Cinéma Avril 2026

Compostelle

(1er avril 2026)
Fred (Alexandra Lamy) a été mise à pied de l’enseignement pour une gifle. Elle se présente à une association qui organise des marches de rupture pour les jeunes délinquants. On lui confie Adam (Julien Le Berre), un jeune dealer et voleur, pour un chemin à pied du Puy à Compostelle, qu’il doit accomplir en remplacement de la prison. Après le départ au Puy, les moments qui suivent sont les plus beaux. Au pas des marcheurs, ce sont des vues sur les paysages étourdissants de beauté qu’on traverse de la Margeride aux Causses du Quercy, à travers les plateaux volcaniques de l’Aubrac, jusqu’à Conques et la vallée du Lot, merveilleusement photographiés par le réalisateur Yann Samuell.
Tout oppose Fred et Adam et leur couple est fait autant d’hostilité que de complicité. Mais celle-ci, peu à peu, l’emporte, dans des moments d’amitié très émouvants, qui ouvrent Adam à une compréhension de l’humanité d’abord inconnue de lui, lui révélant la valeur des autres comme de la sienne.
On a compris que, comme pour la plupart des marcheurs vers Compostelle, la démarche n’était pas religieuse pour Fred et Adam. Aussi est-on plus saisi encore en voyant leur absolu émerveillement devant la cathédrale de Saint-Jacques. N’est-ce pas pour eux le terme d’un pèlerinage ?

L’Eden

(15 avril 2026)
Quelque part au Moyen-Orient, Joseph, un chrétien, consacre sa vie à restaurer sa chapelle détruite. Il ne voit que des soldats israéliens ou les religieuses du couvent voisin. À l’écart du conflit, il souhaite des relations amicales avec tous. Il fraternise ainsi avec Ruben, un soldat israélien. Jusqu’à ce qu’ils découvrent un islamiste, gravement blessé…
Cheyenne-Marie Carron poursuit son incroyable aventure de cinéma, signant ici son 17e film. La jeune Kabyle, fille adoptive d’une famille française par qui elle a pu se convertir et demander le baptême, a tenu la gageure d’être à elle seule la scénariste, réalisatrice et productrice de ses films. Et elle ajoute aujourd’hui la fonction de chef opératrice !
On goûte dès les premières images la réunion de ces compétences parce que ses plans de paysages méditerranéens sont très beaux. Relevée encore par la musique orthodoxe de L’hymne des chérubins, bouleversant dans ce contexte de guerre. Car malgré son ton très calme, L’Eden est un film de guerre. Malgré la tranquillité habituelle des scènes, quelques images d’hostilité entre juifs et musulmans ont toute la tension nécessaire pour rappeler que l’humanité ici se déchire.
On le comprend dès le titre : L’Eden est un film de paix, sans naïveté. La scène finale, idyllique, n’est pas le rêve de ce qui pourrait être, mais l’injonction de ce qu’il faut faire. Et qu’ont fait justement les comédiens du film, des trois religions. Preuve que ce n’est pas impossible.

François Maximin

© LA NEF n°390 Avril 2026