LA VIE MACHINALE
Pourquoi et comment résister à l’IA ?
GAULTIER BÈS
Desclée de Brouwer, 2026, 224 pages, 17,90€
Deux ans et demi après la mise à disposition des IA génératives au grand public, soutenue par un enthousiasme mondial, des voix venues des horizons politiques et disciplinaires les plus divers s’élèvent à présent pour en dénoncer les conséquences. Le professeur de littérature et père de famille nombreuse Gaultier Bès fait entendre la sienne dans cet essai soigneusement documenté et frappé au coin de l’humanisme et du bon sens.
En cinq chapitres, l’auteur y déroule les cinq domaines dans lesquels il prévoit que l’usage massif de l’intelligence artificielle produira des « désastres », de l’écologie au sens de la vie humaine elle-même, en passant par le monde du travail, celui de l’apprentissage, et par la vie démocratique. Ses argumentaires sont tous fortement convaincants et offrent une lecture nourrissante : à rebours de cette nouvelle « intelligence » dont le langage n’est qu’une suite de probabilités et pille le nôtre, Gaultier Bès manie à merveille la pensée symbolique et intuitive. Naturellement, ses plus belles pages concernent l’enseignement, domaine fortement menacé par les promesses du robot : « Je veux croire que mes élèves ont moins faim de confort que de liberté, et de facilité que de profondeur. »
On aurait cependant pu attendre une approche plus pédagogique de cette révolution technologique inédite qui reste opaque à nos contemporains. Ce n’est que de façon diffuse que cet essai définit IA et IA générative, différencie cette dernière du simple « phénomène internet » et en assume la nouveauté dévastatrice, cette capacité, jusque-là réservée à l’esprit humain, à produire un contenu intellectuel. Enfin, puisque rien ne semble annoncer que notre monde cessera volontairement l’usage de ce golem parlant, on aimerait demander à Gaultier Bès ses conseils pour en limiter la casse, éduquer à son usage le moins pire, préserver dans nos esprits sensibilité et imprévisibilité.
Marie Dumoulin
EXERCICES D’IMPERTINENCE CHRÉTIENNE
HENRI QUANTIN
Cerf, 2026, 240 pages, 19,90 €
Ce livre est un recueil d’une soixantaine de chroniques diffusées sur le site Aleteia entre 2020 et 2025. Le titre marque l’exigence toute catholique d’une authentique impertinence : celle du refus de la compromission avec l’esprit du monde, celle d’être pleinement catholique, c’est-à-dire témoin de la charité et d’une vérité éternelle qui souvent « reprend l’homme », exigence d’appartenir à Dieu et à son Église tout en étant pleinement dans le monde.
Et en effet, il s’agit bien d’exercices concrets, déployés au fil d’une actualité tantôt déroutante, tantôt réjouissante, parfois crucifiante : exercices de lecture des événements qui jalonnent la vie sociale, politique et médiatique du pays et du monde, et de ce que l’Église nous donne à vivre et à observer. Depuis l’année 2020 marquée par la crise du Covid jusqu’au conclave de 2025, depuis l’engagement politique jusqu’à la crise des abus en passant par les débats successifs que propose l’actualité médiatique, l’auteur porte un regard qui traque autant les contradictions ou les fautes de ceux qui critiquent l’Église, que les incohérences, les complicités avec l’esprit du monde et les péchés commis par les membres de l’Église. Il ne se dépare jamais d’un regard exigeant « donc charitable », animé par la vérité, par le souci du salut éternel, et d’une joie qui est au service de l’espérance. L’humour n’est jamais loin, et donne à ces pages un équilibre savoureux.
Citant abondamment les Évangiles, la tradition, et aussi les grands auteurs catholiques, l’auteur porte constamment le souci ardent de faire rayonner la vérité et la charité dans une actualité qui fait souvent souffrir l’une et l’autre. La finesse du discernement auquel nous invitent constamment ces lignes doit être soulignée, dans un contexte socio-politique et ecclésial souvent marqué par les querelles de clocher. Un livre réjouissant et vivifiant, d’un auteur dont l’érudition et la verve sont au service de la volonté ferme d’être avant tout un témoin, un humble membre du troupeau qu’est l’Église, fidèle à Son Pasteur à travers les vicissitudes de son histoire.
Marc-Henri d’Ozouville
NOUS VIVIONS CÔTE À CÔTE
ALEXANDRE DEVECCHIO
Fayard, 2026, 264 pages, 21,90 €
« Je dois commencer par cet aveu. À bien des égards, je suis un bobo. » C’est par ces mots que démarre le récit d’Alexandre Devecchio. Journaliste au Figaro depuis plus de dix ans, Devecchio a l’honnêteté de ne pas offrir un récit misérabiliste au lecteur. Il retrace pourtant avec sincérité son « itinéraire d’un “petit blanc” de banlieue », sous-titre du livre. Épinay-sur-Seine, ville de Seine-Saint-Denis où il grandit et vécut jusqu’à l’âge de 27 ans, est croquée avec la tendresse de celui qui relate une enfance heureuse. Son père, dont le père était italien, et sa mère, portugaise, tous deux commerçants, décident de s’y installer à la fin des années 1970, en achetant un pavillon. En quelques années, Épinay change de visage ; de ville populaire où cohabitent provinciaux, Parisiens, immigrés italiens, portugais, maghrébins, pieds-noirs, elle devient une terre marquée par la montée de la violence et du trafic de drogue, où les jeunes d’origine nord-africaine et turque sont majoritaires. De cocon, la petite maison de banlieue devient prison. Ce récit mêle l’histoire personnelle du journaliste – ses études à l’université Paris-VIII, qui devient le berceau des discours décoloniaux, ses débuts au Bondy Blog qui bascule dans un antiracisme dévoyé – à de l’analyse de faits récents, comme les émeutes de 2005, celles de 2023, ou les élections présidentielles de 2012. Il met de la chair sur l’évolution démographique et l’assimilation ratée des populations immigrées depuis trente ans. On découvre M. Tréjau, maître d’école respecté, hussard sévère mais juste et bienveillant à l’école Pasteur d’Epinay, qui reçoit un blâme de l’Éducation nationale après des années d’enseignement, alors que les tensions communautaires progressent dans la ville. Adolescent, à quelques encablures du lycée Suger de Saint-Denis, l’auteur se fait agresser dans la rue par des racailles ; venu le récupérer, son père, sous le coup de la colère, excédé par un événement qu’il juge être la goutte de trop, lance au surveillant, d’origine nord-africaine : « Je ne suis pas raciste, mais cette fois, je vote Le Pen ! » Devecchio propose un récit de la banlieue, de « sa » banlieue. Un témoignage incarné, juste et dépourvu d’acrimonie. Il illustre une tendance de fond, et c’est ce qui en fait tout le sel.
Éléonore de Vulpillières
LIBRES ENFANTS DE DIEU
METROPOLITE EMMANUEL
Cerf, 2025, 318 pages, 24 €
Alors que l’Église catholique a célébré le 1700e anniversaire du premier concile œcuménique, tenu à Nicée (Turquie actuelle) en 325, la lecture du livre du métropolite Emmanuel, à la fois parcours autobiographique et témoignage d’actualité, permet un utile rapprochement avec l’Église orthodoxe, dont les ancêtres participèrent à cet événement marquant de l’histoire chrétienne. Né en 1958 dans l’île grecque de Crète, ce prélat ordonné prêtre à Paris où il avait fait une grande partie de ses études, exerça de nombreuses missions sur tous les continents, ce qui l’initia à la complexité des chrétientés orientales et lui fit découvrir les membres des religions non chrétiennes.
En 1994, il créa le bureau de l’Église orthodoxe auprès de l’Union européenne, poste qui le rendit sensible à la sécularisation du Vieux Continent comme il en témoigne. « L’humanité a besoin d’une Europe qui ne soit pas amputée de son héritage spirituel, lequel ne peut toutefois valoir que s’il est ferment d’avenir. » En 2003, il fut intronisé métropolite de France, pays auquel il reste très attaché, avant d’accéder au poste de métropolite de Chalcédoine en 2021.
Proche collaborateur du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, primat de 300 millions de fidèles orthodoxes dans le monde, qui réside au Phanar (Istanbul), l’auteur est mandaté par lui pour s’occuper de graves sujets. Il fut notamment chargé d’organiser le concile panorthodoxe dont l’enjeu était de « rendre visible l’unité fondamentale de l’Église orthodoxe », prévu en Crète en 2006, projet soutenu par le Vatican mais auquel Kirill, patriarche de Moscou, refusa de se joindre. Le métropolite Emmanuel plonge ensuite le lecteur dans la complexité de ses démarches concernant la situation de l’Église en Ukraine qui obtint l’autocéphalie en 2018 malgré l’opposition de la Russie.
Un livre d’une profonde densité humaine et spirituelle.
Annie Laurent
LE SEIGNEUR NOUS TEND LA MAIN
Méditations inédites 2005-2017
BENOÎT XVI
Artège, 2026, 284 pages, 21,90 €
Benoît XVI, depuis son élection en 2005, prêchait tous les dimanches pour les membres de son entourage, ses secrétaires et les religieuses chargées de son intendance. Ce sont ces textes inédits jusque-là qui sont offerts à la lecture dans ce livre. Les amateurs de Benoît XVI ne seront pas déçus, tant on est pris par la profondeur de ces homélies : quand on songe qu’il préparait ces textes juste pour quelques personnes, on reste confondu par leur extraordinaire qualité, leur profondeur spirituelle, la culture biblique et patristique de leur auteur, auquel il faut ajouter une humilité qui transparaît tout au long de ces pages. Et puis, on pioche ici ou là quelques traits fulgurants, comme cette réflexion portant sur l’Évangile de la tentation au désert : « Cette tentation [du pouvoir] demeure toujours présente, même dans l’histoire de l’Église. Bien des fois, avec les empires chrétiens, nous avons cherché à donner du pouvoir à Jésus, à nier la faiblesse de Dieu ; aujourd’hui encore, nous faisons de nombreuses tentatives dans ce sens, et Jésus nous dit : “Non ! Ce n’est pas ainsi que je peux être roi. Je ne peux l’être que par un tout autre chemin, celui de la passion et de l’amour.” Autrement dit, Jésus n’est pas venu nous libérer de la souffrance, mais nous libérer par la souffrance, nous faire entrer dans ce mystère de transformation, qui est l’essence même de l’amour. »
Christophe Geffroy
L’ENTRAÎNEMENT ET LA GRÂCE
Spiritualité de l’effort et du carême
CLÉMENT BINACHON
Cerf, 2026, 150 pages, 17 €
Dominicain de la province de Toulouse, actuellement membre de la communauté de Marseille, Frère Clément Binachon a soutenu à Rome une licence sur la mortification dans la spiritualité catholique contemporaine. Un tel sujet ne pouvait que le préparer à la rédaction de ce petit traité où le carême occupe une place substantielle. L’intention de l’auteur ne se limite cependant pas à rappeler les prescriptions de l’Église catholique pour accompagner ses fidèles durant les quarante jours de préparation à Pâques. Il examine la place qu’il convient de donner à ces efforts, sachant que, malgré leur simplicité, ils soulèvent de « redoutables enjeux théologiques ».
Après avoir apporté d’utiles clarifications à plusieurs préjugés qui détournent la vie spirituelle de son véritable objectif, à savoir « aimer de l’amour même de Dieu » où s’enracine l’amour du prochain (à ne pas confondre avec la générosité humaine), l’auteur consacre un chapitre substantiel à l’ascèse chrétienne. Celle-ci est comprise comme « une réponse à l’action de la grâce en nos cœurs », qu’il convient de distinguer « d’une tentative égoïste d’auto-perfectionnement ». « Il n’est pas question de se transformer, mais de se rendre conforme au Christ », ajoute le père Binachon qui insiste sur la nécessité pour le chrétien d’assumer la responsabilité de son péché et de s’en remettre à la miséricorde de Dieu.
Il s’agit au fond « d’arrimer l’ascèse à la charité », explique-t-il avant de développer, en s’appuyant sur des références bibliques, historiques et ecclésiales ainsi que sur des écrits de saints, tout ce qu’il faut comprendre du carême à travers « la triade classique » : jeûne, prière et aumône (ou œuvres de miséricorde). En complément de ce riche enseignement, illustré de précieux et concrets conseils, l’auteur invite ses lecteurs à discerner, pour les combattre, les dangers spirituels tels que l’orgueil ou l’angoisse du résultat, susceptibles de faire obstacle à la grâce espérée de l’ascèse. Et il conclut son guide par cette remarque inattendue : « Bref, le carême qui plaît au Seigneur, c’est celui qui fait notre joie ».
Annie Laurent
INTUITIONS PRÉCHRÉTIENNES
SIMONE WEIL
Introduction et notes d’Alejandro del Rio Herrmann
Fayard/Pluriel, 2025, 232 pages, 10 €
Et si la philosophie grecque avait disposé les nations païennes à l’accueil de la Révélation ? Et si la grâce avait déjà saisi, comme par anticipation, les premiers penseurs ? Aux premiers siècles déjà, Eusèbe de Césarée ou saint Justin s’interrogeaient sur cette mystérieuse préparation de l’intelligence grecque. La question, vertigineuse, reparaît avec une singulière clarté sous la plume de Simone Weil, qui entreprend au début des années 1940 de rassembler les plus beaux textes non chrétiens sur l’amour de Dieu. Voilà que la jeune philosophe dresse l’inventaire minutieux des correspondances entre Athènes et l’Évangile, entre la tragédie grecque et la Passion : ne s’agit-il que d’analogies érudites ? Des coïncidences hasardeuses ? Bien au contraire : elle y voit une « confirmation bouleversante de la foi ».
Avoir saisi, comme nul autre peuple, la disproportion infinie entre la créature et Dieu ; avoir pourtant pensé des ponts, les metaxu, ces médiations platoniciennes si mal comprises aujourd’hui ; avoir surtout pressenti que l’homme ne monte pas vers Dieu, mais que Dieu descend vers l’âme dont il attend le consentement, tel fut peut-être le génie grec, que Simone Weil ne cesse de faire dialoguer avec le christianisme.
Le grain de sénevé, ce presque rien de foi qui ouvre pourtant les portes du Royaume, ne fait-il pas étrangement écho au grain de grenade de Proserpine ? Éprise d’Hadès, rappelée pourtant auprès de Déméter, la jeune fille demeure liée aux Enfers pour avoir goûté un fruit minuscule. Que dire encore d’Oreste, dans la pièce de Sophocle, qui reconnaît sa sœur Electre à ses larmes ? Pour la philosophe, cette scène dit le mystère même de la grâce. Elle s’émerveille de la délicatesse divine : lorsque l’âme, épuisée, cesse d’attendre Dieu, c’est Dieu qui vient jusqu’à elle, et qui la reconnaît.
En Prométhée, supplicié, enchaîné au rocher pour avoir « trop aimé les mortels », elle voit une figure christique. En Oreste, demeuré pur au terme d’une lignée maudite, elle voit celui dont la souffrance innocente interrompt la transmission du mal. Et si la fatalité grecque signifiait moins destin qu’attente d’un innocent, et donc d’un sauveur ? Pour Simone Weil, Dieu ne se donne pas sans avoir été désiré ; la philosophie grecque fut peut-être la manière dont le monde païen apprit à Le demander.
Victoire Lemoigne
INTRODUCTION À LA PENSÉE POLITIQUE D’HENRI CHARLIER
DOM HENRI
Éditions Sainte-Madeleine, 2025, 78 pages, 7 €
Henri Charlier (1883-1975) est connu comme peintre et sculpteur. Il a aussi laissé des écrits politiques dont ce petit opuscule fournit une synthèse intéressante. On n’y trouve pas un « traité » systématique, mais des réflexions sur des sujets politiques importants qui demeurent fort actuelles : comment le système des partis divise les citoyens, les justes rapports entre nature et grâce, une juste critique du « politique d’abord » de Maurras (« prendre l’antériorité logique (celle de notre langage parlé ou écrit) pour une antériorité réelle »), la place centrale du bien commun, l’idée fausse qu’il faut d’abord que les Français se convertissent pour qu’ensuite tout aille bien (les forces spirituelles ont besoin d’institutions naturelles solides), le malheur qu’entraîne la confusion du gouvernement et de l’administration, l’homme fin de toute société… Un petit livre stimulant.
Simon Walter
LE FASCISME, MYTHES ET RÉALITÉ
FRÉDÉRIC LE MOAL
Hora Decima, 2025, 68 pages, 10 €
En ces temps où une certaine gauche tend vite à « fasciser » ses contradicteurs de droite, il est opportun de lire ce petit fascicule fort bien fait qui synthétise ce qu’a réellement été le fascisme. En cinq chapitres très clairs, l’auteur montre que le fascisme est bien « l’enfant des Lumières », qu’il ne répond nullement à une logique conservatrice, mais bien progressiste et même révolutionnaire, et qu’en ce sens il doit plus à la gauche qu’à la droite, bien que d’autres aspects comme l’anticommunisme le range à droite. Quoi qu’il en soit, c’est « un phénomène idéologique et politique issu de la modernité, et non un projet de résistance à la modernité ». Son côté révolutionnaire assumé avec cette « tentation démiurgique de transformation de l’être humain » l’éloigne définitivement de la droite conservatrice. Le fascisme fut-il un totalitarisme ? Oui, répond Frédéric Le Moal, mais « imparfait » en comparaison du communisme et du nazisme, le fascisme ayant eu un système répressif bien plus modéré en raison de trois contre-pouvoirs : le haut-patronat du nord, le roi Victor-Emmanuel III et l’Église, avec laquelle sa doctrine fut fondamentalement inconciliable, explique l’auteur.
Christophe Geffroy
Romans à signaler
L’ALLIANCE
ASLAK NORE
Le Bruit du Monde, 2026, 448 pages, 25 €
Après Le cimetière de la mer (2023) et Les héritiers de l’Arctique (2024), le romancier norvégien Aslak Nore remet en scène la célèbre et puissante famille Falck. Quelques années ont passé et l’héritier Sverre Falck va enfin épouser sa compagne, Ingeborg Johnsen, qui vient juste d’être nommée ministre de la Défense. Mais coup de théâtre, leur jeune fille au pair ukrainienne est retrouvée assassinée dans leur domaine. Simple meurtre après un cambriolage ou affaire politique sensible ayant des ramifications jusqu’à la Russie ? Johnny Berg, proche de la famille et haut-personnage du contre-espionnage, enquête et découvre vite que Sverre Falck cache de lourds secrets. Ce nouvel opus de la saga Falck est passionnant de bout en bout, le milieu politique norvégien y est fort bien décrit, l’auteur mêlant habilement enquête policière et intrigue politique, et sachant par-dessus tout maintenir un rythme soutenu tout en donnant une réelle consistance à ses personnages.
Simon Walter
L’AMOUR MODERNE
LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD
Robert Laffont, 2025, 256 pages, 20 €
Y a-t-il encore un peu d’amour dans notre époque moderne ? Voici une question à laquelle semble vouloir répondre Louis-Henri de La Rochefoucauld, avec beaucoup d’humour et aussi un brin d’ironie.
L’amour moderne est l’histoire d’un triangle amoureux où deux des protagonistes ne s’aiment plus beaucoup. Mais se sont-ils aimés un jour ? Michel Hugo, « un homme de conviction qui mériterait une biographie en 3 tomes, et dont nous allons ramasser le glorieux parcours en quatre paragraphes pour coller à notre époque éprise de vitesse », comme le présente funestement l’auteur. Producteur de cinéma, ministre de la Culture récemment remercié, Hugo tente de revenir sur le devant de la scène grâce à Albane Blanzac, sa femme, une très grande actrice qui, fait assez rare, refuse depuis 7 ans de tourner.
Michel Hugo sollicite Ivan Kamenov, dramaturge quarantenaire qui a le vent en poupe. Il lui demande d’écrire une pièce pour sa femme : L’amour moderne dont le succès l’atteindra. Mais Ivan, qui vient de divorcer, est en panne d’inspiration. Il lui est cependant difficile de refuser à cet homme trop puissant, et d’ailleurs il ne le souhaite pas : il se trouve lié à Albane Blanzac par un fait divers dramatique qui le ramène sur les bancs de l’école…
L’auteur excelle à dessiner les dessous d’une comédie humaine où chaque protagoniste est, au fond, tragiquement en quête d’un amour vrai. Récompensé entre autres par le prix Interallié, ce roman est une jolie pépite qui, sous les dehors légers d’un très bon style et d’une belle composition narrative, ne manque pas d’interroger.
Marie-Anne Chéron
© La Nef n° 390 Avril 2026
La Nef Journal catholique indépendant