Une biographie de Gaston Fessard

GASTON FESSARD
Sa vie, son œuvre, sa postérité

ALBAN MASSIE
CLD, 2026, XXX pages, XX €

Cet ouvrage retrace la vie du père Gaston Fessard (1897-1978). Entré au noviciat jésuite à 16 ans, il connut l’expérience déchirante des tranchées. Il sera confronté aux deux grands totalitarismes du XXe siècle : le père Fessard a vigoureusement combattu le nazisme (il entre en clandestinité en pleine Seconde Guerre mondiale après avoir diffusé des écrits dénonçant le nazisme), autant que le communisme. Il s’est également attaché à donner des outils pour penser les idéologies de son temps : matérialisme, pacifisme, Mai 68… Enfin, il a beaucoup œuvré pour penser l’engagement de l’Eglise dans une société en pleine mutation.

Cette figure intellectuelle, proche d’Henri de Lubac, devient rapidement l’un des penseurs majeurs de la Compagnie de Jésus, bien qu’il y soit parfois critiqué. Héritier de Blondel, disciple de Hegel et de sa dialectique, il se lie d’amitié avec Raymond Aron et Gabriel Marcel. Il déploie une philosophie dialectique ancrée dans le réel et une théologie fortement marquée par la pensée ignatienne, dont il déploie le discernement dans le temps et les lieux qui sont les siens. Courageux et à certains égards visionnaire, il déploie dès les années 1930 une pensée à une hauteur que peu d’intellectuels ont atteint dans ces années si tumultueuses. Fessard a voulu forger une dialectique chrétienne, appliquée notamment à l’histoire mais aussi à l’âme humaine, à la société (Dialectique des exercices spirituels) dans un souci constant de trouver une troisième voie aux oppositions stériles de son temps.  Il a le grand mérite de rechercher droitement une vision authentiquement chrétienne de la politique, du bien commun, de l’engagement ecclésial, en forgeant des outils de discernement. Une pensée qui s’est parfois aventurée dans des terrains risqués mais toujours dans une humble obéissance à ses supérieurs et à l’Eglise. Comme le résume Giulio de Ligio, « il a su voir, étudier, critiquer dans leurs fondements spirituels les grands périls de son âge. » Une très bonne introduction qui rend accessible cette figure d’envergure à la pensée exigeante.

Marc-Henri d’Ozouville

© La Nef, exclusivité internet, mis en ligne le 29 mai 2026