sert ni la vérité ni l’unité au sein du Peuple de Dieu. Il sème, au contraire, la zizanie, l’ivraie (zizania) dans le champ de l’Église.

    Vous le voyez les principes théologiques qui sous-tendent ce livre sont mauvais. Ils ont déjà été condamnés par le vénérable Pie XII et Benoit XVI.

    Venons-en aux critiques des arguments de ce livre, et puisque l’auteur attaque les nouveaux rituels, qu’il me soit permis de les défendre sur certains points.

    Ce n’est pas parce qu’on apprécie l’ancien rituel que l’on ne peut pas apprécier des richesses des nouveaux rituels.

    D’ailleurs à ce propos, permettez-moi aussi une autre question : connaissez-vous des rituels des sacrements qui soient absolument parfaits ? Irréformables ? Indépassables ? Cela n’existe pas.

    Le vénérable Pie XII disait dans son allocution du 22 septembre 1956 : « En matière de liturgie, comme en beaucoup d’autres domaines, il faut éviter à l’égard du passé deux attitudes excessives : un attachement aveugle et un mépris total. On trouve dans la liturgie des éléments immuables, un contenu sacré qui transcende le temps, mais aussi des éléments variables, transitoires, parfois même défectueux » (NDLR : cette citation n’est pas dans la vidéo postée sur Youtube).

    Benoit XVI voulait « un enrichissement mutuel » des missels anciens et nouveaux. Il pourrait aussi y avoir un enrichissement mutuel des rituels anciens et nouveaux des sacrements.

    2) une critique des arguments contenus dans ce livre

    • Le baptême.

    Je cite, page 31 : « la différence entre les deux rituels se concentre finalement sur les exorcismes ».

    Ce n’est pas parce qu’on peut regretter, sans doute avec raison, la disparition des deux « exorcismes » et du sel mis dans la bouche d’un enfant dans le nouveau rituel du baptême, qu’on peut et qu’on doit le rejeter pour autant. Ce n’est pas sérieux.

    Puisque ce livre attaque systématiquement les nouveaux rituels, même si à titre personnel je préfère l’ancien rituel du baptême, je me fais volontairement et délibérément l’apologète de telle ou telle richesse du nouveau rituel ; voici quelques richesses du nouveau rituel :

    • Le nouveau rituel du baptême souligne le rôle des parents, des parrains et marraines dans l’éducation chrétienne du futur baptisé.
    • Le nouveau rituel comporte des lectures de la Parole de Dieu et une homélie.
    • Le nouveau rituel a restauré le catéchuménat des adultes par étapes[2]. Il nous est bien utile de nos jours en France où nous voyons de nombreuses demandes de baptême de la part d’adultes.

    Conclusion : tout n’est pas à rejeter dans le nouveau rituel du baptême. La sainte Église hiérarchique notre Mère (comme disait saint Ignace) pourrait enrichir l’ancien rituel avec des éléments du nouveau. Pourquoi pas ? C’est à elle d’en décider.

    • La confirmation

    Je lis page 35 : « la nouvelle confirmation se présente quant à elle comme une joyeuse fête et dans ce cadre qui se rapproche du festif profane, elle est et veut être presque violemment nouvelle. On pourrait même dire qu’elle est du point de vue du style liturgique le sacrement nouveau à l’état pur. La cérémonie réformée innove formellement de bout en bout comme par principe ».

    Dans un sacrement de la Loi nouvelle, il y a une matière, une forme, un ministre qui doit avoir l’intention de faire ce que veut l’Église. La forme sacramentelle doit signifier l’effet du sacrement puisqu’un sacrement est un signe efficace de la grâce ; puisqu’un sacrement produit ce qu’il signifie (st Thomas d’Aquin).

    Le nouveau rituel indique une nouvelle forme : « Accipe signaculum doni Spiritus Sancti » : littéralement « Reçois le sceau du don de l’ES ».

    La nouvelle forme est-elle mauvaise parce qu’elle est nouvelle ? Non[3]. Sauf si l’on tombe dans le subjectivisme et le “libre examen“, si l’on se permet de juger les rites donnés par l’Église. C’est ce que fait ce livre nous l’avons vu dans la première partie. Il faudrait changer son sous-titre : passer de « bref examen critique des nouveaux rituels » à « libre examen des nouveaux rituels ». Ce qui nous ferait penser à Luther.

    Cette nouvelle forme sacramentelle est-elle mauvaise parce qu’elle est inspirée d’une formule de la liturgie byzantine ? Non. Dans le livre, la réponse est « oui ».

    Est-elle inutilisable parce que la traduction française (« reçois l’Esprit-Saint le don de Dieu ») n’est sans doute pas assez littérale même si elle ne trahit pas le sens de la formule latine ? Non. Le livre dit « oui ».

    On peut préférer la version latine du nouveau rituel à la version française : c’est une évidence. Peut-on pour autant rejeter le nouveau rituel que nous propose l’Église hiérarchique ? La réponse catholique est : « Non ». Le libre examen de ce livre répond : « oui ». Ce livre n’est donc pas recevable.

    • L’eucharistie

    Benoit XVI a déjà répondu aux critiques de ce livre : je le cite à nouveau :

    « Évidemment, pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ».

    Ainsi, on peut préférer l’ancien missel pour de multiples raisons (en raison de ses prières de l’offertoire, de ses nombreuses génuflexions, des signes de croix, du silence du canon, de l’octave de la Pentecôte, etc.) sans pour autant exclure la célébration avec le nouveau missel romain.

    Ce n’est pas parce qu’on apprécie ou même que l’on préfère l’ancien Ordo Missae que l’on doit rejeter le Nouveau.

    Certains partisans de « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture » rejettent l’ancien missel au nom du nouveau. Mais cela ne donne pas à d’autres partisans de la même herméneutique le droit de rejeter le nouveau au nom de l’ancien.

    • Le sacrement de la pénitence

    Le chapitre du livre consacré au sacrement de la pénitence se perd dans des études sociologiques, des sondages qui ne prouvent en rien que le nouveau rituel est mauvais et irrecevable.

    En effet, ce n’est pas parce que bien des abus ont été commis, c’est vrai, après le concile que ces abus sont dus au nouveau rituel en lui-même.

    De même que ce n’est pas parce que certains prêtres célébraient mal la sainte Messe avant le concile Vatican II, comme le déplorait le saint Padre Pio, que l’ancien missel était mauvais.

    La forme sacramentelle de ce sacrement n’a pas changé dans le nouveau rituel. C’est la même que dans l’ancien.

    La nouvelle formule d’absolution est une richesse :

    Lire page 55 : « Que Dieu, notre Père, vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec Lui, et Il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés, par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix. Et Moi, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit Je vous pardonne tous vos péchés ».

    La formule qui suit l’absolution se trouve toujours dans le nouveau rituel latin. Donc là encore pas de changement.

    Conclusion : il n’y a pas de quoi rejeter le nouveau rituel. On peut même préférer la nouvelle forme sacramentelle.

    • L’extrême-onction

    Dans ce chapitre aussi la sociologie a valeur d’arguments théologiques ; ce qui n’a aucun sens.

    La sociologie n’a aucun poids en matière de foi, de morale ou de liturgie.

    Le livre dit que le nom de ce sacrement a changé. Or le concile de Trente désigne aussi ce sacrement par cette expression : l’« onction sainte des malades ».

    Je cite encore le concile de Trente : « Il est aussi déclaré que cette onction doit être faite aux malades, surtout à ceux qui sont en si grand danger qu’ils semblent arrivés au terme de la vie ; aussi est-il également appelé sacrement des mourants ».

    Ce sacrement n’est donc pas que le sacrement de l’extrême-onction, de la fin de vie. L’argument du changement de nom n’a donc pas de portée théologique.

    Le livre critique le nouveau rituel au nom du code de droit canonique de 1917, or celui-ci dit la même chose que le nouveau code de 1983.

    Le nouveau code stipule : Can. 1004 – § 1. « L’onction des malades peut être administrée au fidèle qui, parvenu à l’usage de la raison, commence à se trouver en danger pour cause de maladie ou de vieillesse ».

    Donc aucune raison valable de rejeter le nouveau rituel.

    Une richesse du nouveau rituel c’est de replacer l’ordre traditionnel des sacrements : confession, sacrement des malades et communion eucharistique, en viatique, puisque tous les sacrements mènent et convergent vers l’union à Dieu dans l’eucharistie.

    Autre richesse du nouveau rituel : en fonction de l’état du malade, plusieurs oraisons sont proposées au prêtre ou à l’évêque qui sont les ministres du sacrement.

    • Le sacrement de l’ordre

    Je lis page 78 et 79 : « modifier était devenu un impératif, on conserva cependant la forme de l’ordination des diacres et celle de l’ordination des prêtres qui ne furent pratiquement pas touchées, en revanche, pour les évêques, la nouvelle consécration latine des évêques se rapprochent ainsi de celles des patriarcats d’Antioche et d’Alexandrie. Est-elle plus explicite ? Non. L’est-elle moins ? Non plus. Mais elle a changé ce qui est un gain notable quand on réforme ».

    J’ajoute : est-elle irrecevable ? Non.

    Ce n’est pas parce que certains rites symboliques ont été supprimés (et que l’on peut le déplorer) que le nouveau rituel est à rejeter.

    Ce chapitre critique vertement l’entrée dans la cléricature par le diaconat et non par la tonsure mais ce changement est cohérent et même assez évident si l’on reçoit l’enseignement magistériel de l’Église qui déclare qu’il y a trois degrés dans le sacrement de l’ordre : l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat[4].

    La richesse du nouveau rituel de l’ordination presbytérale c’est l’onction des mains du prêtre avec le saint-chrême et non avec l’huile des catéchumènes.

    Là encore un enrichissement mutuel serait sans doute le bienvenu, comme le suggérait avec sagesse Benoit XVI.

    • Le sacrement du mariage

    Lire page 85, le titre : « le nouveau rituel de mariage : une fabrication maladroite » (…) « les nouvelles formules donnent l’impression d’une rédaction maladroite, qui veut trop dire ».

    « Vouloir trop dire ! »

    Est-ce un reproche sérieux ?…

    Les richesses du nouveau rituel du mariage ce sont, entre autres :

    • Les trois questions préparatoires à l’échange des consentements qui portent sur la liberté, la fidélité, l’indissolubilité, l’ouverture à la transmission de la vie,
    • Précisément l’ajout effectué par st JP II dans les formules de l’échange des consentements pour indiquer que les époux se donnent l’un à l’autre sans condition : « dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie pour s’aimer tous les jours de leur vie »
    • L’ajout de la formule « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » dans la réception de l’échange des consentements.
    • La possibilité de célébrer le sacrement de mariage après avoir entendu la Parole de Dieu, puis l’homélie, et avant l’offertoire afin d’unir leur offrande à celle du Christ dans le saint sacrifice de la Messe, tout comme, mutatis mutandis, la moniale ou le moine fait profession au sein de la Messe au même moment pour unir l’offrande de sa vie au sacrifice du Seigneur. La comparaison n’est qu’analogique car on sait bien que la profession monastique n’est pas un sacrement, comme l’est le mariage. Mais cela dit quelque chose de spirituellement très profond.
    • Les bénédictions nuptiales comportant une épiclèse (invocation de l’Esprit-Saint) et qui demandent les grâces de Dieu pour l’homme et pour la femme[5].
    • La création d’un rituel spécifique pour le cas d’un mariage avec disparité de culte entre une personne baptisée et une personne non baptisée par exemple, est évidemment une richesse : comment pourrait-on utiliser l’ancien rituel romain dans ce cas précis puisqu’il n’y a de sacrement de mariage qu’entre deux personnes baptisées ? Il fallait un rituel qui ne comportât pas le mot de sacrement entre une personne baptisée et une autre non baptisée. Le nouveau rituel offre cette richesse absolument nécessaire.

    Conclusion

    Vous aurez compris que ce livre ne se situe ni dans le sillage de Pie XII dans Mediator Dei, ni dans celui de Benoit XVI dans Summorum Pontificum, mais qu’il s’y oppose.

    Il se situe dans la mauvaise herméneutique : celle de la discontinuité et de la rupture.

    C’est un écrit polémique qui fera plus de mal que de bien. Surtout pour les laïcs, tant individuellement que collectivement.

    Ce livre ne va pas contribuer à éclaircir les débats, à favoriser une « réforme de la réforme » ou encore un enrichissement mutuel des rituels antérieurs et postérieurs à Vatican II.

    Ce livre prône la non-réception des nouveaux rituels. Donc une forme de désobéissance.

    Au lieu de faire parvenir des critiques fondées et légitimes aux autorités compétentes, ce livre incite publiquement à la contestation dans l’Église et il se permet de juger les rites de l’Église (cf. canon 1373 du Code de droit canonique de 1983).

    Sans surprise, ce livre n’a ni nihil obstat ni imprimatur. S’il les avait demandés, il ne les aurait pas obtenus.

    Vous l’aurez compris : ce livre est objectivement mauvais et malfaisant. C’est très dommageable !

    Il convenait de le dire et de le démontrer. Merci de votre attention.

    Abbé Laurent Spriet

    Abbé Claude Barthe, Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui. Bref examen critique des nouveaux rituels, préface de Mgr Schneider, Contretemps, 2025, 98 pages, 10 euros.


    [1] Dans ce livre se trouve la thèse qu’il faut refuser la communion dans les rituels actuels des sacrements du rite latin et donc il y a quelque chose qui s’apparente à une attitude schismatique conformément à la définition donnée par le code de droit canonique : CIC 83 / canon 751 « On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne; schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ».
    [2] Pour être très précis, c’est saint Jean XXIII qui a fait ce premier travail de restauration (cf. décret du 16 avril 1962 ; trad. franç. de 1964).
    [3] Dans l’Histoire de l’Eglise latine, on trouve différentes formes sacramentelles pour la confirmation comme par exemples : « Accipe signum sanctae crucis chrismate salutis, in Christo Jesu, in vitam aeternam. Amen. » (York, 750, « Signat te Deus sigillo fidei suae in consignatione fidei. In nomine… Amen. » (Poitiers, 800).
    [4] Cf. Vatican II Lumen Gentium 21, et avant lui Sacramentum Ordinis du vénérable Pie XII qui ne distingue que ces trois degrés de l’Ordre comme sacramentels.
    [5] L’ancien rituel ne prévoit que la bénédiction de l’épouse.


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