Cinéma Juin 2026 : L’abandon

L’Abandon

(13 mai 2026)

Ce film de fiction de Vincent Garenq et Alexis Kebbas retrace fidèlement les onze derniers jours du professeur Samuel Paty, avant son assassinat par un jeune musulman.

Pourquoi revenir sur ce film, qui a déjà fait tant de bruit depuis sa projection en avant-première au festival de Cannes ? Il a été salué là-bas par une longue « standing ovation », ce qui, vu le conformisme du lieu, pouvait faire croire que le film serait universellement bien reçu. C’est vrai pour la très grande majorité des spectateurs. Qui pourrait redire à un film qui ne fait que raconter les faits, ceux qui conduisent un professeur modèle, passionné par son métier et ses élèves, pétri des principes éducatifs républicains, à être décapité sous le couteau d’un jeune musulman fanatisé ?

Eh bien, scandaleusement il y a bien eu une (petite) partie de l’opinion qui a trouvé le moyen de reprocher à ce film de dire ce qu’il dit et d’être ce qu’il est. Ce qu’il dit, c’est qu’en France un professeur peut être mortellement victime d’une fatwa quand il veut enseigner consciencieusement le programme républicain. Ce qu’il est, c’est une reconstitution des faits aussi fidèle que possible – c’est-à-dire avec les nécessaires recréations fictives de scènes et de dialogues – dans une forme cinématographique qui vise l’excellence.

Les moqueries entendues et répétées concernant les prétendues faiblesses artistiques du film ne sont que les faux nez d’une opposition idéologique, essentiellement LFIste, à un film d’une qualité admirable.

C’est lamentablement que la presse de gauche s’est essayée à le discréditer, arguant qu’il stigmatisait les musulmans, le corps enseignant et la jeunesse. Au contraire, il fait tous ses efforts pour cantonner la responsabilité de l’assassinat à quelques individus, l’écolière menteuse à l’origine de tout le drame, son père énervé, le prétendu représentant des imams qui organise la fatwa, et l’assassin lui-même, qui paraît parachuté dans cette histoire sans qu’on comprenne qu’il est un pion dans un vaste échiquier de bêtise et de haine.

Le film ne stigmatise pas les musulmans, dont il fait globalement un portrait flatteur. Il dénonce plutôt les institutions laïques « pas-de-vaguistes », qui justifient le titre du film, elles qui ont en effet abandonné un de leurs meilleurs membres. Il s’agit pourtant bien de l’islam dont on est forcé de se demander si la laïcité a bien raison d’opposer à son sens du sacré le droit à la caricature. Et si l’islam a bien raison d’opposer à la liberté d’expression le devoir religieux de tuer ! On retrouve le problème : l’islam n’est pas l’islamisme mais l’islamisme n’est que l’islam. Le film ne montre pas la scène de l’assassinat et de la décapitation, résumée au seul cri « Allahu akbar » du meurtrier. Tout le monde salue cette discrétion parce qu’elle évite voyeurisme et choc. Les imagiers de jadis n’avaient pas de ces pudeurs de jeunes filles. L’absence d’une telle scène n’enlève cependant rien à la qualité intrinsèque du film et à sa leçon.

François Maximin

© La Nef n° 392 Juin 2026