Pape François © Pixabay

Cinq ans de pontificat

Le cinquième anniversaire de l’élection du pape François – c’était le 13 mars 2013 – a donné lieu à maints commentaires insistant tout particulièrement sur les sondages : sa popularité resterait globalement très élevée tout en baissant significativement chez les catholiques. Ces aspects ne sont pas sans intérêt, mais ils sont trop volatiles et peu fiables pour appuyer une analyse de fond. Certes, on ne peut que se réjouir de la popularité du pape si elle contribue à mieux faire connaître et aimer le catholicisme. Si l’image de l’Église peut en être rehaussée, on ne sait pas grand-chose de l’impact que cela entraîne en termes d’évangélisation, de conversions, de pratique religieuse…

Revenons donc à des éléments plus solides pour réfléchir sur ces cinq ans de pontificat, sans prétendre tirer un quelconque bilan qui serait bien prématuré.

LA RÉFORME DE LA CURIE

Il y a cinq ans, au moment du conclave, le sujet dominant était la réforme de la Curie, laquelle avait particulièrement gêné l’action de Be­noît XVI. C’est un chantier complexe qui rencontre une opposition d’autant plus réelle que François a eu l’art et la manière de s’aliéner une partie de cette Curie. Chaque année, ses discours à cette institution romaine sont une attaque en règle contre ses membres, parfois d’une intense violence, comme en décembre dernier où il parlait « de ceux qui trahissent » et « se laissent corrompre par l’ambition ou par la vaine gloire ». Concrètement, ce chantier n’a abouti pour l’heure qu’à des réalisations modestes : création d’un conseil spécial du pape, le C9, dont il n’est encore rien sorti d’important ; regroupement de différents petits dicastères en deux grands ministères consacrés à la question sociale et aux laïcs ; apparition d’un pôle économie qui ne semble pas s’être imposé face à la Secrétairerie d’État.

Et le paradoxe est que François, qui plaide pour la collégialité et pour une plus grande décentralisation, est perçu à Rome comme un pape particulièrement autoritaire, davantage dans la lignée d’un Pie XI que d’un Jean-Paul II ou d’un Benoît XVI. Sentiment également partagé par des prêtres qui ne comprennent pas ses propos peu paternels et assez durs contre les « rigides ».

Lors des synodes, François plaide pour une parole libérée, comme cela s’est manifesté au cours des deux synodes sur la famille. Mais le choix des intervenants phares – en l’occurrence ici le cardinal Kasper – n’était pas neutre et forcément de nature à orienter les débats dans un certain sens, précisément celui voulu par le pape. Ce faisant, ces débats, qui abordent des aspects doctrinaux, finissent par accentuer les clivages et durcir les oppositions, mettant sur la place publique des controverses dont peu de chrétiens sont capables de saisir les subtilités. Peut-être font-ils avancer la « pastorale » et donnent-ils de l’Église une image « ouverte », mais au prix d’un trouble certain d’une partie des fidèles et du clergé qui attendent du Magistère clarté et sûreté.

UNE NOUVELLE COMMUNICATION

François, plus sensible à la pastorale qu’à la doctrine, semble se moquer de ces inconvénients, il affirme que les critiques ne l’empêchent pas de dormir et avance fermement dans la voie qu’il s’est tracé, certain de travailler pour le long terme conformément à son adage : « le temps est supérieur à l’espace ».

Pour faire passer ses idées, il a banni tout intermédiaire et a inauguré une nouvelle forme de communication, simple et directe : jamais un pape n’a autant parlé aux médias, n’a donné autant d’interviews, publié autant de livres d’entretiens (1). Il aime également répondre aux questions des journalistes (surtout dans les avions) d’une façon improvisée, créant souvent des polémiques ou des malentendus obligeant régulièrement la salle de presse du Saint-Siège à des communiqués rectificatifs ou explicatifs. Sa parole passe, elle est appréciée et relayée par les médias, mais n’est-elle pas dévalorisée par une telle inflation verbale ? Quoi qu’il en soit, sa popularité doit beaucoup à ce mode de communication, d’autant plus qu’il aborde principalement des sujets en phase avec l’idéologie dominante (migrants, pauvreté, inégalités, dialogue entre religions, écolo­­­gie…), sans passer néanmoins sous silence les thèmes qui fâchent comme ceux liés à la « culture de vie » ou son amour des dévotions populaires – toutes choses peu répercutées. Et les grands médias l’ont jusqu’ici ménagé sur les affaires de pédophilie et insistent peu sur ses charges fréquentes, si justifiées, contre l’argent-roi, la finance ou le consumérisme.

Finalement, tout cela ne dit sans doute pas ce qui est pour François la priorité : bâtir une « Église pauvre pour les pauvres », la rendre attrayante pour que tous puissent découvrir la miséricorde de Dieu qui s’adresse à chacun d’entre nous, d’où ses appels réité­rés à l’évangélisation des « périphéries », urbaines ou existentielles.

Christophe Geffroy

(1) Un nouveau livre du pape François sur la jeunesse est paru le 22 mars : Dieu est jeune. Conversation avec Thomas Leoncini, Robert Laffont/Presses de la Renaissance, 160 pages, 16 €.

© LA NEF n°302 Avril 2018

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).