Mgr Dominique Rey est évêque émérite de Fréjus-Toulon. Dans son nouveau livre, il porte un regard lucide sur les événements qui ont marqué son parcours. Entretien.
La Nef – Votre démission a donné lieu à nombre de commentaires : est-ce que ce livre répondait à un besoin de prendre la parole vous-même pour revenir sur cette affaire ?
Mgr Dominique Rey – Le but de ce livre n’était pas de m’attarder sur ma démission. Bien sûr je l’évoque, mais je souligne d’autres événements qui ont marqué mon parcours de vie humain et ministériel, les moments de basculement, les nouveaux chapitres de mon existence.
Ce livre est aussi l’occasion d’un bilan : comment résumeriez-vous ce bilan de vingt-cinq ans d’épiscopat ?
Ce livre reprend mes vingt-cinq années d’épiscopat, mais aussi revient sur mon enfance, la place particulière de mon entourage familial dans mon choix vocationnel, et mes premières années de sacerdoce. Je partage mes réflexions sur la vie de l’Église, les défis qu’elle doit affronter et les signes d’espérance que nous pouvons observer.
Ce livre constitue une relecture et une synthèse de mon propre ministère, au travers des joies, des épreuves, et toutes les expériences qui m’ont façonné, en cherchant à en dégager les enseignements pastoraux essentiels et qui me permettent de porter aujourd’hui un regard à la fois réaliste et plein d’espérance sur l’avenir de l’Église.
Quels sont justement les grands enjeux auxquels l’Église est confrontée ?
L’un des grands enjeux pour l’Église est de retrouver le courage de ses convictions. Elle doit assumer sa mission prophétique, en portant une parole claire sur les grands débats de société – en particulier sur la défense de la vie, l’anthropologie chrétienne, la place de la famille, le bien commun de notre société. L’actualité récente dans le domaine de l’enseignement montre combien nous avons besoin de voix libres, capables de parler sans crainte, même lorsque notre discours se trouve en décalage avec les injonctions idéologiques et les pressions médiatiques.
Par ailleurs, comme j’ai pu l’observer dans mes différents ministères, j’insiste sur le rôle des fidèles laïcs, et plus précisément, la juste collaboration prêtres-laïcs, pour l’avenir de l’Église, pour sortir de toute forme de cléricalisme ou au contraire de sécularisme.
Les fidèles laïcs, tels les levains dans la pâte, sont appelés à témoigner de leur foi dans la société, au cœur des réalités familiales, professionnelles, sociales, politiques, dans lesquelles ils sont engagés. L’Église a besoin des laïcs pour faire preuve de créativité pastorale, pour rejoindre nos contemporains là où ils se trouvent – notamment sur les réseaux sociaux, qui sont devenus les nouveaux parvis des églises.
L’Église se trouve également engagée dans un travail sur elle-même de purification face aux blessures causées par les abus. Reconnaître ses fautes, en tirer les leçons et continuer à servir humblement le Christ et son peuple, voilà la condition d’un véritable renouveau. Cependant, il ne faut pas réduire l’Église, qui est la famille de Dieu et le corps du Christ aux crimes et délits commis par certains clercs.
Quelles sont les principales missions d’un évêque dans notre contexte de déchristianisation et de baisse des vocations ?
Plus que jamais, l’évêque doit assurer une paternité spirituelle et pastorale dans l’Église. Afin qu’il ne soit pas seulement un manager, un administrateur distant et froid. Cela passe par l’exemplarité de vie ; la proximité à l’égard de tous, c’est-à-dire accessibilité et écoute ; une triple attention portée, à ce qui demeure (le contenu de la foi et l’attachement à l’Église), à ce qui unit (les fidèles aux prêtres, et les prêtres entre eux au sein d’une communion missionnaire), à ce qui surgit (discernement et accompagnement des initiatives nouvelles). Ces trois qualités, parmi d’autres, caractérisent la paternité épiscopale. Celle-ci se déploie en lien avec les instances collégiales qui l’entourent.
En ce qui concerne les vocations, un élément important, je crois, est de constituer des « cercles vertueux », qui sont appelants, édifiants pour les jeunes et dans lesquels l’évêque doit lui-même s’impliquer. Ces cercles peuvent être liés à des paroisses vivantes, à des aumôneries actives, à des tiers lieux éducatifs (patronage, scoutisme), ou à des groupes de jeunes professionnels ou étudiants ; ce sont des jeunes qui attirent d’autres jeunes.
Propos recueillis par Christophe Geffroy
– Dominique Rey, Mes choix, mes combats, ce que je crois, avec Samuel Pruvot et Henrik Lindell, Artège, 2025, 256 pages, 18,90 €.
– Signalons aussi de Dominique Rey, Pensées sur la vieillesse, Yeshoua Éditions, 2025, 194 pages, 25 €. Aphorismes plus ou moins longs sur la vieillesse.
© LA NEF n°386 Décembre 2025
La Nef Journal catholique indépendant