Ornifle d’Anouilh

Ornifle ou le Courant d’air est une comédie en 4 actes, créée en 1955 à la Comédie des Champs-Élysées, écrite par Jean Anouilh (1910-1987) – dramaturge très connu notamment pour son Antigone, réécriture de la tragédie de Sophocle, et son Alouette, affrontement lumineux entre Jeanne d’Arc et ses juges. Elle fait partie des Pièces grinçantes, comédies satiriques mettant en scène des « gens de tous les jours » comme dans Pauvre Bitos ou le dîner de têtes (1956), où Anouilh imagine un dîner où les convives ont revêtu des déguisements de personnages de la Révolution française.

Ornifle est une réécriture du Dom Juan de Molière. Personnage séduisant, manipulateur et talentueux, Ornifle s’est enrichi grâce au monde en plein essor des music-halls, grâce à la rime facile et l’appât du gain. Coqueluche du « Tout-Paris », les femmes sont à ses pieds – même la sienne, qui consent à ses infidélités qui défilent au grand jour. Les références au texte de Molière sont nombreuses et Machetu, ami d’Ornifle (joué par Louis de Funès lors de la création de la pièce !) inculte et bon garçon, quoi­qu’assez cynique, rappelle Sganarelle ; le père Dubaton, jésuite ensoutané, endosse le rôle de Dom Louis, père de Dom Juan qui tente de convertir le libertin.

Mais Ornifle est un Dom Juan moderne ; plus vieux, installé, confortable, il ne défie plus, ne se bat plus ; il jouit, seulement. Il vit dans un monde qui a effacé les codes de l’honneur, et Dieu, surtout. Il ne croit pas mais regrette de ne pas croire : c’est une donnée du problème, un fait à accepter ; il n’est plus immoral mais amoral. Il manque d’appétit, manque d’ambition – même pour sa mort. Les femmes ne sont plus de divins territoires à conquérir, l’épée au poing : désormais, « les femmes, c’est comme la soupe, il ne faut pas les laisser refroidir ».

Cette mise en scène – rare ! – est pleine de finesse et d’humour. Elle est une occasion de corriger tous ces petits libertinages qui empêchent une conversion véritable car après tout, nous non plus, nous ne savons ni le jour, ni l’heure.

Constance de Vergennes

Les 25, 26 et 27 mars à 20h30, le 28 mars à 18h et le 29 mars à 16h au Théâtre du 24 boulevard Émile Augier, au profit de l’association des Amis du Professeur Jérôme Lejeune : https://www.helloasso.com/associations/theatre-et-libertes/evenements/ornifle

© LA NEF n°389 Mars 2026