Affiche du spectacle

Spectacle de Mehdi Djaadi : Couleur framboise

On sent parmi les spectateurs une certaine gêne, comme un murmure. Le nouveau spectacle de Mehdi Djaadi, qui avait raconté sa conversion de l’islam à la foi catholique dans Coming out, porte-t-il bien sur l’infertilité ? Sujet tabou parce que douloureux, que l’on craint presque d’évoquer à voix haute, par superstition, afin d’être sûr de ne pas l’attraper. Mehdi Djaadi prend le sujet à bras-le-corps et ne cache rien des épreuves traversées avec sa femme.

Montagnes russes émotionnelles qui se ressentent dans la tonalité d’un spectacle tantôt comique, s’amusant à égratigner la déconstruction masculine ou croquant avec finesse l’accompagnement d’un prêtre, tantôt piquant, notamment contre l’esprit moderne où la vie à naître est vue uniquement comme un obstacle au bien-être matériel, tantôt dramatique avec la « couleur framboise » qui sert de titre ; tantôt spirituel, en particulier dans une belle scène de révolte et d’un cri lancé à Dieu : comment lui, musulman qui a choisi de perdre sa vie pour embrasser le Christ, se voit-il refuser la grâce d’accueillir un enfant ? Mais son spectacle est avant tout celui de la difficile persévérance – mais persévérance quand même ! – dans la foi d’un cœur brisé et broyé. Le tout dans une forme bien loin de la facilité du stand-up actuel et qu’il faut saluer : de nombreux personnages traversent la scène et Mehdi Djaadi multiplie les accents et les contorsions physiques pour leur donner vie. On se gardera de divulguer la fin du spectacle. Soulignons toutefois que Mehdi Djaadi réussit alors à tenir son public dans le creux de sa main, dans une vraie communion, qui pourra peut-être sembler amère pour certains, blessés dans leur chair – mais il est des mystères qui ne peuvent être résolus ici-bas…

Avec Couleur framboise, la vie transparaît partout comme la plus belle des forces, qui emporte tout, car elle est un don. On a beau le savoir, Djaadi réussit à nous le rappeler. C’est là sa plus grande réussite.

Constance de Vergennes

À la Scala de Paris, du 24 janvier au 18 avril 2026, et en tournée à Cornebarrieu, le Teich, Saint-Étienne, Jouy-en-Josas et Verrières-le-Buisson.

© LA NEF n°387 Janvier 2026