Isabelle Didelin © DR

A propos de Mission Ismérie

Nous publions en exclusivité la traduction française d’un entretien publié en allemand sur le site Kath.net avec Isabelle Didelin, l’une des responsables de l’association Mission Ismérie dédiée à l’évangélisation des musulmans.

Lothar C. Rilinger (R.) – Vous êtes membre de la Mission Ismérie. Quelle est votre tâche dans cette organisation?

Isabelle Didelin (D.) – Je suis responsable du Réseau Angelus, réseau des bénévoles « de terrain » de Mission Ismérie qui compte aujourd’hui environ 500 bénévoles répartis dans une trentaine de relais en France essentiellement. Chaque relais met en œuvre le projet de Mission Ismérie (annoncer le Christ à tous et notamment aux musulmans; accueillir et accompagner les musulmans en réflexion ainsi que les convertis de l’islam et favoriser leur intégration ecclésiale) au sein d’une paroisse, au service de l’Eglise locale dans une relation filiale et en collaboration avec les différents responsables et acteurs locaux (services de catéchèse et de catéchuménat, pôles missionnaires, associations de la galaxie évangélisation…)

R. – Est-ce qu´il est difficile pour vous de parler avec des personnes musulmanes que vous ne connaissez pas?

D. – Quel que soit le contexte dans lequel nous rencontrons des musulmans (circonstances de la vie quotidienne, temps d’évangélisation organisé, contacts par les réseaux sociaux de notre média La Rencontre), le premier contact avec des personnes musulmanes est en général très facile. En effet le plus souvent, ces personnes sont heureuses, touchées, voire curieuses de rencontrer d’autres croyants. Beaucoup de musulmans partagent un sens aiguë de la transcendance et du sens du sacré qui facilite le premier contact. Nous observons qu’un nombre croissant de musulmans que nous rencontrons (sur le terrain ou les réseaux sociaux) attendent des chrétiens des réponses aux questions sincères qu’ils se posent sur des sujets cruciaux tels que la vie après la mort, le pardon des péchés, la vie du Christ, la Trinité, le rapport à la loi religieuse ainsi qu’un accompagnement fraternel et une aide dans la découverte du Christ et l’apprentissage de la vie chrétienne. Par ailleurs, pour la majorité des musulmans que nous rencontrons, il est tout à fait naturel et cohérent que des personnes se présentent comme catholiques, professent leur foi sans gêne ni honte, entament un dialogue et leur annoncent le Christ avec charité mais sans relativisme, en catholiques fermes dans leur foi. Ainsi donc dans la très grande majorité des cas le premier contact est très facile.

R. – Après ce premier contact, comment ces musulmans réagisent ? Sont-ils contrariés qu´un chrétien veille discuter avec eux ou apprécient-ils les échanges sur le Christ, fondateur d´une religion à laquelle ils ne croient pas ?

D. – Nous allons à la rencontre des musulmans individuellement dans une relation de personne à personne. Nous ne dialoguons pas avec l’islam comme système de pensée ni avec la Oumma (la communauté des croyants) tout-entière. Encore une fois, la plupart des contacts sont cordiaux et même souvent francs et amicaux, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de réactions vives lorsque des sujets épineux sont abordés : le statut de la révélation, la divinité du Christ, la prophétie de Mohammed et son comportement donné en exemple aux musulmans, la question de la violence et du djihad offensif ou bien encore l’impossibilité de quitter l’islam et les peines liées à l’apostasie. Entrer en dialogue avec des musulmans nécessite pour le chrétien de savoir en qui il a mis sa foi mais aussi d’accepter d’être porteur de contradiction, de répondre aux objections islamiques ou de rétablir la vérité sur la foi chrétienne. En ce qui concerne la figure du Christ, la tradition musulmane présente ‘Issa/Jésus comme un prophète de l’islam rappelant seulement l’adoration due à Allah seul, les récits évangéliques des paraboles ou des rencontres du Christ en sont absents. Beaucoup de musulmans, notamment ceux qui ont une vénération réelle pour la personne de ‘Issa/Jésus acceptent volontiers, lors de la rencontre de personne à personne, de prendre un Évangile pour découvrir la vie et l’enseignement du Christ. Nous l’ouvrons avec eux, leur en lisons quelques phrases par exemple du récit de l’Annonciation, de l’épisode de la femme adultère ou encore du prologue de saint Jean et en discutons ensemble. Nous le leur donnons à la fin de la discussion. Nous offrons ainsi quelques milliers recueils de l’Évangiles par an à des musulmans rencontrés dans la rue.

R. – Essayez-vous de parler avec des hommes et des femmes ou est-ce que vous êtes craintive, en tant que femme, de parler avec des hommes?

D. – Je n’ai pas de difficulté à aborder les personnes, hommes ou femmes. Libres à eux d’accepter ou de refuser la discussion. Nous ne nous interdisons pas d’aller vers qui que ce soit. Nous allons vers les personnes que la Providence place sur notre chemin en essayant d’être les plus dociles possibles à l’Esprit-Saint.

R.: Pour les musulmans, il n´est pas permis de changer la religion. Est-ce qu´ils sont quand même interessés d´entendre quelques mots sur le christianisme ?

D.: Pour beaucoup de musulmans que nous rencontrons, la peur du châtiment est un ressort puissant de maintien dans l’islam. En outre l’appartenance à l‘Oumma imprime une marque forte dans l’esprit de beaucoup de musulmans que nous rencontrons, qui considèrent que, quel que soit leur degré de croyance, de pratique ou de religiosité, l’islam est constitutif de leur identité au point de redouter de prendre un risque existentiel en le quittant. Comme me le disait une convertie de l’islam lors de la période de doute et de réflexion qu’elle avait traversée « Si je me trompe, Allah ne me loupera pas », traduisant ainsi le risque qu’elle prenait et la menace du châtiment encouru. Les discussions que nous entamons avec les musulmans rencontrés ont pour but de susciter une réflexion personnelle, à charge pour le missionnaire d’entrer dans une démarche d’accompagnement de ce cheminement dans la recherche de la Vérité, donc du Christ. Malgré l’interdiction communément admise de quitter l’islam (ou justement à cause de cela), beaucoup de musulmans, tous profils confondus (du musulman très observant au musulman seulement culturel) et quels que soient leurs motivations (de celui qui nous appelle à l’islam et veut nous convertir à celui qui, au contraire, veut quitter l’islam ou a déjà pris certaines distances), montrent un intérêt lorsque l’on parle de foi, faisant preuve d’un engouement réel pour certains sujets, en particulier eschatologiques : le jour du jugement, la figure du Christ, le châtiment de la tombe, la fin des temps, l’espérance messianique sont des thèmes de prédilection dans les rencontres et favorisent l’annonce du Christ et l’attente de son retour dans la gloire. Nous sommes en lien à ce jour avec plusieurs centaines de chrétiens issus de l’islam que nous accompagnons au cours de leur cheminement.

R. – Avez-vous l´impression que les organisations musulmanes sont mécontentes de vos actions ?

D. – Nous ne disposons pas d’indicateurs nous permettant de nous prononcer sur cette question. Mais nous pensons qu’il ne faut pas cacher aux autorités musulmannes que la mission d’évangélisation fait partie de la nature même du chrétien.

R. – Est-ce que vous avez entendu des musulmans affirmer qu‘ils souhaitaient conquérir la France et Europe sur le long terme ?

D. – Une frange des musulmans en France souhaite que la France et plus largement l’Occident embrassent l’islam et ils œuvrent en ce sens. Les moyens pour parvenir à cet objectif diffèrent selon les courants auxquelles se rattachent ces personnes. La réponse à cette question mériterait d’être nuancée et développée. Beaucoup d’études et de travaux existent déjà sur le sujet, je ne m’y attarderai donc pas. En tout cas, ce n’est pas un sujet que travaille Mission Ismérie qui reste dédiée à l’évangélisation, l’accueil et l’accompagnement.

Site de Mission Ismérie : www.larencontre-ismerie.com

© LA NEF pour la traduction française, mis en ligne le 26 janvier 2026, exclusivité internet