Le colonel Arnaud Beltrame © DR

Beltrame était-il un saint ? (1/2)

Le Père Jean-Baptiste est Chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse (www.lagrasse.org), il fut le prêtre le plus proche du colonel Arnaud Beltrame durant les deux dernières années de sa vie, il l’a préparé au mariage et devait le marier le 9 juin 2018. Il a pu lui donner les derniers sacrements le soir de l’attentat et a prêché lors de ses funérailles.

Comment l’avez-vous jugé : qualités d’homme, de gendarme, de chrétien ?

Comme un homme singulier : gendarme d’élite, haut gradé, chrétien converti, intelligent, sportif, volubile et entraînant. Marielle, sa fiancée et lui venaient chaque mois à des rencontres de couples à Narbonne ou à l’abbaye de Lagrasse. Arnaud était marquant par sa vivacité, sa joie contagieuse et le témoignage épanoui de sa foi retrouvée.

Son courage, ses talents et ses inévitables limites militaires ont reçu de nombreux témoignages de ses subordonnés et supérieurs. Passionné par la gendarmerie, fier de son passage à l’EPIGN, il avait une passion pour la France, sa grandeur, son histoire, ses racines chrétiennes qu’il a redécouvertes avec sa conversion.

Né dans une famille peu pratiquante, il a vécu en effet un authentique retour à Dieu et à l’Église vers 2007, à près de 33 ans. Il reçoit la première communion et la confirmation après 2 ans de catéchuménat, en avril 2009, à Rueil Malmaison (Hauts de Seine).

Après deux pèlerinages, où il demande à la Vierge Marie de rencontrer la femme de sa vie, il se lie avec Marielle, dont la foi est profonde et discrète. Les fiançailles sont célébrées à l’abbaye bretonne de Timadeuc à Pâques 2016. Il a suivi avec moi une préparation au mariage exigeante à Paris et Lagrasse.

Sa déclaration d’intention pour le mariage catholique que je devais célébrer le 9 juin 2018 près de Vannes dit assez les fortes convictions du futur héros*.

Bénissant leur maison le 16 décembre 2017, j’avais admiré qu’ils aient réservé une pièce pour en faire un oratoire. Nous y avons prié tous les trois.

Il a risqué sa vie pour que s’arrête la mort. La croyance du djihadiste lui ordonnait de tuer. La foi chrétienne d’Arnaud l’invitait à sauver, en offrant sa vie s’il le fallait.

Le geste d’Arnaud Beltrame a provoqué une immense émotion dans le pays. Comprenez-vous ce sentiment qui perdure ?

Aucun français ne semble avoir autant impressionné depuis la Libération : un an après, déjà 250 villes auraient des places, rues ou salles à son nom et cinq livres sont parus ! Son héroïsme a manifesté un don de soi devenu rare dans une société marquée par l’hédonisme et l’individualisme. Sans doute avec la conviction qu’il pouvait s’en sortir, Arnaud Beltrame a accepté le risque encouru pour sa propre vie. La fécondité de son geste prouve ce que le pape François aime rappeler : nos vies n’ont de valeur que par le don d’elles-mêmes et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (cf. Jean 15, 13).

Arnaud Beltrame était franc-maçon. Vous en avait-il parlé ? Cette appartenance à la franc-maçonnerie est-elle incompatible avec la foi catholique ?

Il ne m’en avait pas parlé et, après avoir fait mon enquête auprès de Marielle et de certains francs-maçons, je sais que personne ne lui avait expliqué l’incompatibilité avec la foi catholique. Le Saint-Siège l’a rappelé en 1983, mais il l’ignorait. L’excommunication prévue ne le frappait donc pas. Je crois qu’il aurait quitté la Franc-maçonnerie après de solides explications, car il était sincèrement en quête de vérité.

Initié à la Grande Loge de France avant sa conversion, il prêtait serment sur l’Évangile de saint Jean avec des frères maçons qui lui cachaient cette incompatibilité. C’est la quête intellectuelle et les bons amis qui l’ont entraîné en maçonnerie et non le carriérisme ou l’occultisme qu’il ignorait. Il fréquentait, rarement depuis son déménagement à Carcassonne, la loge de Rueil et non celles de l’Aude, car il préférait y retrouver ses amis. Ce sont donc des liens humains et non des convictions maçonniques qui le retenaient. Ses intimes savent qu’Arnaud aimait prier saint Michel Archange et accordait une vive importance aux tactiques du diable qu’il jugeait urgent de faire connaître pour les débusquer. Il ignorait les liens de la franc-maçonnerie avec le satanisme. Arnaud nous montre ici qu’une conversion sincère peut s’accompagner d’erreurs : son exemple n’en est que plus rassurant pour nous. Nous savons aussi qu’un acte ultime de charité peut effacer bien des fautes… N’est-ce pas encourageant ? Son héroïsme du 23 mars 2018 doit stimuler le nôtre. Ne l’oublions pas dans les polémiques secondes.

(À suivre)

Père Jean-Baptiste
Chanoine de l’abbaye de Lagrasse

© LA NEF n°317 Septembre 2019

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