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États-Unis : débat autour de la Communion

Une large majorité d’évêques américains estime qu’il faut refuser la Communion aux responsables politiques pro-avortement, visant notamment Joe Biden. Le débat est vif outre-Atlantique. Explications.

Les catholiques qui sont dans la fonction publique et promeuvent des politiques contraires au Magistère de l’Église seront désormais susceptibles d’être excommuniés. C’est l’orientation choisie par une large majorité des évêques américains au terme de leur assemblée plénière virtuelle qui s’est tenue du 16 au 18 juin, et qui avait pour thème central un document pédagogique « sur le sens de l’Eucharistie dans la vie de l’Église ».
Ce choix de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) d’axer leurs discussions autour de la « cohérence eucharistique » répondait en effet à deux problèmes majeurs en débat dans leur Église. D’une part, la révélation émanant d’une étude de l’Institut Pew en 2019 selon laquelle un tiers seulement des catholiques américains croyaient en la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. D’autre part, la confusion suscitée par un nombre accru de personnalités catholiques et pratiquantes telles que le président des États-Unis, Joe Biden, ou la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, favorables à des législations condamnées par l’Église, tel que le droit à l’avortement ou l’euthanasie.
Joe Biden – qui s’était vu refuser la communion une première fois en 2019 par un prêtre du diocèse de Charleston en Caroline du Sud – n’a jamais fait mystère de ses vues « pro-choix ». Dès son arrivée à la Maison Blanche, en janvier 2021, il a également révoqué la mesure prise par son prédécesseur Donald Trump, laquelle interdisait au gouvernement américain de subventionner des ONG internationales pratiquant ou promouvant l’avortement.
C’est à une majorité d’environ 75 % (168 voix pour, 55 contre et 6 abstentions) que les évêques ont officiellement chargé leur comité doctrinal de préparer un texte rappelant l’importance de se montrer « digne » de l’Eucharistie. Celui-ci devrait être débattu et adopté lors de leur prochaine assemblée, en novembre 2021.

Pas de caractère politique
Les débats qui ont précédé le vote furent néanmoins houleux, les opposants à ce document redoutant qu’il nuise encore davantage à la fragile unité des catholiques de ce pays, et que les questions liées à l’Eucharistie puissent être instrumentalisées à des fins politiques.
Dans une lettre du mois de mai au président de l’USCCB, Mgr José Horacio Gomez, le cardinal Luis Ladaria, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, avait appelé les évêques américains à la prudence et mis en garde contre l’élaboration d’une « politique nationale » à ce sujet. Il espérait que le débat soit « contextualisé dans le cadre plus large de la dignité de la réception de la communion par tous les fidèles, plutôt que par une seule catégorie de catholiques, reflétant leur obligation de conformer leur vie à l’ensemble de l’Évangile de Jésus-Christ, alors qu’ils se préparent à recevoir le sacrement ».
De son côté, Mgr Kevin Rhoades, président du Comité doctrinal des évêques américains chargé de rédiger le document, s’est à plusieurs reprises défendu de toute démarche politique, assurant que ces orientations ne visaient « aucun individu ni catégorie de péché », mais plus généralement « une sensibilisation accrue des fidèles à la nécessité de se conformer à l’Eucharistie et de témoigner publiquement de la foi par un appel à la conversion ». Il a par ailleurs ajouté que la déclaration n’établirait pas de normes nationales mais réaffirmerait les enseignements existant sur la question.
Les évêques partisans de ce document se sont rejoints sur l’idée que le salut des âmes doit primer la recherche d’un consensus avec les forces politiques du pays.
Il est à noter enfin qu’une telle prise de position semble refléter les sentiments d’une vaste majorité de catholiques américains pratiquants. En effet, selon un récent sondage du CRC Research, 83 % d’entre eux (dont plus de la moitié dit avoir soutenu Joe Biden lors de la présidentielle) estiment que les responsables politiques rebelles aux enseignements de l’Église « créent la confusion et la désunion ». 74 % d’entre eux considèrent également que ces mêmes dirigeants et catholiques supposés devraient s’abstenir d’aller communier.

Solène Tadié*

*Correspondante en Europe (basé à Rome) du National Catholic Register.

© LA NEF n°338 Juillet-Août 2021

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