
ÉDITORIAL
Il est des moments où, tout semblant plus ou moins s’effondrer, c’est le monde lui-même qui paraît incontrôlable et basculer dans une ère nouvelle, sans que nous sachions ce qu’elle nous réserve. Nombre d’événements, en effet, concourent à cette impression désagréable de débâcle. Et d’abord sur le plan géopolitique qui occupe largement le devant de la scène avec un Trump narcissique omniprésent qui enlève un dictateur et prétend s’arroger le Groenland. Il y a aussi cette guerre en Ukraine qui n’en finit pas, l’instabilité chronique du Proche-Orient où, en Iran, la tyrannie des mollahs est fragilisée par une opposition populaire qui montre un courage exemplaire.
En France aussi, plus qu’ailleurs, la situation est d’une rare instabilité avec des indicateurs fort inquiétants. Le premier d’entre eux et aussi de loin le plus grave ne semble cependant pas soucier outre mesure nos dirigeants : la chute continue de notre démographie. Pour la première fois l’an passé, il y a eu plus de décès que de naissances, révèle l’INSEE dans son bilan 2025 présenté le 13 janvier : la France se dépeuple dans une indifférence assez générale – la natalité n’est la priorité d’aucun candidat à l’Élysée, défendre la famille (à savoir un homme et une femme engagés dans une relation durable par le mariage) relevant d’une vision « réactionnaire » heurtant l’idéologie dominante déconstructiviste. Garde d’enfants, logement, aides fiscales… on est très loin d’une politique familiale ambitieuse : même si l’on sait que c’est surtout sur les mentalités qu’il faut agir – mais cela ne se décrète pas ! –, une vraie politique familiale porte des fruits. Mais nos gouvernants, en France et au niveau de l’Union européenne, plutôt que d’aider les familles, préfèrent compenser notre déclin démographique par une immigration massive incontrôlée qui importe un islam conquérant, imposant progressivement ses mœurs au point de mettre en danger la paix sociale et l’unité de la nation.
Et, alors que notre peuple se meurt à petit feu, faute d’enfants, l’obsession de nos dirigeants est d’imposer l’euthanasie à un pays fracturé dont une bonne partie rejette cette loi mortifère. Après avoir tué les enfants à naître, notre société poursuit cette logique de mort en prétendant maintenant offrir « un droit de mourir dans la dignité », comme si la personne fragile atteinte dans son corps ou son esprit avait perdu sa « dignité ». Et symbole significatif de cette inversion effrayante des priorités, la SNCF annonce la mise en place dans ses trains de wagons interdits aux enfants de moins de douze ans…
La liste est encore longue de nos démissions. Cela fait un moment que durent les négociations sur le Mercosur et jamais la France ne s’y est opposée : ce n’est que trop tard que le président feint de réaliser la nocivité de ce traité pour notre agriculture. Nous sommes incapables d’agir avec une vision à long terme, notre politique menée par des nains, sans lucidité ni courage, se limite à parer au plus pressé : malgré les nombreuses alertes, rien n’a été fait sur des sujets aussi sensibles que l’école, la violence, l’immigration, l’islamisme, l’endettement, le fardeau de la fiscalité…
Le discours au Corps diplomatique
Ce panorama est assez démoralisant, mais le pape Léon XIV, dans son remarquable discours au Corps diplomatique, le 9 janvier, s’il a bien confirmé les maux ici relatés dont nous souffrons – ajoutant qu’« il est douloureux de constater que, surtout en Occident, les espaces de véritable liberté d’expression se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, dans sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent » –, s’est aussi employé à montrer que l’on pouvait toujours agir dans toutes les situations difficiles. En s’appuyant sur son maître saint Augustin – qui a lui-même vécu avec beaucoup de sérénité la fin d’un monde, celui de l’Empire romain –, il a expliqué que « chacun de nous est protagoniste et donc responsable de l’histoire. Augustin souligne en particulier que les chrétiens sont appelés par Dieu à séjourner dans la cité terrestre avec le cœur et l’esprit tournés vers la cité céleste, leur véritable patrie. Cependant, le chrétien, vivant dans la cité terrestre, n’est pas étranger au monde politique et cherche à appliquer l’éthique chrétienne, inspirée des Écritures, au gouvernement civil ».
Le principal souci, a-t-il poursuivi, est que « notre époque semble plutôt encline à nier le “droit de citoyenneté” à la cité de Dieu. Seule semble exister la cité terrestre, enfermée exclusivement à l’intérieur de ses frontières. La recherche des seuls biens immanents mine cette “tranquillité de l’ordre” qui, pour Augustin, constitue l’essence même de la paix, qui concerne autant la société et les nations que l’âme humaine, et qui est essentielle à toute coexistence civile. En l’absence d’un fondement transcendant et objectif, seul l’amour de soi prévaut, jusqu’à l’indifférence envers Dieu qui gouverne la cité terrestre ».
Une forte réflexion que chacun devrait lire et méditer : en ces temps de disette, Léon XIV nous élève au-dessus de la médiocrité ambiante.
Christophe Geffroy
© LA NEF n°388 Février 2026
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La Nef Journal catholique indépendant