Mgr de Cagny (2023) © Matthieu2743-Wikimedia

« Un renouveau de la ferveur » : entretien avec Mgr Olivier de Cagny sur les questions liturgiques en France

Mgr Olivier de Cagny, évêque d’Évreux, en charge des questions liturgiques à la Conférence des évêques de France, revient pour nous sur ces questions sensibles, nous l’en remercions.

La Nef – La CEF avait mis à l’ordre du jour de sa récente Assemblée de Lourdes la question des fidèles attachés au Vetus Ordo ; cette question se pose depuis des décennies, pourquoi n’a-t-elle pas été traitée plus tôt ?

Mgr Olivier de Cagny – La question a surtout été traitée à Rome avec la Commission Ecclesia Dei et par les motu proprio successifs que nous cherchons à bien appliquer. Les évêques réfléchissent aussi localement, et c’est aussi pour favoriser la communion entre nous et dans l’Église que la Conférence épiscopale a choisi de s’atteler à ce sujet, parmi bien d’autres.

Peu de choses sont sorties de vos travaux : que pouvez-vous nous en dire ?

À vrai dire ce n’était qu’une première étape, sans prise de décision : nous voulions d’abord faire mémoire des documents du Magistère (y compris la Lettre apostolique Desiderio desideravi) et de leur réception depuis le concile Vatican II. Le prochain consistoire devrait aborder ce sujet, ce qui alimentera notre réflexion, le but étant que la liturgie soit un lieu de communion et non de division.
J’ai suggéré à Lourdes que l’on clarifie théologiquement certains termes comme « tradition », « sacré », « chrétienté », ce qui nous permettrait de mieux nous comprendre lorsque nous parlons de l’ecclésiologie, de la liturgie, ou de la mission et de l’autorité de l’évêque en cette matière.

Pour vous, les catholiques attachés au Vetus Ordo représentent-ils une richesse pour l’Église ?

Oui, bien sûr ! Même s’ils ne sont pas la majorité, ils sont souvent fervents, ont le souci de transmettre la foi et de prier en mettant Dieu au centre. Il me semble néanmoins important d’éviter d’enfermer les fidèles dans des stéréotypes. Beaucoup de jeunes, par exemple, passent aisément d’une forme liturgique à une autre, si bien que les repères sont un peu brouillés et qu’il n’est ni juste ni utile de dire de quelqu’un qu’il est « tradi » ou ne l’est pas. Ce que je constate avec joie dans notre société très laïcisée, c’est qu’il y a un renouveau de la ferveur. On le voit avec les pèlerinages, les dévotions populaires, l’attachement au culte des saints. Il faut soutenir ces initiatives, mais en étant attentif à ce que la foi soit vraiment nourrie intérieurement, et que l’attachement à une forme extérieure du rite ne masque pas l’essentiel : notre participation au sacrifice du Christ, à son mystère pascal, dans la communion de toute l’Église.

N’y a-t-il pas depuis longtemps un déficit d’échanges et de dialogue entre les autorités ecclésiales et le monde « tradi » ? Seriez-vous prêts, par exemple, à inviter le Père Abbé de Fontgombault à Lourdes ? Et pourquoi ne pas intégrer aussi les fidèles à ce dialogue ?

Je souhaite vivement que ce dialogue puisse exister sereinement sur des fondements théologiques solides. C’est le seul moyen de dépasser les blocages qui se manifestent ici ou là.
Je suis attristé de voir que dans nos discussions sur la liturgie nous donnons trop souvent une image faussée de l’Église, comme si deux camps devaient s’y affronter, avec d’un côté des évêques un peu à la traîne ou trop tièdes, et de l’autre quelques fidèles fervents, défenseurs courageux d’une rigueur ritualiste qui garantirait en soi l’orthodoxie doctrinale. Cette présentation de la question me semble absurde et stérile. Il faut sortir de la logique du marchandage, d’où la nécessité de discussions de fond, et pas seulement sur des aspects affectifs ou réglementaires.
Des pères abbés ou des supérieurs de communautés attachées au Vetus Ordo et qui sont en pleine communion avec l’Église peuvent bien sûr nous aider à avancer, et j’aimerais que nous puissions travailler avec eux.

Le Père Abbé de Solesmes a envoyé une lettre au pape pour essayer de faire avancer la paix liturgique : qu’en avez-vous pensé ?

Je l’ai trouvée intéressante car elle participe à l’enrichissement mutuel que préconisait Benoît XVI et qui demeure souhaitable. Mais un livre unique contenant les deux formes peut-il fonctionner ? Je crains que les habitués de l’une et l’autre formes aient du mal à accueillir les apports bienfaisants d’un nouveau livre, dans lequel il serait par ailleurs difficile d’harmoniser les lectionnaires et les calendriers. Et je garde la conviction que le missel de Paul VI bien célébré, avec soin, peut répondre aux attentes nombreuses et souvent légitimes de ceux qui restent attirés par le Vetus Ordo.

Propos recueillis par Christophe Geffroy

© La Nef n° 391 Mai 2026