ACCOMPAGNER OU PROVOQUER LA MORT ?
DOMINIQUE REYNIÉ (dir.)
Éditions de l’Observatoire, 2026, 360 pages, 24 €
Depuis quelques mois, Dominique Reynié est en première ligne pour lutter contre la proposition de loi euthanasie, approuvée en deuxième lecture à l’Assemblée nationale avant un dernier round cet été. Il avait notamment publié une étude d’opinion très poussée (reproduite dans cet ouvrage), via la Fondapol qu’il dirige, montrant que les Français ne sont pas favorables à cette loi et à ses modalités permissives, et privilégient le développement des soins palliatifs. Avec Accompagner ou provoquer la mort, le politologue publie une somme parfaitement documentée sur les ravages que provoquerait une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Cet essai, en réunissant les contributions de médecins, de juristes, de psychiatres et d’experts de la santé, et en s’appuyant sur les exemples étrangers, met en lumière toutes les dimensions du scandale euthanasique, à partir de ce scandale premier – faire croire que l’euthanasie est un soin qui supprime la souffrance, alors qu’elle met tout simplement fin à la vie. De là, une série d’aberrations d’autant plus choquantes qu’elles travaillent au renversement du plus vieil interdit humain : révolution de la vocation de la médecine, négation de la dignité intrinsèque de l’homme au profit d’une conception utilitariste de la vie, manipulation sémantique, opportunisme financier, scandale social qui fauchera les plus vulnérables, bouleversement de l’ordre juridique, opinion mal informée, processus politique vicié… Une seule limite, dommageable : n’avoir pas convié les trois religions monothéistes à faire valoir leur haute expertise en la matière.
Rémi Carlu
LES RUINES ET LA LUMIÈRE
Le témoignage bouleversant du curé de Gaza
Père GABRIEL ROMANELLI avec Guillaume de Dieuleveult
Éditions du Rocher, 2026, 358 pages, 19,90 €
Alors que la tragédie de Gaza, conséquence du massacre de Juifs perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, s’est éloignée de l’attention des médias depuis la guerre israélo-américaine contre l’Iran déclenchée le 28 février dernier et prolongée au Liban, la publication de cet ouvrage présente un intérêt réel. On y découvre que, malgré le cessez-le-feu annoncé le 10 octobre 2025, la situation dans le territoire palestinien est loin d’être apaisée, en raison du maintien de l’occupation et des attaques de l’armée israélienne qui empêchent l’instauration d’un système politique stable et reconnu capable d’œuvrer à la reconstruction matérielle et sociale nécessaire pour permettre au peuple concerné de retrouver une vie régulière.
Cette inquiétante et douloureuse réalité est vécue sur place par le père Gabriel Romanelli, qui dessert depuis 2019 la paroisse catholique de la Sainte-Famille, située au centre de la ville de Gaza, dans le voisinage d’une église grecque-orthodoxe, Saint-Porphyre, les deux communautés, constituant ce qui reste d’une chrétienté dont la présence remonte à 2000 ans. Un chapitre est d’ailleurs consacré à cette historicité.
Dans ce livre, dont le contenu a été recueilli au gré des événements durant près d’un an par Guillaume de Dieuleveult, ancien correspondant du Figaro à Jérusalem, G. Romanelli relate les événements douloureux dont il est témoin, mais aussi victime (il a été blessé par un bombardement israélien sur sa paroisse), tout en décrivant ses priorités pastorales au service des populations locales (y compris musulmanes et juives), avec un soin particulier envers les enfants.
Lucide sur l’accélération du déclin numérique des chrétiens depuis le 7 octobre 2023 (sur les 132 catholiques et 882 orthodoxes présents à l’époque, il ne reste que 169 chrétiens dont 90 catholiques), épaulé par deux autres prêtres et plusieurs religieuses, l’auteur encourage ses paroissiens à se détourner de la haine et à entretenir l’espérance, autrement dit à effacer les ruines par la lumière, comme le suggère le titre. Pour le P. Romanelli, cette conception fondamentale, nourrie par la fidélité à la prière et au pardon, ne doit céder à aucune tentation de fuite comme il le répète souvent pour justifier le sens de sa vocation qui l’empêche de renoncer à sa mission sur place. Ce témoignage lucide, bouleversant et courageux n’est-il pas adapté aux temps troublés que connaît le monde actuel ?
Annie Laurent
DISCRIMINATION ET DISPARITÉS
THOMAS SOWELL
Carmin, 2025, 360 pages, 24 €
Ce livre est bien représentatif de la manière de l’auteur : précis, fouillé, argumenté, il remet en question des idées reçues, fondées sur des raisonnements chiffrés spécieux. Il critique en particulier ici l’a priori cher à l’idéologie progressiste selon laquelle dès qu’il y a une répartition d’avantages qui ne reflète pas la composition de la population, il y a discrimination, au sens péjoratif d’un préjugé raciste, sexiste ou analogue. L’analyse de diverses situations montre que ce postulat est faux. Ce qui ne veut pas dire que de telles discriminations n’existent pas ; mais très souvent elles ne sont pas l’explication principale. Dès lors, toute mesure de rééquilibrage prise sur la base de cet a priori, n’étant pas fondée sur la réalité, sera au mieux inefficace, et dans bien des cas contre-productive.
Prenons quelques exemples rapides. Ainsi on accuse de discrimination une entreprise qui évite de travailler dans une zone réellement à risque, dont les habitants sont ethniquement typés. Ce n’est donc pas du racisme, mais un geste de prudence – même si les habitants honnêtes en souffrent. Il en est de même des réussites scolaires différenciées selon le niveau social des parents ; or les enfants issus de milieux éduqués entendent, dit-il, 2100 mots par jour, ceux de milieu populaire 1200 et ceux sous prestation sociale 600. Il n’est dès lors pas étonnant que leurs résultats soient différents, et cela avant toute discrimination injustifiée.
Par ailleurs, l’explication habituelle de la pauvreté des Noirs américains par le racisme ne rend pas compte du fait que les Noirs mariés, ou ceux qui ont chez eux des livres, ont un taux de pauvreté plus bas que les Blancs célibataires. C’est qu’en réalité les choix de vie personnels ont un rôle décisif. C’est aussi pour cela que la situation des Noirs s’est par certains côtés dégradée après 1960, car les promesses de la déségrégation ont été plus que compensées par la dégradation des mœurs qui les a affectés (recul de la vie en famille et montée de la violence). On constate ici, dit-il, les effets pervers des idéologies qui ont imprégné cette période et qui ont été contreproductives.
Voir cela plus en détail est très stimulant – même si on peut discuter tel ou tel point.
Pierre de Lauzun
LE SÉMINAIRE DES BARBELÉS
ALEXIS NEVIASKI
Artège, 2026, 296 pages, 19,90 €
On lira avec intérêt, et même émotion, ce récit d’une initiative peu connue, et pourtant d’une grande portée tant historique que religieuse : la création d’un séminaire destiné aux prisonniers de guerre allemands et installé… dans un camp de prisonniers ! En fonction de 1945 à 1947, ce séminaire d’un genre particulier accueillit d’abord à Orléans puis à Chartres pas moins de 950 séminaristes, dont 630 futurs prêtres. Si les autorités politiques françaises y voyaient un moyen de « faire rayonner l’esprit français » au sein d’une Allemagne « rechristianisée et déteutonisée », l’Église, de son côté, cherchait à ramener ces jeunes hommes vers le Christ, à laver le clergé allemand de toute trace du nazisme qui l’avait persécuté, et d’en faire « un élément du renouveau catholique de leur pays ». Avec l’appui capital des évêques de Chartres et de Fribourg, du nonce apostolique Mgr Roncalli et du pape Pie XII, le séminaire réussit sa mission : offrir aux candidats au sacerdoce, prisonniers de guerre, les conditions requises pour poursuivre leurs études. Mais le véritable maître d’œuvre en fut l’abbé Franz Stock, ancien aumônier des condamnés à mort sous l’Occupation, dont le souvenir le hantait. Un modèle de bonté et d’abnégation, qui sortit de cette entreprise épuisé et malade. Car tout était à construire : les bâtiments, la chapelle, les dortoirs, les cours, les examens, la chorale. Et le tout dans un dénuement extrême, fait de mauvais ravitaillement et de froid, face à l’hostilité de l’opinion publique française. Le succès du séminaire n’en fut que plus beau, et constitue, sans nul doute, un élément parmi d’autres de la future réconciliation franco-allemande. Et il serait par ailleurs passionnant de connaître le rôle de ces prêtres allemands dans les évolutions du catholicisme allemand dans les années pré et postconciliaires. Un beau livre en somme pour une belle histoire.
Frédéric Le Moal
FOI DE PROF
Une année dans l’enseignement privé catholique
HAROLD COBERT
Éditions du Rocher, 2026, 336 pages, 19,90 €.
Harold Cobert, écrivain et professeur de lettres, embarque les lecteurs dans son journal de bord tenu soigneusement pendant son année de suppléance au lycée Passy Saint-Honoré (Paris).
Fervent défenseur de la liberté de pensée, le professeur donne toute son énergie pour forger des esprits libres. En redonnant le goût de la lecture à ses élèves et en leur faisant étudier avec exigence les classiques de la littérature française, Harold Cobert réussit à réconcilier sa classe de seconde avec la beauté et les subtilités de la langue française.
Sans idéaliser l’enseignement privé catholique, l’auteur démontre à son auditoire qu’il est pourtant le dernier rempart face au laxisme et au déclin de l’instruction en France. Les réformes de l’enseignement ne font que diminuer le niveau de français attendu au baccalauréat et l’orthographe n’est guère plus sanctionnée. L’auteur donne des clés essentielles pour revenir à un système éducatif plus méritocratique qui pousse les élèves au dépassement de soi et à l’excellence.
Quand ce ne sont pas les vers de Victor Hugo, ce sont les tirades de Cyrano qui nous mènent vers le Beau. Un livre passionnant.
Colombe de Bélizal
DES MOTS POUR GUÉRIR LES MAUX
L’espérance des chrétiens d’Orient
Mgr MICHAEEL NAJEEB
Conversations avec Guillaume Villemot, Postface de Marc Fromager
Salvator, 2026, 174 pages, 18,50 €
Né en Irak au sein de l’Église chaldéenne (catholique), Michaeel Najeeb a rencontré des dominicains français à Mossoul alors qu’il avait 24 ans. Telle est l’origine de son entrée dans l’Ordre des prêcheurs et de sa maîtrise de la langue française. Longtemps prieur du couvent de Mossoul, le frère Najeeb s’est fait connaître à partir de 2014 par son courageux sauvetage de nombreuses vies humaines et de manuscrits anciens menacés par l’offensive de l’État islamique (Daech). Nommé archevêque de Mossoul en 2019, il s’emploie désormais à reconstruire son diocèse en privilégiant l’unité fraternelle entre ses habitants, y compris les musulmans, action qu’il appuie sur la conviction selon laquelle « les mots peuvent réparer les maux ». Telle est l’intention qui domine dans cet ouvrage réalisé sous forme de conversations avec l’agent de communication Guillaume Villemot.
Persuadé du pouvoir pacifique du dialogue, Mgr Najeeb est aussi soucieux d’en éviter les ambiguïtés. C’est pourquoi il en trace les conditions, les caractéristiques et les limites. Ainsi, émet-il des réserves envers la formule « dialogue interreligieux » qui est généralement utilisée alors qu’elle « tend parfois à placer l’appartenance religieuse au premier plan, comme si elle précédait la rencontre des personnes ». Or, « avant toute appartenance confessionnelle, il y a l’être humain » et la bienveillance s’impose pour empêcher toute méfiance de l’interlocuteur. Mais, précise-t-il, « veiller à bien choisir ses mots » n’impose pas de « craindre de dire la vérité », comme il en fournit bien des exemples dans ce livre.
Parmi les autres sujets abordés, on signalera la méfiance de l’évêque envers l’expression « minorités chrétiennes en Orient », souvent utilisée en Occident alors « qu’elle n’est pas juste ». « Il faut savoir pourquoi nous sommes devenus minoritaires », précise-t-il, en rappelant l’usage souvent associé en pays musulmans, du terme « tolérance », concept juridique équivalent à « soumission », ce qui implique un regard humiliant.
La clarté des principes émis par Mgr Najeeb permet d’apprécier les fruits spirituels dont il est le témoin de la part de ses compatriotes musulmans lorsque, prenant conscience de la gravité des dommages infligés aux chrétiens par Daech, ils s’efforcent de les réparer. Cet ouvrage imprégné de vérité et d’espérance ne peut laisser indifférent dans le contexte inquiet que connaît l’Europe.
Annie Laurent
DE GAUCHE À DROITE
LUCAS RAYSKI
Cerf, 2026, 200 pages, 18 €
Adam Rayski, le grand-père, incarna une gauche de fer et de feu : fondateur de la section des Jeunesses communistes à Bialystok, en Pologne, il devint ensuite une figure marquante de la main-d’œuvre immigrée au sein du Parti communiste. Après avoir signé une dizaine d’essais sur le communisme, Benoît Rayski, le père, prit un virage assumé vers la droite et collabora aux débuts de Boulevard Voltaire et de Causeur. Après sa disparition, en mars 2024, Lucas Rayski, le fils, se demanda si son père n’avait pas emporté avec lui toute une génération de gauche, et peut-être la gauche tout court. De celle de son temps, il ne reconnaissait plus ni la langue, ni la mémoire, ni la colonne vertébrale.
D’où cette enquête, à la croisée de l’intime et du politique, où il tente de comprendre comment la gauche républicaine s’est trahie et dénaturée. Les militants de sa génération ne sont-ils pas devenus semblables aux Démons de Dostoïevski, saisis d’une fièvre adolescente, coupés du réel, animés d’une ardeur révolutionnaire née du vide, où les slogans tiennent lieu de doctrine ? Les revendications économiques ont cédé la place aux luttes identitaires, la figure du prolétaire à celle de l’opprimé « racisé », la critique des systèmes à l’obsession du micro-préjudice. Que reste-t-il désormais de la gauche de Jaurès, de Blum, de Mendès France ? On ne convoque plus ces figures, pas plus que l’on ne rappelle l’histoire de la Résistance communiste ou des luttes ouvrières.
Faut-il y voir une simple lacune de transmission ? Lucas Rayski cingle au contraire le refus de rouvrir le dossier des illusions brisées du XXe siècle. De là vient le vide, car les intellectuels de la gauche d’hier s’engageaient dans la guerre du Vietnam, la Révolution culturelle chinoise, les guérillas latino-américaines, or ces utopies se sont effondrées : sous prétexte de sauver l’homme, le communisme le broyait.
Nul, à gauche, n’a vraiment voulu transmettre l’autopsie de cet échec ni en tirer les leçons. En refusant d’examiner ses propres désillusions, la gauche a dû rompre avec son héritage. Déjà, sur le plateau d’Apostrophes, le militant Guy Hocquenghem dénonçait les « renégats » de Mai 68, près de vingt ans après : ces Coluche ou Jack Lang « passés du col Mao au Rotary », embourgeoisés, réconciliés avec l’ordre qu’ils prétendaient subvertir. Et si ceux que l’on dit « passés à droite » n’avaient en réalité pas changé d’idées, mais si la gauche elle-même était devenue, pour reprendre le titre – inspiré du mot de Lénine – d’un essai de son père, la « maladie sénile du communisme » ?
Victoire Lemoigne
VIVRE L’ANNÉE AVEC LES VERTUS
NATHALIE HANNEBERT & VÉRONIQUE DUMOLARD
Illustrations de Sophie de Willermin
École Saint-Ser Éditeur, 2026, 58 pages, 20 €
Vivre l’année avec les vertus : c’est cette noble ambition que se donne l’école indépendante Saint-Ser à Aix-en-Provence, et qu’elle nous propose de poursuivre avec elle, en publiant un livre illustré et tout à fait charmant. Un mois, une vertu ; et plus précisément : à chaque fois, un court texte de présentation très clair, une prière, des efforts et pistes concrètes d’action. Joie, pardon, gratitude, force d’âme, persévérance… les vertus défilent au gré des pages, et fournissent toute une jolie matière « clé en main » pour des parents ou des éducateurs soucieux de faire grandir leurs enfants et de les exercer à la vertu dès leurs plus jeunes années. Ce livre a de toute évidence été conçu et réalisé par des personnes qui connaissent et côtoient les enfants, qui parlent leur langage et savent doser exigence et pédagogie. « Discrètes, les petites vertus ne soulèvent pas d’admiration bruyante, mais elles rendent notre vie de tous les jours plus agréable et elles nous conduisent aux grandes vertus. »
Élisabeth Geffroy
CE TEMPS OÙ NOUS MOURONS DE NE PAS VIVRE
THÉOPHANE LEROUX
Plon, 2026, 256 pages, 19 €
Les récits de reconversion professionnelle ont fleuri ces dernières années. Quête de sens, refus des « bullshit jobs »… nombreux sont les salariés du tertiaire qui ont décidé de donner à leur carrière une autre direction, quitte à renoncer à un certain confort de vie. Le témoignage de Théophane Leroux a cette particularité que l’auteur de ce « journal d’une reconversion » est lui-même assez sceptique devant les slogans vantant le « retour à la nature », qui n’est peut-être pas la panacée qu’on se plaît à imaginer. Ancien journaliste à Famille Chrétienne, il sait qu’aux récits de reconversion couverts par les médias ont vite succédé des « récits de déreconversion », et que si certains y trouvent leur compte, beaucoup ont dû faire volte-face. Pourtant, ce journaliste de 30 ans saute le pas, quitte Paris, et se lance dans le travail de la vigne quelque part en Anjou. Un travail physique, douloureux, épuisant même, comme il l’attendait.
Mais cette fatigue physique chasse le brouillard qui s’était installé dans son quotidien urbain et ultra-connecté de travail de bureau. Notre aventurier des vignes voit son esprit s’éclaircir. Tout au long du livre, il chemine en bonne compagnie : sa pensée est ponctuée de passages des Écritures, et des réflexions de deux grands Georges – Brassens et Bernanos, duo étonnant mais ultra-complémentaire dont l’auteur s’est fait un spécialiste. L’humour du premier et la foi du second irriguent cet ouvrage, mais c’est sur la spiritualité monastique qu’il fonde une grosse partie de sa réflexion. Le néo-vigneron s’inspire particulièrement de la sagesse séculaire de l’ordre cistercien, pour lequel le travail est au cœur de la vie monastique. On ressort de sa lecture avec de nombreuses pistes de méditation, et la certitude que l’équilibre entre vie spirituelle, vie sociale et vie professionnelle ne s’obtient pas d’un coup de baguette magique, qu’il n’existe pas de « métier-miracle », mais que cet équilibre se façonne par tâtonnements… et qu’il est sans doute moins loin de nous qu’on ne le croit.
Robin Nitot
TRAITÉ DE L’AMOUR DE DIEU
FRANÇOIS DE SALES
Cerf/Lexio, 2026, 1040 pages, 14,90 €
Saint François de Sales (1567-1622) est connu pour son Introduction à la vie dévote, qui marque un tournant dans l’histoire de la spiritualité en offrant un ouvrage accessible pour la sanctification des laïcs, des personnes ordinaires engagées dans le monde. Son Traité de l’amour de Dieu, ouvrage plus exigeant, est considéré comme un chef-d’œuvre universel de la spiritualité, somme mystique où il expose l’attraction mutuelle entre l’âme et Dieu, traçant ainsi un chemin vers la sainteté pour tous. Cette réédition en format poche mise en français contemporain est bienvenue.
Simon Walter
DÉCLIN ET RENOUVEAU
Comment les Français se relèveront
NIKOLA MIRKOVIC
Éditions des Syrtes, 2026, 380 pages, 21 €
Cela fait trente ans que Nikola Mirkovic s’intéresse à la géopolitique nationale et internationale. Cet auteur franco-serbe s’est notamment fait connaître avec son analyse de la situation au Kosovo. Il avait également prévenu les dangers que courait l’Ukraine, dès 2014.
Aujourd’hui, N. Mirkovic reprend la plume, pour lancer un appel aux Français, appel que l’on pourrait résumer ainsi : « relevez la tête, et convertissez-vous. » Dans un monde en crise, l’auteur se veut plein d’espérance : « le défaitiste regarde la crise comme une fatalité, l’optimiste comme une opportunité » (p. 7). Il nous invite à analyser la situation telle qu’elle est, non pas pour désespérer, mais bien pour se relever : « identifier les sources de l’échec est le premier pas vers la résolution des problèmes » (p. 43).
Déclin et Renouveau mérite d’être lu à plusieurs égards. D’abord, N. Mirkovic fait preuve d’une grande rigueur d’analyse dans le constat qu’il donne. Ses thèses reposent toujours sur des chiffres officiels ou des événements, qu’il source par des références nombreuses. Mais surtout, l’auteur propose des solutions réalistes. S’il invite à une réforme de l’État, son premier cheval de bataille reste la réaction personnelle de chacun : « Le problème de fond n’est ni l’Union européenne supranationale, ni la classe politique française déconnectée et corrompue, mais bien le peuple français qui les laisse faire » (p. 91). Les douze chantiers que N. Mirkovic énonce sont des travaux accessibles à tous, là où nous sommes. Citons l’édification de familles stables, « gage de sécurité dans la cité » (p. 177), l’investissement dans les associations, ou encore la recherche de la justice et de la solidarité dans nos rapports avec les autres.
Tandis que nous serions tentés d’abandonner, Nikola Mirkovic nous invite à agir, en commençant par nous réformer nous-mêmes. Pour bâtir l’avenir, il faut de solides fondations : « Si des personnes extraordinaires se sont révélées dans notre histoire, c’est qu’il y avait un terreau vivant et puissant de Français silencieux et engagés qui ont permis de tenir la barre et de maintenir vive la flamme de la patrie » (p. 116).
Aymeric Rabany
ROYAUTÉ SOCIALE DU CHRIST ET LAÏCITÉ
Relire Quas primas cent ans après
PHILIPPE PELLET
Préface de Dom Bertrand de Hédouville
Saint-Léger Éditions, 2025, 120 pages, 14 €
S’appuyer sur la royauté universelle du Christ est-il aujourd’hui compatible avec la laïcité qui s’impose surtout en Occident, y compris dans les sociétés héritières du christianisme, comme principe fondamental de la vie sociale et politique conduisant à l’adoption de lois et de pratiques contraires à l’ordre naturel ? C’est à cette grave question que Philippe Pellet, chercheur en sciences politiques et religieuses à Budapest, consacre son ouvrage, fruit d’une étude approfondie de l’encyclique Quas primas dans laquelle Pie XI instituait la solennité du Christ-Roi (1925). Le pape a lui-même précisé son intention : il entendait remédier à « la peste de notre époque, le laïcisme », dérive idéologique de la laïcité dont Ph. Pellet rappelle l’enracinement dans la pensée des Lumières. Déjà dans sa première encyclique, Ubi arcano Dei concilio (1922), le Souverain Pontife, après avoir détaillé les maux qui affectaient alors l’humanité, insistait sur la nécessaire imprégnation du « règne du Christ » dans toutes les strates de la société. Il s’agit là d’une nécessité qui demeure actuelle, souligne l’auteur.
Mais qu’en est-il aujourd’hui de cet enseignement magistral ? Les chapitres substantiels consacrés à cette question montrent la persistance des institutions internationales et européennes, mais aussi de la République française, à s’en tenir à l’écart sous couvert de laïcité, de neutralité ou de respect du « vivre ensemble », applicable au monde entier. Et puis, des ambiguïtés persistent dans certaines positions ecclésiales telles que la neutralité des États. « Sans nier que les gouvernants restent moralement responsables devant Dieu, l’Église ne demande plus qu’ils reconnaissent explicitement se soumettre à la souveraineté divine », souligne l’auteur.
Ph. Pellet soulève d’autres questions essentielles. N’est-ce pas sous prétexte de tolérance que l’Union européenne est devenue intolérante envers la religion qui a fondé l’Europe ? Ces renoncements à reconnaître un ordre moral transcendant ne sont-ils pas la cause des conflits qui embrasent une partie croissante du monde ?
Annie Laurent
ROMANS À SIGNALER
PIERGIORGIO PULIXI
— LA MARIÉE SILENCIEUSE
Gallmeister, 2026, 448 pages, 25,90 €
— SI LES CHATS POUVAIENT PARLER
Gallmeister, 2025, 334 pages, 23,90 €
Pulixi est devenu un maître reconnu du polar italien. Dans La mariée silencieuse, on retrouve le vice-questeur Vito Strega et son équipe à Milan qui reprennent une enquête sur le meurtre d’une jeune femme, commis huit mois auparavant, non élucidé. Strega parvient à relier ce crime à une vague de féminicides. Cet opus consacre une certaine place (trop ?) aux problèmes des principaux personnages, toujours bien dessinés chez Pulixi : tout particulièrement Strega, en butte à des voix intérieures liées à son douloureux passé, lequel Strega est surveillé par une mystérieuse inconnue qui sait tout de lui et de ce passé qu’il cache.
Dans le second livre, Pulixi revient pour la deuxième fois à son héros, Marzio Montecristo, libraire en faillite de Cagliari, au fort caractère quelque peu caricatural, à la librairie ornée par deux chats noirs. Acculé financièrement, Marzio est obligé d’accepter d’assurer le stand de livres lors d’une croisière destinée à lancer le nouveau roman policier du célèbre auteur à succès Galeazzo, censé terminer son dernier chapitre sur le bateau. Mais il est assassiné et l’on se retrouve dans un huis clos digne d’Agatha Christie, où Marzio mène l’enquête avec son ami l’inspecteur Caruso, présent à bord. Cette histoire se veut un hommage aux classiques du genre. Comme toujours avec Pulixi, c’est bien écrit, bien construit ; dommage simplement que trop de digressions ralentissent l’enquête.
Simon Walter
© La Nef n° 392 Juin 2026
La Nef Journal catholique indépendant