Cinéma Janvier 2026

L’agent secret

(17 décembre 2025)

Brésil, 1977. Marcelo, fuyant son passé trouble, arrive à Recife, en plein carnaval. Il vient retrouver son petit garçon et espère construire une nouvelle vie. Mais des menaces de mort le suivent.

Le brésilien Kleber Mendoça Filho (Aquarius) est désormais un réalisateur majeur. En situant son nouveau film dans les années 70, pendant la dictature au Brésil, il fait un film dont la portée politique est universelle, au-delà du cadre concerné. Le film est fait de très nombreuses scènes apparemment indépendantes mais liées par la présence du héros, Marcelo, être d’allure effacée mais dégageant une étonnante puissance. Le festival de Cannes a justement décerné à l’acteur Wagner Moura la palme du meilleur interprète. Divisé en trois grands chapitres, le film avance lentement mais puissamment entre ses scènes disparates. Certaines scènes sont au passé, dans la jeunesse universitaire de Marcelo, ou au présent, quand des étudiantes épluchent sur écran des archives de l’époque dictatoriale. On pourrait craindre de ne pas sortir de ce labyrinthe kaleidoscopique, mais Mendoça ne perd jamais ses spectateurs et, quand arrive la scène finale, c’est comme si toutes les fleurs d’histoire éparpillées se trouvaient réunies dans un délicat bouquet, où l’émotion triomphe, en même temps que descend la paix.

Pile ou face

(7 janvier 2026)

À l’aube du XXe siècle, Buffalo Bill vient présenter en Italie son extraordinaire spectacle, le Wild West Show, vantant le mythe de la conquête de l’Ouest. Après un rodéo meurtrier et un baiser volé, Rosa et Santino, son cow-boy d’amant, s’enfuient dans la nature italienne, poursuivis par Buffalo Bill.

Cette parodie de western spaghetti, saluant aussi les grands genres hollywoodiens, est due à un tandem de réalisateurs italiens, Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis. Secondés par une coproduction américaine, ils ont réalisé un film visuellement enthousiasmant. C’est la grande image à la Sergio Leone, avec des personnages cernés de près, dont on sent le souffle et la sueur. Au centre du récit rayonne ce couple improbable de Santino et de Rosa. Lui est un vacher italien, intègre et capable, mais sans ambition, tandis qu’elle, victime d’un mari violent qu’elle n’hésite pas à tuer pour s’échapper, se révèle une guerrière. Avec la beauté générale des images, l’actrice Nadia Tereszkiewicz est le grand atout de ce film par sa joliesse narquoise et son fantastique aplomb. Face à ces deux amants « gentils », la surprise est de voir que le « méchant » est le héros Buffalo Bill, joué ici de façon inattendue par le joufflu John C. Reilly.

On s’amuse beaucoup, on rit souvent, on tremble aussi car les scènes d’action ne sont pas mièvres, mais on a un regret sur la fin, car celle-ci tarde à venir quand l’histoire est déjà bouclée.

François Maximin

© LA NEF n°387 Janvier 2026