Cinéma Mai 2026

Maximilien Kolbe

(20 mai 2026)

Auschwitz. Un prisonnier s’est échappé. En représailles, dix hommes sont condamnés à mourir de faim dans un bunker. Quand un père de famille est désigné, le père Maximilien Kolbe s’offre à sa place. Le film le suit dans le bunker, où il oppose à l’inhumanité la résistance de l’amour et de la foi.
La fin héroïque de Maximilien Kolbe, martyr, a déjà été portée au cinéma mais ici elle est vue avec une précision chirurgicale, suivant les quinze jours de supplice des dix condamnés. Le film de l’Américain Anthony d’Ambrosio, sobre, évite toute dramatisation. La scène décisive où le père Kolbe s’offre en victime est traitée sans effet. C’est la clé, au sens musical, de tout le film, qui reste toujours dans une tessiture moyenne, même pour Maximilien, jamais héroïsé et qui se distingue peu des autres victimes.
Ce parti pris peut étonner quand on s’attend à une figue de vitrail. Mais elle convient particulièrement car le père Kolbe ne s’est pas offert pour briller parmi les autres mais pour n’être que l’un d’entre eux. Il s’impose pourtant par sa foi et sa charité, conduisant les prisonniers à prier et chanter Dieu, à la stupeur des gardiens. Leurs débats composent la trame du film, où l’on frise l’insoutenable, par l’évocation du suicide ou de l’anthropophagie, ou du sublime par l’abandon à Dieu. La fin inexplicable, où quatre prisonniers, dont le Père Kolbe, sont encore en vie après quinze jours d’affamement, transforme le sordide de l’injection létale en sublime du « tout est accompli ».

Juste une illusion

(15 avril 2026)

1985. Vincent, 13 ans, vit en banlieue dans une famille séfarade modeste, entre un grand frère tyrannique et des parents querelleurs. On le suit dans ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.
Le duo de réalisateurs Toledano et Nakache (Intouchable), habitué aux films choraux émouvants, rassemble ici les ingrédients de son succès : justesse descriptive, comique de situation, finesse psychologique et nostalgie souveraine. L’action se passe en 1985 parce que cette année-là les réalisateurs avaient l’âge de leur Bar Mitzvha ; l’adolescence fictive de Vincent est la leur, réelle. Aussi la peinture de l’époque est d’une rare justesse. Tous les éléments visuels concourent au dépaysement temporel, souligné par les musiques d’alors. La peinture de l’amour adolescent de Vincent avec la jolie Anne-Karine est délicieuse de justesse et de retenue, elle hisse le film au rang des meilleures comédies romantiques. Mais la réussite du film est d’abord dans la distribution où tous les acteurs sont enthousiasmants de précision et d’engagement. Excellent, le film n’échappe pourtant pas au politiquement correct, avec l’onction donnée à « Touche pas à mon pote », et l’insulte « facho » lancée à un simple père de famille.

François Maximin

© La Nef n° 391 Mai 2026