Lectures Mai 2026

LE PESSIMISTE JOYEUX
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Entretiens avec Laurent Dandrieu
Fayard, 2026, 264 pages, 21,90 €

Notre ami québécois est devenu en quelques années l’un des analystes les plus suivis et appréciés de la vie politique française. Son acuité, sa liberté d’esprit, sa puissance dialectique, son énergie mises au service d’une forte pensée aux convictions bien affirmées tranchent et séduisent un public las de la médiocrité ambiante. On sait toutefois peu de choses de ce brillant intellectuel, aussi ce livre d’entretiens fort bien menés par Laurent Dandrieu arrive opportunément pour mieux connaître cette riche personnalité. On découvre ainsi son enfance au Québec, l’influence de ses parents, son admiration pour son père, professeur d’histoire à la bibliothèque foisonnante dont il a hérité la passion du combat pour l’indépendance de la « belle province ». Son rapport amoureux à la France et à sa culture intellectuelle est touchant. Ensuite, l’entretien s’oriente vers une présentation de sa pensée politique et les aspects personnels disparaissent peu à peu – on apprend toutefois le cancer qui l’a touché en 2020 et la façon dont la maladie l’a rendu quelque peu « dandy » : « le souci des formes au quotidien représente une forme de petite résistance contre l’époque », répond-il.
La partie principale de l’ouvrage s’attache donc à offrir une excellente synthèse de sa pensée sur ses thèmes de prédilection. Il nous explique son conservatisme et son libéralisme contre un État de plus en plus étouffant et à tendance totalitaire. Pour lui, le clivage droite/gauche n’est pas aboli et il en voit la manifestation à propos du péché originel : « Pour moi, s’il y a un contenu positif réel au clivage gauche-droite, c’est la réponse à la question : où se trouve le mal ? Dans le cœur de l’homme ou dans une structure sociale qu’il suffirait d’abolir pour faire advenir la société idéale ? Là est la véritable ligne de fracture métaphysique qui conditionne toutes les autres. » Le propos se développe également sur les questions du multiculturalisme, de l’immigration et du régime diversitaire contre lequel Mathieu Bock-Côté se bat avec une constance et une énergie exemplaires, notamment par ses interventions sur CNews et ses chroniques du Figaro. À lire pour découvrir une forte personnalité.

Christophe Geffroy

DE QUELQUES VERTUS MÉCONNUES
De l’humilité à la magnanimité

PHILIPPE-MARIE MARGELIDON et MAXIMILIEN LEFÉBURE DU BUS
Cerf, 2026, 232 pages, 25 €

En philosophie morale, on peut distinguer à grands traits trois écoles ou trois approches. Il y a les conséquentialistes, qui mesurent la moralité d’un acte à ses conséquences, sans prendre en compte l’intention. Il y a les déontologistes, qui défendent une morale consistant en un ensemble d’impératifs à respecter, indépendamment des circonstances et des conséquences. Il y a enfin les partisans d’une « éthique de la vertu », une tradition remise au goût du jour par le philosophe américain Alasdair MacIntyre dans After the virtue (1981), grâce à un retour à l’aristotélisme. Dans De quelques vertus méconnues. De l’humilité à la magnanimité, les frères Philippe-Marie Margelidon et Maximilien Le Fébure du Bus puisent dans les ressources du christianisme – principalement saint Thomas d’Aquin – pour nourrir cette compréhension de la morale conçue comme une réalisation de soi. Les vertus façonnent « un certain type d’homme », « un style et un mode d’existence », écrivent-ils. Après De quelques vertus oubliées (2023), ils exposent un certain nombre de vertus – vertus sociales, associées à la vertu cardinale de justice, comme la piété, la dulie, ou la déférence ; vertus de support, associées à la vertu cardinale de force, comme la persévérance, la longanimité, ou la magnanimité ; vertus de modestie, associées à la vertu cardinale de tempérance, comme l’humilité, une nouveauté chrétienne, ou l’eutrapélie. Si leur classification et leur description présentent une certaine technicité, l’exercice est précieux, car il nous permet de retrouver la diversité et la subtilité de nos attitudes et affections les plus quotidiennes. Poser un mot sur une réalité permet de mieux la distinguer et mieux la comprendre.

Guillaume Daudé

QUELLE LAÏCITÉ POUR DEMAIN ?
BENOÎT DUMOULIN
Préface de Mathieu Bock-Côté
Boleine, 2026, 210 pages, 15 €

Benoît Dumoulin, directeur d’Ichtus notamment, maîtrise son sujet et cela apparaît vite en lisant cet ouvrage synthétique très bien fait. Il suit une trame historique qui permet de comprendre combien la notion de laïcité est incompréhensible en dehors de l’univers chrétien, puisqu’il y a à l’origine, dans l’Évangile, une distinction des pouvoirs temporel et spirituel, jusque-là inconnue dans toute civilisation. Le Moyen Âge, avec la scolastique qui donne ses lettres de noblesse à la raison, contribue, dans le contexte difficile des querelles entre la papauté et l’Empire, à confirmer une distinction faite de coopération où chaque partie cherche à dominer l’autre. Mais une rupture se produit avec la fin de l’unité religieuse de la chrétienté et des auteurs comme Machiavel et Hobbes qui vont dissocier le politique de la morale et donc vider la conception classique du bien commun. La Révolution française accélère l’évolution et l’affirmation de la souveraineté nationale dans le peuple achève de déconnecter le politique de la morale et de toute transcendance. L’acharnement de la Révolution d’abord, de la IIIe République ensuite, contre le catholicisme dépasse l’imagination, on l’oublie trop souvent, même chez le « bon » socialiste Jean Jaurès. Finalement, après tant de persécutions parfaitement décrites par B. Dumoulin, la séparation de 1905 devient inévitable, tant le concordat n’avait plus aucun sens et liait l’Église à un État impie.
Deux chapitres sur la situation actuelle terminent cet essai passionnant en posant les justes questions sur notre pratique de la laïcité. « Cette laïcité, écrit l’auteur, qui prétend neutraliser l’espace public afin de l’aseptiser de tout patrimoine religieux, confine au laïcisme et relève du sectarisme, avec un risque évident de dépossession de notre mémoire nationale » (p. 157). On se trompe, estime-t-il, si l’on croit que la laïcité est l’arme adéquate pour lutter contre l’islamisation de la société, car, écrit-il, « on ne décrète pas les mœurs d’un peuple par la loi », et la laïcité, en ciblant toutes les religions, « nous désarme culturellement, car étant par essence un exercice de soustraction, elle contribue à vider l’espace publique de notre culture, ce qui fait le lit de l’islamisme et des idéologies » (p. 172). Une belle et utile réflexion qui mérite assurément d’être poursuivie.

Christophe Geffroy

PROPHÈTES SANS ARMES
Chrétiens, pacifistes et non violents

BAUDOUIN ET JACQUES DE GUILLEBON
Desclée de Brouwer, 2026, 208 pages, 18,90 €

Baudouin et Jacques de Guillebon dressent ici le portrait de figures chrétiennes du pacifisme : entre autres, Martin Luther King, Dorothy Day, Simone Weil, les frères Berrigan ou encore Desmond Tutu. L’introduction rappelle judicieusement l’urgence du combat pour la paix : c’est un combat prophétique désarmé qui trouve sa source dans l’enseignement même du Christ. La lutte pour la paix est consubstantielle au reste du message évangélique. Les papes l’ont souligné avec force, particulièrement au cours du sanglant XXe siècle ; Vatican II l’a redit solennellement. La démesure des moyens techniques qui ont été développés par les nations accentue la nécessité d’éviter absolument la guerre, et l’urgence d’une réelle conversion pour la paix. Cette lutte, soulignent nos auteurs, commence à l’intime par la conversion du cœur, par le désar­mement de la violence, par le travail de la conscience à la lumière de la foi. On regrettera à la fin de l’introduction la désignation exclusive d’un bouc émissaire responsable de l’échec du combat chrétien pour la paix en France : la droite identitaire. Il y a incontestablement là une part de vérité, mais on aurait aimé lire quelques lignes sur la responsabilité de la gauche progressiste dans la violence (verbale et physique, culture de mort, déconstruction de la famille, forme de complaisance diffuse – et parfois de légitimation – de l’action violente contre les divers oppresseurs, etc.).
Ces grandes figures sont suivies au plus près de leur engagement et de leur cheminement intérieur ; ces prophètes ont vécu une lutte intérieure et ont puisé dans une foi profonde la vertu de force si nécessaire à leur engagement. Chaque portrait, aussi riche et précis que ce format le permet, dresse avec finesse le combat douloureux, la persécution plus ou moins violente dont tous ont fait l’objet, et fournit des clés de discernement précieuses, montrant que le pacifisme n’est pas une lutte monolithique mais s’incarne selon des formes variées, au plus proche des réalités humaines et sociales où il se déploie, et qu’il requiert une force et une persévérance surnaturelles.

Marc-Henri d’Ozouville

UN TEXTE PROPHÉTIQUE SUR L’ENCYCLIQUE PASCENDI DE SAINT PIE X
Commentaire de DOM DELATTE
Éditions de Randol, 2025, 152 pages, 12,90 €

À l’aube du siècle dernier, alors que les républicains anticléricaux sont en lutte contre les catholiques, l’Église affronte un péril qu’elle estime bien pire, en son sein : le « modernisme ». Dans son encyclique Pascendi de 1907, le pape Pie X cherche à montrer la cohérence et la logique de ce « carrefour de toutes les hérésies » en dressant des portraits types de « modernistes ». La réédition du commentaire qu’en donne l’abbé de Solesmes Dom Delatte en 1909-1910 offre l’occasion de (re)lire ce texte, brillant par son ambition de systématicité. Dom Delatte met bien en perspective la spécificité du « modernisme » ainsi que l’universalité de son champ d’application. Le « modernisme » n’est pas une position intellectuelle contre telle ou telle vérité, comme ont pu l’être les anciennes hérésies, mais une manière de se rapporter à la vérité. C’est, selon lui, « l’individualisme religieux ». Si la vérité doit faire sens pour l’individu (aspect qu’on pourrait sans doute reprocher à Dom Delatte de sous-estimer en insistant beaucoup sur la « déférence » du croyant à l’égard de l’Église), celui-ci est trop souvent tenté de refuser toute médiation et toute autorité extérieure pour se bâtir une religion à la carte, dans notre contexte postmoderne.

Guillaume Daudé

L’ESPRIT DU THOMISME
ÉTIENNE GILSON
Traduction française des moines de Fontgombault, Éditions Petrus a Stella, 2024, 139 pages, 19€

Parmi les trésors encore à découvrir de l’œuvre d’Étienne Gilson, ce petit ouvrage, écrit en anglais, jamais traduit jusque-là, rassemble quatre leçons : I. La double certitude [la foi et la raison] ; II. Le plan de la création ; III. Une métaphysique du nom de Dieu ; IV. Un thomisme vivant.
Ces leçons, dans le style anglo-saxon des lectures sans excès d’érudition, marquent la dernière décennie de l’activité universitaire de Gilson. Depuis 1964, il dormait, jamais réédité en Amérique. La traduction offre au public francophone un bijou. Elle est à ce point excellente qu’elle se fait oublier. Elle laisse parler le Gilson tellement français dont tout lecteur reconnaît le style étincelant.
En I, la spécificité réciproque de la foi et de la raison. Thomas « pouvait-il lui-même philosopher comme s’il n’avait jamais entendu parler de la révélation chrétienne ? Bien sûr que non » (p. 36).
En II, Gilson rappelle que « la métaphysique elle-même est tout entière ordonnée à la connaissance de Dieu comme la fin ultime » [Somme contre les Gentils III, chap. 25, §9] (p. 39). Il y inclut la mise en perspective de l’être en vue de son propre agir : « L’homme et une substance agissante et opérante, créée en vue de son opération » (p. 69).
En III, la « métaphysique du Nom de Dieu » affirme que l’être est un acte et qu’à ce titre il est « ce par quoi une substance est » (p. 81-84). Cette métaphysique revient bien entendu sur l’importance d’Exode 3, 14 et la révélation du Nom de Dieu « Celui qui est » (p. 89).
En IV, le thomisme vivant voit son avenir hérissé de difficultés, l’empêchant d’atteindre le succès : « Le premier [obstacle] est son inspiration religieuse » (p. 105). Comment alors rendre le thomisme acceptable ? « La réponse est simple : nous devons l’enseigner tel quel » (p. 106). À quoi Gilson ajoute : « Quand il m’arrive de me demander ce qu’il faut que je fasse à ce propos, je me réponds à moi-même : “Fais ce que Thomas lui-même dit : laisse-toi guider, aussi loin qu’elle te conduira, par la raison naturelle ; et Dieu fera le reste” » (p. 107).
Parmi les perles : « Thomas d’Aquin n’était pas un thomiste particulièrement sûr. Plus qu’être sûr, il préférait être dans la vérité, ce qui n’est pas la même chose » (p. 85).

Fr. Thierry-Dominique Humbrecht o.p.

LA THEOLOGIE DU CORPS A LA LUMIÈRE DE LA TRADITION
PERE LOUIS
Artège, 2026, 462 pages, 24,90 €

Le père Louis propose une synthèse rigoureuse et apaisante sur la « théologie du corps » telle qu’explorée par Jean-Paul II dans ses catéchèses des années 1979 à 1984, relue à la lumière de toute la Tradition de l’Église.
Le cœur de l’ouvrage est une réappropriation de l’analogie entre amour divin et amour humain. Ni identiques, ni sans rapport, ils sont analogues – semblables sous certains aspects mais essentiellement différents. L’auteur distingue cinq degrés : l’amour trinitaire au sommet, puis l’amour d’élection par lequel Dieu choisit chaque homme de toute éternité, ensuite l’amour rédempteur du Christ qui épouse l’humanité pour la sauver, puis l’amour spirituel – des époux notamment –, et enfin leur amour charnel. Il y a entre chaque marche un abîme, et pourtant une continuité réelle. L’analogie permet d’éviter deux écueils symétriques : confondre l’union conjugale avec une expérience mystique trinitaire, risquant le sensualisme ou la déception face aux limites du corps et de la sexualité ; séparer radicalement le charnel du spirituel, comme en un dualisme inavoué.
Cette lecture analogique permet de comprendre le véritable sens du passage de l’épître aux Éphésiens lu à la messe du mariage (en rite tridentin) : il ne s’agit pas de domination mais de communion des personnes, à l’image de l’amour du Christ pour son Église, qui lui donne son sens véritable. L’époux est invité à se donner jusqu’au bout, à la manière du Christ qui se livre pour son épouse ; l’épouse est invitée à cet abandon confiant qui permet à l’autre de donner le meilleur de lui-même. Le mariage chrétien devient ainsi, dans toutes ses dimensions, y compris charnelle, un signe efficace de l’alliance entre Dieu et l’humanité – un sacrement au sens fort.
En effet, Jean-Paul II souligne que le corps humain porte en lui un véritable « langage » en quatre significations fondamentales : filiale, fraternelle, sponsale et procréatrice, que le péché originel a brouillé sans l’effacer. La grâce (à travers la chasteté) permet progressivement de retrouver une certaine transparence du corps à l’âme, visible en particulier chez les saints. Mais c’est le Corps glorieux du Christ ressuscité qui donne au corps humain son horizon ultime : notre chair alourdie ne peut être pleinement comprise qu’à la lumière de ce qu’elle est appelée à devenir.
L’auteur affirme avec toute la Tradition la grandeur et la pauvreté de l’union conjugale. Le corps dit quelque chose de vrai et de beau sur Dieu et son amour, mais en reste un signe limité. Ainsi la virginité consacrée, loin de déprécier le mariage, en révèle au contraire le sens : en renonçant au signe (corporel), elle anticipe dans la foi la réalité (spirituelle) qu’il désigne – les noces éternelles de l’âme avec le Christ.

Simon Walter

NI RÈGNE DE LA LOI NI LOI DE LA JUNGLE !
Géostratégie et bien commun

PIERRE DE LAUZUN
Boleine, 2026, 112 pages, 12 €

Après une étude sur la « guerre juste », Pierre de Lauzun poursuit sa contribution à la géopolitique contemporaine avec un ouvrage consacré à la géostratégie, particulièrement à la manière de rechercher le bien commun dans un contexte international enflammé. Clair, précis et concis, l’essai s’ouvre sur la nature paradoxale de la géostratégie : le résultat de la confrontation de deux forces antagonistes, quand bien même celles-ci agissent de manière intelligente, est par nature imprévisible. Un scandale intellectuel, qui se couple d’un scandale éthique : comment faire le bien quand on ne peut prévoir le résultat de ses actions, et sachant qu’on occasionnera un certain mal ? Cette instabilité nous interdit de plaquer a priori de grands jugements moraux ; au contraire, il faut examiner de l’intérieur, pour chaque conflit, les conditions effectives de réalisation du bien. Un élément vient toutefois y faire obstacle, c’est l’idéologie qui, avec ses conceptions toutes faites, tend à aggraver les conflits et à obstruer toute issue de sortie. Au lieu d’un « choc des civilisations », la période récente serait d’ailleurs marquée par des conflits idéologiques, argumente l’auteur ; au nom de l’islam ou de l’idéologie occidentale, chaque belligérant tend à s’octroyer le monopole du bien. Le risque inverse serait de balayer tout raisonnement éthique au profit d’une pure logique de la puissance, comme le fait Trump. La dernière partie montre que l’ONU, le droit international ou la généralisation de la démocratie se révèlent incapables de réaliser ce bien commun mondial, dont la responsabilité revient essentiellement aux acteurs étatiques, qui doivent agir selon un jugement moral éduqué et soucieux des réalités.

Rémi Carlu

LES CROISADES
Histoires et idées reçues
MARTIN AURELL & SYLVAIN GOUGUENHEIM
Perrin, 2025, 394 pages, 23,50 €

Le sous-titre de ce livre collectif est particulièrement approprié : à travers des thématiques exhaustives sur le sujet, les auteurs entendent bien remettre les idées à l’endroit, face aux caricatures habituellement colportées sur les croisades. Dans une excellente introduction, Sylvain Gouguenheim commence par définir le concept de croisade, ainsi que les différences entre la « guerre juste » et la « guerre sainte ». « La croisade est une “guerre sainte”, selon les critères médiévaux, mais elle est aussi un pèlerinage, et même le plus prestigieux de tous en raison de sa destination », écrit-il.
Outre une trame chronologique sur l’histoire des croisades, les auteurs développent également des thématiques complémentaires comme la contestation des croisades au Moyen Âge, les ordres militaires, les « croisades » nordiques, la croisade vue du monde musulman. Bref, un ouvrage riche et plaisant qui démonte intelligemment quelques mythes.

Simon Walter

ROMAN À SIGNALER

LES FANTÔMES DE ROME
JOSEPH O’CONNOR
Rivages, 2026, 464 pages, 24 €

Dans un précédent roman publié en 2024, Dans la maison de mon père (cf. La Nef n°369 de mai 2024), l’écrivain irlandais Joseph O’Connor avait raconté l’histoire vraie de Mgr Hugh O’Flaherty (1898-1963), prélat irlandais qui avait organisé durant l’occupation allemande de Rome, une filière d’évasion, le « chœur », pour les soldats anglo-américains et les Juifs pourchassés par les nazis. Ce nouveau roman reprend les mêmes personnages à la même époque, en s’affranchissant cette fois de la réalité historique. L’auteur confirme ici son immense talent, entrevu dans le roman précédent. On suit, entre février et avril 1944, la vie quotidienne des neuf membres du « chœur », rythmée par le sauvetage d’un mystérieux aviateur abattu par les Allemands et gravement blessé. L’auteur confère à chacun des membres du « chœur », tous dotés d’un caractère marqué et bien trempé, une belle profondeur humaine. Le personnage central n’est plus Mgr O’Flaherty, mais la comtessa Giovanna Landini, jeune femme de grande foi libre et intrépide, confrontée, dans un duel passionnant, à Paul Hauptmann, chef de la Gestapo de Rome, duel savamment orchestré avec une tension croissante et un dénouement dans une scène d’anthologie exceptionnellement bien menée. Un magnifique roman.

Simon Walter

© La Nef n° 391 Mai 2026