Depuis presque 3 ans, La Dame de pierre, le spectacle de Corentin Stelmer, fait revivre les grandes heures de la cathédrale Notre Dame de Paris, de sa construction à son sauvetage après l’incendie qui devait la ravager. Mais au-delà des pierres, il est un autre édifice qui se rebâtit à bas bruit.
On sort du spectacle La Dame de Pierre avec l’impression tenace que quelqu’un a soufflé sur des braises. Ces braises ne sont pas celles de l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, mais celles de la foi, cette petite graine de moutarde, la plus petite de toutes les graines, dont il est dit dans l’évangile qu’elle peut devenir un grand arbre (Luc 13,19).
L’histoire de Notre Dame, l’histoire de la France
Durant cette heure et demie de spectacle, les 60 acteurs assistés d’une quinzaine de techniciens, maquilleuses, habilleuses pour les pas moins de 490 costumes, vont se succéder pour faire revivre plus de 850 ans d’histoire, d’histoire de France. De la crypte de Saint-Denis, à la construction de la cathédrale, l’installation de la couronne d’épines par Saint Louis, au vœu de Louis XIII… jusqu’aux heures sombres : la Révolution française mettra à sac l’édifice avant sa reconstruction et son embellissement par Viollet-Le-Duc, après la publication du roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, qui donne lieu, dans le spectacle, à un joli pas de deux entre Esméralda, la bohémienne, et Quasimodo, le bossu de Notre Dame.
Tout au long du spectacle, très rythmé, se succèdent les tableaux, ponctués de danses, de chansons et même du très bel Ave Maria de Caccini. Il flotte un air du Puy-du-fou. Pas étonnant quand on sait que Corentin Stelmer, l’auteur et metteur en scène à l’origine du projet, y a fait ses gammes.
La foi est une petite musique que rien ne peut enfermer
La magie opère. On repart avec une petite lumière dans le cœur et la certitude que la reconstruction de Notre Dame n’est pas seulement celle d’une œuvre de pierre. Au cours des siècles, combien de fois n’a-elle pas été en passe de tomber en ruine avant d’être reconstruite ? L’incendie qui devait la ravager a suscité un émoi qui a dépassé les frontières. La cathédrale n’a dû son salut qu’à une poignée d’hommes résolus et ce qui devait la réduire à néant a été le moteur d’une reconstruction où rénovée, restaurée, reconstruite, elle resplendit et rayonne. Pourquoi ne pas faire Notre-Dame de Paris un signe ? A l’heure du laïcisme triomphant, la foi est une petite musique que rien ne peut enfermer. Le temps est venu de ranimer la flamme. Qui mieux que Paul Claudel peut guider vers cette nouvelle effusion :
« Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder. (…)
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage (…)
Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,
Parce qu’elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,
Parce qu’à l’heure où tout craquait, c’est alors que vous êtes intervenue,
Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus (…) »,
Paul Claudel, « La Vierge à midi », Poèmes de Guerre.
France, fille aînée de l’Église, souviens-toi de ton baptême, relève-toi !
Marie-Anne Chéron
© La Nef, exclusivité internet, mis en ligne le 6 octobre 2025
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