TOUS HÉRÉTIQUES ?
DENIS MOREAU
Seuil, 2025, 336 pages, 23 €
« Dans les erreurs passées, l’Église a condamné les erreurs présentes et futures », disait Donoso Cortés au siècle dernier. C’est cette thèse que vient réactualiser Denis Moreau dans Tous hérétiques ?, l’un des essais les plus importants de l’année. Le philosophe y montre avec clarté et intelligence que tous les égarements contemporains, par-delà leur diversité, ne sont au fond que la réactivation de schémas hérétiques condamnés jadis par l’Église. Qui n’a jamais croisé un néo-marcioniste qui, en vertu des différences entre le Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament, se croit délié de toute règle et vit sa foi en hippie ? Un néo-donatiste qui, sûr de sa pureté, nie la nécessité de l’indulgence envers les pécheurs ? Un néo-pélagien qui, oubliant l’empreinte du péché originel, se croit assez bon pour se sauver par ses seules forces ? Il y a encore les néo-encratistes qui, par mépris du corps, refusent de faire des enfants ; les néo-millénaristes convaincus que le mal sera vaincu parce que la loi du progrès le veut ; les néo-gnostiques qui, oubliant l’Incarnation pour nous réduire à de purs esprits, considèrent que le corps biologique est remodelable à souhait et rêvent de télécharger nos esprits sur des clés USB. Si l’Église a eu tort d’employer la violence pour faire taire les hérétiques, elle a donc eu raison de condamner leurs thèses.
Moreau propose toutefois une lecture dynamique plutôt que condamnatoire de l’hérésie : loin d’être une thèse purement néfaste, l’idée hérétique est un signe de bonne vitalité spirituelle, témoignant d’une volonté de comprendre la foi. Elle mérite souvent d’être discutée et permet à l’Église de préciser le dogme. En fait, l’hérésie a tort par ce qu’elle nie plus que par ce qu’elle affirme : elle est une vérité extrapolée et isolée des autres vérités qui la contrebalancent, comme l’avait bien vu Chesterton. D’où, en conclusion, de profondes considérations avec Pascal sur l’essence de la pensée catholique : cataleptique, elle doit tenir ensemble des vérités contraires, en admettant n’être pas toujours capable de faire toute la lumière sur l’articulation qui les relie.
Rémi Carlu
LES TROIS GUERRES DES JUIFS CONTRE ROME – 66-73, 115-117, 132-135
MIREILLE HADAS-LEBEL
Éditions Lemme Edit, 2025, 142 pages, 19 €
Les éditions Lemme se sont spécialisées dans la publication de courtes synthèses historiques fort bien faites, destinées au grand public mais rédigées par des spécialistes des sujets traités. Ce petit ouvrage concerne les guerres que les Juifs menèrent contre les Romains durant les deux premiers siècles de notre ère. Les causes de ces trois guerres sont mises en évidence : à un antisémitisme des populations païennes voisines s’ajoutent la brutalité et la vénalité des gouverneurs romains, ainsi que leur incompréhension de la nature du judaïsme, tout cela poussant les Juifs excédés à la révolte. On est saisi d’admiration par le courage des combattants juifs qui résistent, à chaque fois, plusieurs années aux légions romaines envoyées contre eux. Pour les Juifs, les conséquences démographiques sont catastrophiques : plus du tiers des Juifs du temps périssent durant ces trois guerres. Le dernier chapitre étudie la présence juive à travers l’empire après la dernière de ces guerres et la manière dont ces communautés de la diaspora furent finalement tolérées par le pouvoir romain.
Signalons, du même auteur, chez le même éditeur et dans le même esprit, La révolte des Maccabées (167-142 av. J.-C.).
Bruno Massy de La Chesneraye
COMPRENDRE L’INCROYABLE ÉCOLOGIE – Analyse d’un écolo-traitre
BERTRAND ALLIOT
Préface de Chantal Delsol
Salvator, 2025, 180 pages, 20 €
Ancien écologiste militant, Bertrand Alliot a fini par quitter cette mouvance, prenant conscience que « l’incroyable écologie » qui se présente à nous n’est ni plus ni moins qu’une idéologie se rapprochant d’une religion. Laquelle, tablant sur la peur, juge la catastrophe inéluctable et prône donc des mesures drastiques de salut pour sauver la planète. On est dans l’ordre eschatologique dont le nouveau Dieu est la « Science ». Ce catastrophisme a permis de mobiliser des sommes faramineuses pour de faibles résultats (les émissions de CO2 n’ont jamais cessé d’augmenter à l’échelle du globe), tout en contribuant à appauvrir les plus pauvres, victimes de ces politiques « vertes » (hausse du prix de l’électricité, coût des voitures électriques et de l’isolation thermique des habitations, etc.). Le problème est que les catastrophes annoncées ne se réalisent pas, elles se succèdent et finissent par prendre fin : peur de la surpopulation dans les années 70 (manque de subsistance pour une population en expansion rapide), alors que l’on nourrit mieux la population mondiale actuelle de 8 milliards d’humains que celle de 3 milliards des années 70 ; drame du trou de la couche d’ozone dans les années 90… qui a fini par disparaître, etc.
Pour l’auteur, la crise climatique (réchauffement), bien que s’étalant sur le temps long, est en train de connaître le même sort et est déjà progressivement remplacée par la crise de la « biodiversité » : « Les écologistes sont en train d’essayer de hisser l’inquiétude relative à la biodiversité au même niveau que l’inquiétude climatique. Pour légitimer la peur de la crise de la biodiversité, ils emploient la même méthode que pour le climat » (p. 93). Le problème est que lutter pour le climat peut aggraver la menace pesant sur les espèces (danger des éoliennes pour les espèces animales, par ex.). Et surtout, concernant le climat, « les contraintes apparaissent injustifiées au regard des effets minuscules qu’elles produisent sur un problème écologique majuscule » (p. 115). C’est pourquoi les écologistes les plus cohérents prônent la sobriété, la décroissance et le retour à des modes de vie traditionnels. « C’est bien la dialectique entre le discours sur la crise et le discours sur la nécessaire réaction qui est importante. Si une solution était trouvée, le mécanisme dialectique serait rompu. La décroissance comme seul horizon, puisqu’elle est impossible à mettre en œuvre, est le meilleur antidote pour garder le récit écologique en vie » (p. 159).
Finalement, l’auteur juge la fin de l’ère écologique – entendons ici l’écologie en tant que religion – progressive et inévitable, ce qui ne doit pas empêcher de considérer nécessaire une écologie saine et équilibrée.
Simon Walter
ENQUÊTE SUR CES JEUNES QUI VEULENT DEVENIR CHRÉTIENS
ANTOINE PASQUIÉ
Mame, 2025, 208 pages, 15,90 €
Déchristianisation, chute des vocations, abus sexuels et spirituels… Alors que l’Église traverse une crise depuis le début des années 2000, une lumière brille dans la nuit. Depuis plusieurs années, on observe un afflux de jeunes catéchumènes ; près de la moitié des 18 000 baptisés à Pâques avaient entre 15 et 25 ans. En deux ans, le nombre de baptêmes d’adultes a bondi de 90 % et celui des adolescents a été multiplié par cinq. Comment expliquer ce renouveau de conversions ? Qui sont ces jeunes, et quels sont leurs parcours de foi ? Autant de questions auxquelles vient s’atteler Antoine Pasquier, journaliste chez Famille chrétienne, dans cet ouvrage précieux et précis : il alterne chiffres et analyse globale, et témoignages individuels d’une vingtaine de jeunes, et de leurs accompagnateurs, qui viennent incarner en profondeur et avec justesse le phénomène décrit. L’auteur expose l’appel intérieur progressif que ressentent ces jeunes, et les éléments déclencheurs qu’ils traversent ; ce peut être la maladie, la mort de proches, le deuil, le harcèlement, le divorce des parents, le témoignage de vie d’un grand-parent, mais aussi l’influence du cercle amical. Chez leurs amis, les futurs catéchumènes peuvent trouver une oreille attentive, et nourrir des discussions ou débats qui n’ont pas forcément leur place au sein de leurs familles.
En outre, les achats de bibles sont en forte hausse en France depuis 2020. Contrairement aux générations passées, ces nouveaux chrétiens sont issus de familles non croyantes, non pratiquantes ; curieux, ils sont vierges de connaissances religieuses et ont soif de repères. Le patrimoine religieux, la liturgie et l’expérience sensible, et l’enracinement les attirent. Le livre explore comment les paroisses, parfois prises de court, accueillent ces nouveaux venus. Pénurie de catéchètes, implication des aumôneries étudiantes, émergence des influenceurs catholiques en ligne, intégration des néophytes après leur baptême… une multitude d’initiatives sont décrites avec rigueur par Antoine Pasquier pour cerner au mieux ces dernières évolutions. Un document indispensable pour comprendre l’avenir proche de l’Église de France.
Éléonore de Vulpillières
ARROGANCE ET MANIE DU CHANGEMENT
Lumière, Révolution (1760-1830)
XAVIER MARTIN
DMM, 2025, 496 pages, 31,50 €
Il existe une autre histoire des Lumières et de la Révolution française, bien éloignée du roman républicain imposé à des générations de Français. Une histoire sombre, décryptée livre après livre par Xavier Martin, nourrie de sa connaissance encyclopédique des textes des Lumières et des discours des révolutionnaires. Dans sa dernière étude, il trace un portrait sans complaisance de ces hommes qui, des salons parisiens à la salle de la Convention, ont pensé et réalisé la Révolution. De grands hommes ? Plutôt une majorité de déclassés, frustrés dans leur ambition sociale bloquée par la société de l’Ancien Régime. Des ratés même, « instables chroniques, aventureux, repris de justice », affublés pour plusieurs d’entre eux d’une laideur terrifiante, Antoine Saint-Just constituant une exception ! Ce qui ne les empêchait pas d’être forts contents d’eux-mêmes et de leur entreprise prométhéenne de régénération, non seulement de la France (dont ils auraient fait un cimetière en cas d’échec), mais aussi de l’univers tout entier. Une œuvre portée par la force de la volonté (qui en évoque une autre, bien plus tard…) et une adoration des principes abstraits, une exaltation d’un monde imaginaire, fantasmé par les Lumières et qui condamna les Vendéens à l’extermination. Ces divagations engendrèrent la Terreur et son Tribunal révolutionnaire créé pour éliminer des accusés déjà coupables, au mépris assumé de toute procédure juridique. Robespierre résuma en une belle formule la cruauté révolutionnaire : « Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable ; car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique. » Mots à méditer…
Frédéric Le Moal
PLAIDOYER POUR UNE PROPRIÉTÉ ANTICAPITALISTE
G. K. CHESTERTON
Éditions de l’Homme Nouveau, 2025, 342 pages, 14,50 €
En choisissant son nom de pape, le successeur de François s’est placé dans la filiation de Léon XIII, et avec lui, de l’encyclique Rerum Novarum, initiant la doctrine sociale de l’Église. Depuis la rédaction de ce texte fondamental, quelques auteurs ont fait l’effort de se retrousser les manches pour théoriser la mise en place concrète d’une « troisième voie » entre l’utopie socialiste et le capitalisme débridé. Parmi eux, un écrivain anglais, Gilbert Keith Chesterton. Personnage haut en couleur, apologète anglican converti au catholicisme, amateur de paradoxes et de taquineries, tour à tour poète, journaliste, romancier, cet homme au gabarit aussi imposant que son œuvre a développé une pensée économique qui lui a survécu : le « distributisme ». Une idée relativement simple, selon laquelle le problème du capitalisme, ce n’est pas qu’il y aurait trop de capitalistes… mais qu’il y en aurait trop peu.
Le cœur de l’aliénation capitaliste réside, pour lui, dans le fait que les travailleurs ne sont pas propriétaires de leurs moyens de production. Il faudrait donc les répartir à chacun selon ses besoins, en évitant qu’ils ne soient captés injustement par quelques capitalistes, ou collectivisés par un État tout-puissant. L’auteur propose au passage une pensée critique du progrès technique et de ses implications, et qui n’a pas pris une ride un siècle plus tard, à l’ère de l’intelligence artificielle.
Par ailleurs, sa réflexion dépasse le seul enjeu de justice sociale pour montrer comment la proposition distributiste tient compte, contrairement aux deux autres voies économiques, de la question anthropologique, c’est-à-dire de l’épanouissement de l’homme dans la société qu’il bâtit. Le tour de force de ce livre est de mener une réflexion philosophique et économique sur plus de trois cents pages sans jamais se départir de l’humour so british qui fait le sel de ses ouvrages.
Robin Nitot
AU SECOURS MARIE !
Lourdes
AMANDINE CORNETTE DE SAINT CYR
Fayard, 2025, 170 pages, 19 €
Le même auteur nous avait offert l’an dernier un livre réjouissant sur sainte Rita, la patronne des causes désespérées. Dans le même style, et avec le même bonheur, elle nous emmène cette fois-ci en pèlerinage à Lourdes avec sa mère, atteinte d’un cancer du sein. Cette dernière n’étant a priori pas une grande dévote de la Sainte Vierge, ni même de la religion, le pari n’est pas gagné ! Néanmoins l’anxiété de la maladie l’emporte, et on ne sait jamais… Au pire, aller à Lourdes ne changera rien mais n’aggravera pas la maladie. Nous voici donc embarqués avec l’auteur et sa mère dans un pèlerinage plein d’humour, léger, mais avec une réelle profondeur, Cornette de Saint Cyr ayant l’art de nous faire découvrir le pèlerinage de Lourdes avec ces cabossés de la vie et aussi, surtout, une somme incroyable de dévouement et de générosité. Un excellent récit pour faire découvrir Lourdes aux sceptiques… et aux autres.
Christophe Geffroy
GÉNOCIDE, LE MOT, LA CHOSE, L’HISTOIRE
CATHERINE GRYNFOGEL
Cerf, 2025, 246 pages, 19,90 €
Il était temps qu’un ouvrage synthétise tous les travaux menés sur la notion de génocide depuis l’apparition du mot jusqu’à aujourd’hui. Ce terme, trop souvent exploité à des fins politiques, idéologiques et médiatiques, mérite d’être abordé dans un cadre plus juridique et historique. Catherine Grynfogel réalise un ouvrage minutieux que l’on peut diviser en deux : une partie plus notionnelle expliquant, à travers l’évolution des textes de lois, ce que le mot recouvre ; et une autre, à travers un ensemble d’exemples, portant sur l’histoire du fait génocidaire.
Le mot génocide a pris racine à la suite de la Shoah, mais la réflexion menée par Raphaël Lemkin – juriste polonais et juif qui a forgé le concept – a commencé à la suite du massacre des Arméniens. Toute la question de cet ouvrage porte sur ce qui peut être qualifié de génocide. Catherine Grynfogel en a une vision plutôt restrictive, s’en tenant exclusivement aux textes de lois, refusant par là toutes les appréciations suscitées par l’émotion. Ainsi, elle démontre l’inanité de la qualification de génocide pour les faits qui se sont déroulés à Gaza après le 7 octobre 2023, en arguant que le bombardement du territoire s’inscrit dans un contexte de guerre, en réponse à l’assaillant, et qu’il n’existe aucune planification de destruction à l’encontre d’un peuple.
Sans le dire explicitement, Catherine Grynfogel évoque le principe de non-rétroactivité de la loi. Le génocide ne saurait être qualifié pour des faits précédant 1945. Quid alors du génocide arménien ? Du génocide des Hereros ? De l’Holodomor ? L’auteur évoque tous ces massacres et explique qu’il y a deux manières de voir le génocide : celle vue par les tribunaux et celle qui consiste en une « reconnaissance intellectuelle » du génocide. L’approche juridique est sans doute trop restrictive. L’historien Pierre Serna, à propos du populicide vendéen, disait (France Culture, 28 août 2025) qu’à partir du moment où l’on s’inscrit dans la matrice moderne, il est légitime de se poser la question du génocide, que ce dernier ait précédé ou non celui des Juifs. Cette question-là mérite d’être débattue.
Pierre Mayrant
QUE SE PASSE-T-IL APRÈS LA MORT ?
Mgr ANDRÉ LÉONARD
Téqui, 2025, 60 pages, 8,90 €
La mort est devenue aujourd’hui une réalité que l’on fuit, qu’il convient de cacher. C’est pourtant un passage incontournable qui nous concerne tous. Aussi, ces belles réflexions, profondes et très accessibles, sont-elles particulièrement opportunes. L’auteur détaille avec grande clarté l’enseignement catholique sur ce sujet. Un panorama indispensable à connaître, extrait de l’excellent ouvrage de Mgr Léonard, Jésus, splendeur de Dieu et salut du monde, paru aux Éditions Saint-Paul en 2021.
Christophe Geffroy
LES SEPT SACREMENTS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI
Bref examen critique des nouveaux rituels
CLAUDE BARTHE
Contretemps, 2025, 98 pages, 10 €
Ma recension sera sévère. Elle ne vise en rien la personne de mon confrère mais uniquement le contenu de son travail. Ce livre est mauvais et malfaisant à plus d’un titre. Quant à la méthode : fidèle à « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture » entre l’avant et l’après concile (herméneutique pourtant condamnée par Benoit XVI le 22 décembre 2005) et à une vision politique de l’Église, l’abbé Barthe rejette tous les nouveaux rituels des sacrements. Il juge et condamne des prières approuvées par la sainte Église hiérarchique notre Mère. Son « bref examen » sent le « libre examen » de Luther. En cela, sa position ne diffère guère de celle de la Fraternité Saint-Pie X. Quant au contenu : la sociologie devient argument théologique, les critiques sont souvent infondées ou mal fondées, la réflexion est partielle et partiale. Quant à l’effet produit : la « non-obéissance » (expression de l’auteur), c’est-à-dire la désobéissance, est promue.
Comment Rome et les évêques français peuvent-ils recevoir ces critiques acerbes ? Qui va « trinquer » ? Les fidèles laïcs sur le terrain. La critique excessive et polémique hypothèque la possibilité de faire entendre des remarques respectueuses et constructives aux autorités compétentes en vue d’une possible « réforme de la réforme » (Joseph Ratzinger). En refermant cet essai on ne peut malheureusement s’empêcher de penser que le pape François visait de façon prophétique l’abbé Barthe dans Traditionis custodes puisque ce « bref examen » a pour effet d’« augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église et en entravent la progression, en l’exposant au risque de divisions » (cf. Lettre aux évêques accompagnant TC). Ce livre prouve aussi une non-réception de ce que Benoit XVI rappelait dans sa Lettre aux évêques accompagnant SP, puisqu’elle contient une mise « en doute de l’autorité du concile » et de son « caractère contraignant », et qu’il va dans le sens inverse d’une « réconciliation interne au sein de l’Église ». Ce livre ne sert ni la liturgie ni l’unité dans la vérité. Le « monde traditionnel » a autre chose à apporter à l’Église. Une vraie étude des anciens et des nouveaux rituels reste à faire.
Abbé Laurent Spriet
Roman à signaler
LE CIEL TOUT ENTIER
JOE WILKINS
Gallmeister, 2025, 528 pages, 25,90 €
Encore un nouvel auteur américain découvert par Gallmeister qui publie ici son deuxième roman. En 1994, Justin, grand adolescent, erre sur les routes du Montana avec sa guitare et un sac pour seul bagage. Il fuit un drame que l’on ne connaît pas et finit par trouver un accueil chaleureux dans le ranch de René Bouchard, éleveur de moutons. Ce dernier vient de perdre sa femme et l’on devine qu’une tragédie a secoué cette famille avec la mort prématurée du quatrième enfant du couple alors qu’il avait l’âge de Justin. Bouchard voit dans ce garçon sauvage qui porte un trop grand poids son fils dont il se reproche la disparition. Il peine néanmoins à l’amadouer, mais sa gentillesse et sa patience finissent par toucher le cœur de Justin qui se sent enfin « chez lui ». Le retour au pays de la fille de Bouchard, Lianne, dont le couple bat de l’aile, contribue à intégrer Justin à cette famille. Ces trois figures, chacune cabossée par la vie, ont besoin de se réconcilier avec eux-mêmes et leur passé, et c’est en étant tous ensemble que ce chemin difficile s’avère possible. Un roman âpre et rude comme les paysages et le climat du Montana, mais un texte fort et bien écrit que l’on quitte à regret.
Simon Walter
© La Nef n° 387 Janvier 2026
La Nef Journal catholique indépendant