Lecture Février 2026

LA TRAGÉDIE MIGRATOIRE ET LA CHUTE DES EMPIRES
Saint Augustin et nous
CHANTAL DELSOL
Odile Jacob, 2026, 208 pages, 22,90 €

La comparaison entre la chute de l’Empire romain et la décadence de l’Occident n’est pas nouvelle. Comme au début du Ve siècle à Rome, il n’est pas douteux que nous vivons en Europe un changement d’époque qui laisse planer devant nous une grande incertitude. L’originalité et la force de l’essai de Chantal Delsol sont de proposer un parallèle en réfléchissant à ce type de situation avec saint Augustin, lui qui a vécu la chute de Rome avec une incroyable sérénité. Cela nous donne une étude passionnante qui a, entre autres, le mérite de mieux nous faire comprendre le présent et de l’aborder avec une espérance raisonnable.

Le long parallèle établi tout au long du livre entre la fin de l’Empire romain et ce que l’auteur appelle l’empire occidental est remarquable. Dans les deux cas, il s’agit d’« empires-conquêtes » qui s’étendent d’abord par la force des armes aussi loin qu’il est possible, puis, au faîte de leur puissance, deviennent des « empires-refuges », les populations conquises se bousculant alors pour s’installer dans les centres de l’empire. Autrement dit, l’empire autrefois conquérant délaisse les armes, mais son pouvoir d’attraction (soft power) attire chez lui les peuples jadis conquis, d’où le déferlement migratoire que nous connaissons : l’empire fait envie, par sa prospérité et sa liberté, ses écoles et ses hôpitaux, etc. ; c’est à Londres ou à Paris que les migrants cherchent à s’installer, pas à Moscou ou à Pékin, dont le soft power est de fait très limité.

De même que la fin de l’Empire romain a donné lieu à des visions apocalyptiques de fin du monde – mais au moins la foi partagée laissait-elle place à l’espérance d’un au-delà –, notre époque voit surgir un catastrophisme qui, dans un contexte sans foi, conduit au nihilisme. « Parce que l’apocalypse est décrite, depuis l’après-guerre, à travers des catastrophes différentes (la bombe atomique, la terre trop pleine, la terre trop vide, le réchauffement), il faut comprendre qu’elle se trouve dans nos têtes davantage que dans la réalité » (p. 126), d’autant plus, affirme Chantal Delsol, que ces peurs entretenues n’existent qu’en Occident et manifestent donc un désespoir commun.

Face à cette lancinante question migratoire, on se retrouve face à deux positions contradictoires : l’une, « politique », affirme la primauté d’un monde culturel à protéger ; l’autre, « morale », affirme qu’il faut accueillir tous les migrants, même si cela détruit l’identité culturelle de celui qui accueille. Les uns et les autres ont raison, affirme l’auteur, qui pense qu’il n’y a pas de solution idéale, mais qui invite à tenir ces deux points, à savoir « user à la fois de la plus grande lucidité (pour la politique) et de la plus grande solidarité (pour la morale). La lucidité : accepter d’expulser vraiment les clandestins qui n’ont rien à faire ici (tous les gouvernants le disent, aucun gouvernant ne le fait) ; passer un contrat d’intégration (l’apprentissage de la langue, les mœurs) avec ceux qui désirent entrer, et le faire respecter réellement ; tenir un langage de vérité à propos de l’islam (on en est loin). La solidarité : travailler de façon directe, humaine et solidaire (non pas en envoyant de l’argent “par hélicoptères” sur les banlieues) à l’accueil et à l’intégration. Les deux exigent du courage, et c’est ce qui manque totalement à nos gouvernants » (p. 193).

C’est une situation assurément difficile qui exige en effet un réel courage, mais saint Augustin nous montre la voie : face à un monde qui s’effondrait, il l’acceptait tel qu’il était avec humilité, sans prétendre pouvoir le transformer à sa guise.

Christophe Geffroy

MAMAN VOUDRAIT QUE JE CROIS EN DIEU
ADRIEN CANDIARD
Cerf, 2025, 142 pages, 14 €

Le frère dominicain Adrien Candiard est connu pour ses essais brillants sur la vie chrétienne ou sur l’islam. Il publie ici son premier roman. Écrit à la première personne, dans la peau d’un adolescent que sa mère force à faire sa confirmation, l’auteur nous décrit un week-end de préparation à la confirmation. Le tableau est savoureux et sent le vécu : un jeune vicaire dynamique, une animatrice perfectionniste, des sœurs congolaises, un vaste couvent mais une chapelle moderne très laide, des parties de foot, des topos sur les sept dons de l’Esprit et un vieux confesseur miséricordieux. Le roman nous montre bien les questions, l’ironie mordante, mais aussi la colère sourde qui peut habiter le cœur d’un adolescent. Le moment de grâce qui frappe notre héros paraît – forcément – un peu plus dur à décrire avec justesse, mais l’ensemble est rafraîchissant d’une part, et pertinent pour penser la transmission de la foi d’autre part.

Abbé Étienne Masquelier

GUERRE ET PAIX
Les papes de Léon XIII à Léon XIV
CLÉMENT MILLION
Le Lys et le Lin Éditions, 2025, 350 pages, 25 €

L’Église est-elle pacifiste ? Clément Millon, dans une étude très dense et documentée, tente de répondre à cette question à travers l’analyse de la doctrine de la guerre, et par là, de la paix, élaborée par les papes qui se sont succédé depuis Léon XIII à Léon XIV. Une longue période qui vit le Saint-Siège s’extirper de la crise provoquée par la perte des États pontificaux en 1870 et se transformer en une autorité morale respectée, ce qui ne veut pas dire suivie et influente. L’auteur la découpe en trois temps. De 1870 à 1914 avec la diplomatie de médiation réélaborée par Léon XIII et qui voit la doctrine de la guerre être toujours rappelée mais davantage combattue par une « école pacifiste ». De 1914 à 1963, temps des guerres mondiales, la papauté se pose en contre-modèle de la guerre totale, se plaçant au-dessus des camps jetés dans une lutte à mort ; une véritable voix dans le désert. Puis, avec Jean XXIII et surtout Paul VI s’ouvre la dernière période, celle de Vatican II, où l’Église est appelée à « s’adapter aux remèdes mis en œuvre par le monde auquel elle veut s’ouvrir », en laissant en particulier à l’ONU le soin des œuvres de médiation, et en condamnant toutes les guerres. À son propre détriment, nous dit l’auteur, puisque l’ONU n’a rien de catholique. Si Benoît XV et Pie XII échouèrent à établir le règne de la paix, François n’y parvint pas davantage, allant jusqu’à nier l’existence d’une guerre juste. Selon Clément Millon, ce sont bien les ruptures qui l’emportent sur les continuités, ce qui demanderait plusieurs nuances puisque le prisme réaliste l’a toujours emporté au sein du cercle dirigeant du Saint-Siège dans ses approches diplomatiques. Cela étant, il s’agit d’un travail aussi riche qu’utile pour la connaissance de l’œuvre doctrinale sur laquelle s’appuie la papauté pour la mise en œuvre de sa diplomatie.

Frédéric Le Moal

LE RIRE DANS LA BIBLE
Ironie, cruauté ou joie de vivre ?
PHILIPPE HENNE
Cerf, 2025, 216 pages, 22 €

Très sérieusement, Philippe Henne passe en revue les points de contact de la Bible avec le rire, plutôt rares. La matière étant insuffisante, il complète par un large éventail de récits et de réflexions contrastées glanés chez les Pères des cinq premiers siècles jusqu’à saint Augustin et saint Benoît sur la convenance du rire pour des chrétiens : l’ouvrage fait la part belle aux circonstances historiques où les chrétiens eurent à trouver leur place dans une société du divertissement ou face aux railleries. Mais le rire est plusieurs fois débordé par des considérations plus larges, sur les spectacles, par exemple. Saint Thomas d’Aquin vient clore l’enquête, pour lequel rire et plaisanterie sont « un devoir de charité chrétienne » (p. 187). Mais alors, pourquoi les Évangiles ne font-ils jamais mention d’un rire du Christ ? On se rappelle la parole du Seigneur à sainte Angèle de Foligno : « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée ! »

Les analyses d’Henri Bergson – Le Rire (1899) – permettent de répondre : le rieur se met plus ou moins en position de supériorité, infligeant la sanction du rire à quiconque se raidit et se soustrait au devoir d’adaptation permanente exigé par la vie en société. Or le Christ est « venu partager l’humanité de ses créatures, et non pas ironiser sur leur étroitesse d’esprit » (p. 10). L’auteur mène l’enquête sur les quelques échantillons offerts par les Écritures en affrontant les difficultés, le rire d’Abraham, de Sara (Genèse, ch. 17, 18, 21).

L’ouvrage s’appuie sur des travaux spécialisés regroupés dans les abondantes bibliographies des chapitres. Sans doute est-il destiné à un large public, et le ton très volontiers à l’enjouement, cette vertu d’« eutrapélie » recommandée par Aristote et valorisée par Thomas d’Aquin. On regrettera que le rire déborde, pour ainsi dire, étendu à l’Annonciation ou à la Visitation (« le rire de Marie », p. 32), dans un amalgame avec « la joie rayonnante des acteurs du Nouveau Testament » (p. 34), comme si l’ouvrage, devait à toute force honorer son titre.

Patrice Soler

MAURRAS
Pour la nation, contre le racisme
AXEL TISSERAND
Préface de Pierre-André Taguieff
Éditions de Flore, 2025, 190 pages, 10 €

Le titre de cet essai ouvre la voie à un malentendu, heureusement dissipé dès l’introduction : Maurras n’a évidemment rien de commun avec l’antiracisme ambiant du XXIe siècle, ni avec celui des années « SOS Racisme ». Seulement, Charles Maurras est un homme de lettres. Quand il apparaît sur la scène intellectuelle, quelques années après la théorisation du racisme par Gobineau et Vacher de Lapouge, il pense la politique à partir des textes, de l’histoire, des paysages, et se tient éloigné des mesures de crânes.

L’ouvrage est solide et replace utilement Maurras dans le paysage des idées de son époque. Un de ses apports est de rappeler combien le nationalisme d’Action française tend vers une forme d’universalisme issu de l’Empire romain. Un chapitre éclaircit la question de « l’antisémitisme d’État » de l’Action française. Tout condamnable qu’il fût, l’antisémitisme de Maurras n’était pas celui des nazis et si lui-même, hélas ! ne l’a jamais renié, l’AF a abandonné la doctrine de « l’antisémitisme d’État » après-guerre sous l’influence de Boutang.

Mais Axel Tisserand l’admet : Maurras s’est volontiers revendiqué « raciste » et assumait croire à l’existence d’une « race française » dès 1894. Ce n’est qu’en 1933, à la republication de l’article dans lequel Maurras se disait raciste, qu’il décida d’amputer cette phrase, comme pour ne pas légitimer la doctrine hitlérienne qui s’imposait alors outre-Rhin. Cette attitude de Maurras, par rapport à un racisme qu’il avait déjà revendiqué mais dont le nazisme l’éloignait, fait penser à celle d’un fameux dissident de l’Action française auquel l’auteur a déjà consacré un essai : Bernanos, disciple de Drumont, écrivant en 1944 qu’« Hitler a déshonoré l’antisémitisme ». Hitler a-t-il, aux yeux de Maurras, déshonoré le racisme ? N’était son antigermanisme, Maurras se serait-il éloigné du racisme ? C’est avec cette question qu’on referme le livre. Un essai court, dense, et nourri des réflexions érudites offertes par Pierre-André Taguieff en postface.

Robin Nitot

L’OMBRE DE LA TERREUR
Jean-Nicolas Pache maire de Paris
OLIVIER BLANC
Via Romana, 2025, 234 pages, 23 €.

Jean-Nicolas Pache (1746-1823) : voilà un personnage ayant joué un rôle important durant de la Révolution française, mais bien oublié aujourd’hui. Olivier Blanc, spécialiste de la période révolutionnaire et du Premier Empire, mène ici une étude historique très fouillée du rôle obscur et trouble que Pache a joué durant la Convention et tout particulièrement durant la Terreur. Son ouvrage est une réhabilitation des Girondins, malmené par l’historiographie marxiste, que l’auteur nous présente comme des modérés, voulant punir les excès de certains révolutionnaires – dont les massacres de septembre. Pour lui, Pache joua un jeu particulièrement trouble durant cette époque : se présentant constamment comme un révolutionnaire pur et dur, mais corrompu et vénal, Pache passa son temps à attiser la haine entre les factions révolutionnaires et à comploter pour son propre compte afin de remplacer l’autorité de la Convention nationale par celle de la Commune de Paris. Après l’arrestation d’Hébert (1757-1794), complice de Pache selon l’auteur, ce dernier fut à deux doigts d’être lui-même guillotiné. Prudent et sans scrupule, bénéficiant encore de nombreux appuis, il échappe pourtant à la condamnation et il a l’intelligence de partir en province pour se faire oublier. La thèse de l’auteur, abondamment appuyée par de très nombreux témoignages, est convaincante et le moins que l’on puisse dire est qu’il dresse un tableau effroyable de l’ambiance politique de l’époque où chaque faction cherche à éliminer physiquement les autres dans une escalade paranoïaque que rien ne semble pouvoir arrêter.

Bruno Massy de La Chesneraye

LÉON HARMEL
ÉMERIC SAUCOURT-HARMEL
Salvator, 2025, 384 pages, 24 €

Emeric Saucourt-Harmel, descendant direct de Léon Harmel, signe ici une remarquable biographie, au plus près de l’itinéraire spirituel et social de cette grande figure du catholicisme social. Succédant à son père à la tête d’une usine spécialisée dans la filature de laine, Léon Harmel (1829-1905) se révélera être un excellent chef d’entreprise, doublé d’un patron authentiquement chrétien, totalement engagé dans la société au service du Royaume. En témoignent la prospérité impressionnante de la compagnie familiale, mais aussi les fruits nombreux de son engagement au service des ouvriers.

Léon Harmel rompt avec ce qui était alors considéré comme une pratique éminemment vertueuse : le paternalisme. Non content de veiller activement à la dignité des ouvriers et à protéger la vie des familles, conscient de la nécessité de promouvoir l’autonomie et l’initiative des ouvriers, il les associe étroitement à la direction des œuvres sociales. Il développe le syndicalisme, et plus largement les corps intermédiaires réduits à néant par la Révolution française. D’une étonnante modernité, il promeut ce qui sera nommé le principe de subsidiarité, l’un des piliers de la doctrine sociale de l’Église. Il effectue de nombreux pèlerinages mêlant ouvriers et patronat à Rome, et lie une amitié intime avec Léon XIII, puis avec Pie X et Benoit XV.

Proche d’Albert de Mun, de René de La Tour du Pin, Harmel prendra une dimension incontournable dans le paysage socio-économique de la seconde moitié du XIXe en étant la figure de référence du patronat catholique. Sa vie est une vie de combat pour le règne du Christ, menée dans un contexte anticlérical. Elle prend sa source dans une vie de prière très riche, une piété et une fidélité absolue à l’Église. Une unité de vie remarquable, dans le grand souci de la dignité sociale et économique des ouvriers, ainsi que du salut de leurs âmes.

Marc-Henri d’Ozouville

EN COUPLE, SE DONNER POUR AIMER… sans s’oublier soi-même !
DON PAUL PRÉAUX
Artège, 2025, 138 pages, 14,90 €

Ce court traité de vie conjugale rejoint les autres ouvrages de ce genre par l’opportunité de ses conseils pratiques et de ses mises en garde psychologiques. Il va toutefois plus loin que beaucoup d’autres, par la grande exigence qu’il attache au sacrement de mariage. Bien sûr, la prière y est mise en avant comme nécessité et fondement de toute vie conjugale, c’est là la première exigence. Mais Don Paul Préaux exhorte aussi les époux à une forme d’héroïsme dans le monde, en vue duquel les grâces du mariage sont des appuis indispensables. Par quelles voies ces grâces se répandent-elles ? Par l’intermédiaire du conjoint, du regard, des paroles qu’il me porte. C’est à ce titre que chaque époux doit avoir le souci de faire croître chez l’autre l’intelligence, la connaissance de ce qui fait grandir l’esprit et l’âme, la vie sacramentelle, le don de soi.

L’auteur va plus loin encore en débusquant un de pièges peut-être les plus répandus de notre époque ultra-connectée mais indigente relationnellement : l’indifférence mutuelle, qui s’installe progressivement sous les coups du manque d’attention à l’autre et du repli paresseux sur soi-même. Pour faire fuir cette tentation, Don Paul Préaux invite, dans de très belles pages, à nourrir l’amitié conjugale, cette magnifique interdépendance affective et intellectuelle, et à cultiver l’humilité du cœur pour savoir livrer ses misères et écouter celles de l’autre.

Marie Dumoulin

LE SIÈCLE DE NICÉE
JEAN-PIERRE BATUT
Cerf, 2025, 238 pages, 19,90 €

Par cet ouvrage fondé sur une compétence théologique magistrale, Mgr Jean-Pierre Batut, évêque auxiliaire de Toulouse, offre une éminente approche du premier concile œcuménique de l’histoire, réuni en 325 à Nicée (Iznik dans l’actuelle Turquie).

L’auteur décrit d’abord la situation politique et religieuse prévalant dans « l’infortuné IIIe siècle » où les chrétiens étaient confrontés aux persécutions avant que n’émerge l’unité du monde gréco-romain, situation qui a vu naître le concept d’œcuménisme et l’organisation de l’Église, désormais dotée d’un magistère doctrinal apte à définir la foi. La « paix de l’Église », imposée par l’empereur Constantin dans une démarche habile fort bien décrite ici, n’empêcha cependant pas l’éclosion d’hérésies, parmi lesquelles l’arianisme (du nom de son concepteur, Arius), qui niait la divinité du Christ. La sagesse de Constantin s’est révélée à nouveau lorsqu’il convoqua les évêques pour trancher le différend théologique d’où émergea « la confession de foi de Nicée » avec l’adoption du terme « consubstantiel » appliqué au Christ dans sa relation à Dieu le Père.

Pourquoi ce concile n’a-t-il rien énoncé concernant l’Esprit Saint ? « C’est qu’à l’époque de Nicée, on n’avait pas encore pris conscience que la négation de la divinité du Fils entraînerait fatalement celle de la divinité de l’Esprit : on était dans une période de “possession tranquille” de la foi en ce même Esprit. » Des ariens ayant cependant affirmé que l’Esprit est une « création » de Dieu, il fallut attendre le concile suivant, réuni à Constantinople en 381 à l’initiative de l’empereur Théodose, pour clarifier la doctrine qui concerne la troisième Personne de la Trinité.

Les participants à cette assemblée se sont appuyés sur les écrits de Pères cappadociens engagés dans la lutte contre l’arianisme pour adopter le Symbole démarrant par l’affirmation : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. » La mention du Fils, absente de la première version, a en fait été rajoutée par la tradition latine ; c’est ce Filioque qui a engendré entre Rome et Constantinople un différend théologique fondé sur des difficultés linguistiques et culturelles, conduisant aux anathèmes réciproques fulminés en 1054 avant d’être levés en 1965 à l’initiative de Paul VI et du patriarche Athénagoras. Et si l’Église figure dans le symbole de Nicée-Constantinople, c’est parce que, sans être objet de foi, elle fait partie de la foi, explique Mgr Batut en se référant aux écrits des saints Irénée et Ambroise.

Le monothéisme trinitaire, fondement du christianisme, ne se limite pas au domaine spirituel : il inspire des lois et des comportements dans les domaines politiques, anthropologiques et moraux auxquels l’auteur consacre ses derniers chapitres, ce qui ouvre ses lecteurs à un précieux regard de vérité sur notre époque.

Annie Laurent

Roman à signaler

MORNING STAR
CRAIG JOHNSON
Gallmeister, 2025, 420 pages, 24,90 €

C’est une joie de retrouver Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka (Wyoming), pour de nouvelles aventures. Craig Johnson est en effet l’une des valeurs les plus sûres de la littérature policière américaine, chacun de ses romans nous entraînant dans l’atmosphère envoûtante de régions sauvages et grandioses. Cette fois-ci, notre shérif préféré doit enquêter au sein de la communauté cheyenne avec son ami de toujours, Cheyenne lui-même, Henry Standing Bear. En effet, une jeune Cheyenne, Jaya, joueuse de basket de génie, reçoit des menaces de mort, tandis que sa sœur, Jeanie, a disparu depuis un an. Cette enquête nous plonge dans le monde des communautés indiennes, on y découvre combien les jeunes femmes sont souvent maltraitées, nombre d’entre elles disparaissant. C’est un magnifique plaidoyer pour ces peuples oubliés aux riches traditions ancestrales. Passionnant.

Simon Walter 

© LA NEF n°388 Février 2026