Cinéma Mai 2022

Laissons les morts engloutir les morts (4 mai)

Ce film de Paul-Anthony Mille est étonnant à plus d’un titre. Il met en scène le procès de Jeanne d’Arc filmé du point de vue de l’accusateur, l’évêque Cauchon (Stéphane Auvray-Nauroy), stipendié par les Anglais pour condamner et exécuter la Sainte. Jeanne n’apparaît jamais, on ne la voit ni on ne l’entend, pourtant les acteurs, en s’adressant à elle nous parlent à nous, spectateurs. Cauchon et ses acolytes, Maître Loiseleur et Maître Lafontaine, sont loin d’être certains de la culpabilité de Jeanne ; les doutes les assaillent, en hommes de foi ils savent qu’ils mettent leur âme en péril à condamner une innocente pour obéir servilement au puissant du jour, l’occupant anglais.
L’on est happé, interpellé par la grande profondeur spirituelle et la qualité des dialogues écrits dans une langue travaillée de toute beauté ; les nombreuses références aux Évangiles et au procès du Christ sont parfaitement insérées ; l’austère qualité des images, alternant gros plans sur les visages et vue des bâtiments médiévaux où se joue le procès, ajoute à l’intensité dramatique : certaines scènes sont comme des tableaux avec une musique moderne cassante qui en relève la couleur.
Ce film, intellectuel un peu à la Tarkovski, nous montre en parallèle du procès la quête énigmatique d’un religieux et d’un soldat, dont on peine à comprendre le sens, sinon, peut-être, qu’ils symbolisent l’être égaré de Cauchon, ne sachant trouver la juste voie. C’est l’occasion, pour le réalisateur, de sortir le spectateur du huis clos du procès pour le transporter dans des paysages grandioses, mais ces diversions sont trop longues (surtout au début) et pas assez explicites, c’est selon nous le point faible du film qui, par ailleurs, est d’une rare qualité et aussi d’une rare exigence.
Un mot enfin des acteurs qui jouent comme au théâtre, inconnus et cependant tous remarquables. Un spectacle fort qui marque l’esprit.

La fille qui croyait aux miracles (DVD Saje)

Le film chrétien représente une industrie dynamique aux États-Unis. Saje distribue en France une partie de ces films. Ils sont habituellement intéressants, mais le dernier paru (en DVD), La fille qui croyait aux miracles, relève plutôt de la catégorie « niaiserie » et prouve qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions et de belles idées pour faire un bon film : comment une petite fille qui a une foi à déplacer les montagnes opère, par sa prière, des guérisons miraculeuses et appelle ses concitoyens à la conversion, tous au demeurant très très gentils. Le scénario comme les dialogues sont faibles, difficile d’entrer dans ce « conte féérique » particulièrement simplet qui ne conviendra finalement qu’aux plus jeunes.

Pierre Louis

© LA NEF n°347 Mai 2022

À propos François Maximin

chroniqueur cinéma de La Nef.