La commission d’étude sur le ministère diaconal des femmes instituée par le pape François a rendu en décembre un jugement négatif, au moment même où était rééditée l’étude historique de référence du père Martimort, publiée en 1982, et concluant dans le même sens. Explications.
Après bientôt dix ans de travaux, la commission d’étude sur le ministère diaconal des femmes vient de rendre son verdict : « L’état des lieux de la recherche historique et de l’enquête théologique, considérés dans leurs implications réciproques, exclut la possibilité d’admettre les femmes au diaconat, entendu comme un degré du sacrement de l’Ordre. À la lumière de l’Écriture sainte, de la Tradition et du magistère ecclésiastique, cette appréciation est forte, même si elle ne permet pas actuellement de porter un jugement définitif, comme c’est le cas pour l’ordination sacerdotale » (1).
Par un curieux hasard (providentiel ?), cette synthèse publiée par le service de presse du Vatican le 4 décembre 2025 sort en même temps que la réédition de l’ouvrage de Mgr Martimort sur les diaconesses. Paru la première fois en 1982, ce livre de référence qui faisait toujours autorité en la matière était devenu introuvable. Il examinait de manière exhaustive ce ministère féminin apparu dans l’Antiquité en Orient puis en Occident et disparu au Moyen Âge, et avait permis d’établir que les diaconesses exerçaient alors un véritable ministère liturgique et catéchétique, mais qu’elles n’étaient pas l’équivalent des diacres.
La surprise du pape François
Dans son document de 2003 sur le diaconat (2), la Commission théologique internationale (CTI) citait largement le travail de Martimort pour aboutir au même résultat. Si bien que le pape François a surpris lorsqu’il décida la création, en août 2016, d’une commission sur les diaconesses, car on ne voyait pas très bien ce que l’on pouvait y ajouter. Très partagée, cette première commission avait conclu en mai 2019 à l’impossibilité de conclure. Une seconde commission fut alors établie en avril 2020, toujours sous la présidence du cardinal Petrocchi, celle-là qui vient de se prononcer.
Après tant de travaux savants allant dans le même sens, on aurait pu s’attendre à une appréciation plus définitive, même si elle est qualifiée de « forte ». C’est qu’en l’état actuel de la réflexion, il ne paraît pas possible de parvenir au même degré de certitude que pour l’ordination sacerdotale dont Jean-Paul II avait déclaré en 1994 « que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue (definitive tenendam) par tous les fidèles de l’Église » (3). L’expression « definitive tenendam » est technique. Elle renvoie à ces « énoncés qui, même s’ils ne sont pas contenus dans les vérités de foi, leur sont cependant intimement connexes, de sorte que le caractère définitif de telles affirmations dérive, en dernier ressort, de la Révélation elle-même » (4).
Or, affirme Lumen gentium, « au degré inférieur de la hiérarchie se trouvent les diacres auxquels on a imposé les mains “non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère” » (n. 29). Si les diacres ne relèvent pas du sacerdoce, contrairement aux prêtres et aux évêques, c’est donc que la déclaration de Jean-Paul II ne valait pas pour eux et que la question de l’ordination diaconale des femmes restait ouverte. À ceci s’ajoute le fait que Jean-Paul II puis Benoît XVI ont corrigé dans le Catéchisme de l’Église catholique et le Code de Droit canonique toutes les mentions qui faisaient du ministère ordonné (sans distinction de degrés) un signe du Christ-Tête, pour le réserver désormais aux évêques et aux prêtres, et l’écarter des diacres. Si donc le diacre n’est plus signe du Christ-Tête, il n’est plus nécessaire qu’il représente la face du Christ en tant qu’il est du sexe masculin, comme on le tient pour le sacerdoce, le signe devant présenter une certaine ressemblance avec la réalité signifiée. Ce faisant, mais sans le vouloir, le magistère avait donc supprimé un obstacle à l’ordination diaconale des femmes.
D’aucuns en ont alors conçu une stratégie en deux temps. D’abord séparer les diacres des degrés sacerdotaux, en faire un « ministère du seuil » à mi-chemin entre le laïcat et le clergé pour l’étendre plus facilement aux femmes. Puis une fois franchie cette étape, réaffirmer au contraire l’unité des trois degrés du sacrement de l’Ordre afin d’obtenir les deux autres.
Le pape François semblait lui aussi ouvrir cette porte lorsqu’il avait créé une première commission, puis une seconde, et approuvé le Document final du synode des Évêques de 2024 qui préconisait de poursuivre le discernement sur l’accès des femmes au ministère diaconal. Pourtant, dans le même temps, interrogé sur la possibilité pour les femmes d’être ordonnées diacres, il répondait fermement : « Non ! » (5). Il est vrai qu’il avait déjà écarté cette proposition du Synode de 2019 sur l’Amazonie (6), jugeant qu’elle reviendrait à « cléricaliser les femmes » et réduire leur apport et leur valeur (7). C’est donc qu’il avait autre chose en tête. Sans doute plutôt un ministère institué, comme celui d’acolyte ou de lecteur. Autrement dit, un ordre mineur.
Le diaconat actuel
À partir du VIe siècle, les ordres mineurs étaient devenus des degrés préparatoires pour l’ordination sacerdotale imposant de passer successivement par chacun d’entre eux, ce qui ne laissait guère le temps de les exercer vraiment, certains devenant purement symboliques. Mais auparavant, il n’en était pas ainsi : ils n’étaient pas reçus en vue du sacerdoce et correspondaient à de véritables ministères, pas seulement liturgiques, dans lesquels on pouvait demeurer à vie. C’est donc par une sorte de retour aux origines que Paul VI décida de les ouvrir aux laïcs (8). Mais comme il s’agissait de ministères fondés sur le baptême et ne préparant plus aux Ordres sacrés, on ne voyait pas pourquoi ils continuaient à être réservés aux hommes, ce qui fait que cette disposition est restée lettre morte. Ce redéploiement de ministères laïcs institués a été poursuivi par François qui décida de les étendre aux femmes (9) à la demande de la commission d’étude sur les diaconesses. En effet, s’il s’agit de ministères baptismaux, il n’y a aucune raison d’en écarter les femmes, le baptême est le même pour tous.
La différence entre les deux types de ministères en est clarifiée et renforcée d’autant. D’un côté, des ministères baptismaux, exercés par des laïcs qui restent laïcs ; ministères institués par l’Église qui peut en créer d’autres ou les supprimer. De l’autre, des ministères ordonnés, institués par le Christ, qui seuls incorporent dans la hiérarchie de l’Église et dans le clergé à partir du diaconat. Ces ministères sont d’essence différente, étant deux modes distincts de participation à l’unique sacerdoce du Christ. Ils sont cependant ordonnés l’un à l’autre en ce qu’ils forment un tout pour l’exercice unique du culte du Christ en son Église (10).
Les diaconesses relèvent nettement de la première catégorie : celle des ministères institués. C’est bien ce qu’elles étaient en réalité à l’origine : non pas l’équivalent des diacres, ministère ordonné, mais plutôt l’équivalent des acolytes et des lecteurs, ministères baptismaux.
Nécessité de changer ?
Dans l’Antiquité, de tels ministères baptismaux pouvaient être ouverts aux femmes, puisque tel était le cas des diaconesses. Elles accomplissaient des ministères liturgiques ou catéchétiques auprès des femmes dans les sociétés très cloisonnées où il n’était pas concevable que cela soit accompli par des hommes. C’est la raison pour laquelle elles existaient en Orient mais pas en Occident où l’on ne séparait pas ainsi les hommes et les femmes. Ce n’est que parce que ces ministères baptismaux ont perdu leur caractère propre pour devenir de simples degrés préparatoires au sacerdoce (ordres mineurs) qu’ils ont perdu cette possibilité d’être ouverts aux femmes comme ils pouvaient l’être auparavant. La décision de François n’est donc pas une innovation mais une restauration en profondeur.
Or ce que l’Église a fait, elle peut le défaire mais aussi le refaire. Tel est le cas des ordres mineurs ou ministères institués qui sont d’institution ecclésiastique. En effet, ils n’ont pas toujours existé et leur nombre a varié selon les lieux et les époques, à la différence des ordres majeurs institués par le Christ et les Apôtres qui font partie de la Constitution divine de l’Église et que l’Église elle-même ne peut pas changer. La restauration des diaconesses serait donc dogmatiquement possible. Ce qui ne signifie pas qu’elle serait pastoralement souhaitable. Tant que ces ministères baptismaux ne sont pas vraiment mis en pratique et évalués, on ne voit pas en quoi un nouveau ministère institué serait nécessaire, cette fois réservé aux femmes.
Père Thomas Michelet, op
- Aimé-Georges Martimort, Les diaconesses. Enquête historique au cœur des premiers siècles, nouvelle édition présentée et complétée par Thomas Michelet, o.p., Artège, 2025, 402 pages, 22 €.
(1) Synthèse de la Commission d’étude sur le diaconat féminin (original en italien), Bureau de Presse du Saint-Siège, Bollettino du 4 décembre 2025. Le texte cité est celui de la thèse n° 5 votée lors de la deuxième session du 11 au 16 juillet 2022 (7 placet, 1 non placet).
(2) Commission théologique internationale, Le diaconat : évolution et perspectives, Cerf, 2003.
(3) Jean-Paul II, Ordinatio Sacerdotalis (1994), n. 4.
(4) Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum veritatis (1990), n. 16.
(5) François, chaîne CBS, 21 mai 2024.
(6) Cf. Document final, n. 103.
(7) François, Querida Amazonia (2020), n. 100.
(8) Paul VI, Ministeria quaedam (1972).
(9) François, Spiritus Domini (2021).
(10) Lumen Gentium, n. 10.
Le fr. Thomas Michelet, dominicain, est professeur stable à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin (Angelicum) à Rome où il enseigne l’ecclésiologie et la sacramentaire. Il a publié Sacra Doctrina : la sacramentalité de la Parole de Dieu dans la Somme de théologie de S. Thomas d’Aquin (Bibliothèque de la Revue Thomiste, 2020). Il est membre du comité de rédaction de la Revue thomiste.
© LA NEF n°387 Janvier 2026
La Nef Journal catholique indépendant