Vers 1925, Marcel Pagnol, se sentant exilé à Paris, voulut exprimer tout son amour pour Marseille dans une pièce de théâtre ; c’est ainsi, qu’un peu plus tard, naquit la Trilogie marseillaise : Marius, en 1929, Fanny (1931) puis, en 1936, César, qui est moins une pièce qu’un scénario pour le film avec Raimu, acteur incontournable de l’époque. Pagnol avait l’intuition qu’une œuvre aux couleurs locales, profondément sincère et authentique pouvait toucher le cœur du public et s’ancrer dans le patrimoine littéraire de France. Jean-Philippe Daguerre, la branche méridionale du Grenier de Babouchka, le chêne sculpté du Théâtre du Ranelagh, tout concourt à faire éclore un spectacle merveilleux ! Un décor – des années 1960 – réaliste, en bois brut, coloré, vivant, chaleureux, quelques chansons très à propos, des bouteilles de mousseux, des parties de cartes, l’accent du sud, des gens simples incarnés par des acteurs de haut vol, des répliques magnifiques désormais cultes, tout cela est comme un véritable rayon de soleil dans cet hiver saisissant.
Épris de haute mer et d’ailleurs, Marius aide son père, César, aussi bourru qu’aimant, à tenir le Bar de la Marine dans le Vieux-Port de Marseille. Son obsession de partir lui fait sacrifier la possibilité même d’aimer Fanny, qui vend des coquillages, à côté. Véritable drame, Marius aborde avec une finesse infinie des questions essentielles : les différences fondamentales entre les aspirations féminines et masculines, l’amour et la pudeur, la morale et l’amour, le sens de l’honneur, la liberté dans le mariage – faut-il s’accomplir ou renoncer – et à quoi ? – pour se marier ? On sent chez Pagnol une tendresse paternelle pour ses personnages si imparfaits qui se menacent de meurtre avant de boire un coup pour se réconcilier ; sa pièce fait passer un glaive plein de douceur et d’humour entre l’homme et ses contradictions. Au tomber du rideau, des rêves se lèvent : prendre quatre tiers d’un Mandarin Citron sur le Vieux-Port, aimer davantage, et… Fanny sur les planches !
Constance de Vergennes
- Au Théâtre du Ranelagh (Paris 16e ) jusqu’au 12 janvier 2026.
© La Nef n° 386 Décembre 2025
La Nef Journal catholique indépendant