Cinéma Février 2026

Les dimanches

(11 février 2026)

Espagnole de 17 ans, Ainara vit entre son père veuf et sa tante. Quand, à la surprise générale, elle annonce qu’elle veut faire une immersion dans un couvent pour connaître sa vocation, sa décision est acceptée par son père mais sa tante, progressiste athée, y voit la manifestation d’un mal intime.
Les cinéphiles chrétiens, habitués des films du distributeur Saje, savent que celui-ci propose toujours des films, soit explicitement chrétiens, soit « catho-compatibles ». Ils seront sans doute un peu déstabilisés par Les Dimanches qui, certes, traite d’un sujet très catholique, l’examen d’une vocation religieuse, mais d’une façon qui n’est pas chrétienne puisqu’elle est étudiée essentiellement à travers le prisme athée de la tante. Prisme qui est aussi celui de la réalisatrice, Alauda Ruiz de Azúa. Après cette précaution prise envers les familiers de Saje, il est juste de dire que celui-ci n’a pas failli à ses principes, parce que le film ne montre nulle hostilité envers le christianisme, auquel il laisse, notamment par la voix des religieuses du couvent, toute liberté de s’exprimer.
Dans cette atmosphère, rare, de liberté de parole, les avertissements de sa tante à Ainara, pour la mettre en garde contre des emportements irréfléchis ou contre de pseudo-évidences illusoires, ne sont pas ressentis comme des critiques idéologiques mais comme des inquiétudes naturelles que peuvent éprouver de vrais parents pour leurs enfants attirés par la vocation.

L’affaire Bojarski

(14 janvier 2026)

Jan Bojarski, Polonais réfugié en France pendant la guerre, fabrique des faux papiers. Inventeur de génie, mais sans pouvoir breveter, il vit de petits boulots. Jusqu’au jour où un gangster lui propose de fabriquer des faux billets. Si beaux qu’on appelle Bojarski le « Cézanne des faux billets ».
L’histoire vraie du faux-monnayeur, dont les billets étaient réputés « plus beaux que les vrais » et qui a réussi à tenir la police en haleine pendant quinze ans, est si extraordinaire qu’on se demande comment elle n’a pas été déjà adaptée en roman ou en film ! C’est que l’homme jouait de la discrétion souverainement et qu’il a fallu le hasard pour que son histoire tombe sous l’œil – et la caméra – de Jean-Paul Salomé (Arsène Lupin). Bojarski est interprété par Reda Kateb, acteur franco-algérien césarisé, au jeu aussi doux que son visage est rude. Son épouse naïve, qui soupçonne à peine sa double vie, est jouée par l’inclassable Sara Giraudeau, au charme intact. Bastien Bouillon, en flic acharné, et Pierre Lottin, en vieil ami de Bojarski, entrent dans cette distribution de haut vol. Avec la précision de la réalisation, la qualité des décors et l’originalité de la musique, on a le plaisir d’entrer dans un film français « à l’ancienne », cherchant « le vrai et l’agréable » comme les nommait Pascal, et n’oubliant pas que « l’agréable lui-même doit être tiré du vrai ».

François Maximin

© La Nef n° 388 Février 2026