Livres Septembre 2019

CONNAITRE DIEU PAR EXPERIENCE
FRERE ROBERT AUGÉ, OSB
Artège-Lethielleux, coll. Sed contra, 2016, 216 pages, 21 €

Le Père Augé, moine bénédictin de la fondation du Barroux au prieuré Sainte-Marie de La Garde, nous offre ici sa thèse de licence de théologie dogmatique (ISTA de Toulouse) en attendant celle de son doctorat… Saint Thomas d’Aquin n’a pas ignoré la question de savoir si l’homme pouvait faire une expérience de Dieu car, selon lui, une connaissance expérimentale de Dieu est en effet possible dès ici-bas. Elle n’est pas réservée à des personnes engagées dans des voies mystiques extraordinaires mais elle appartient à toute vraie vie chrétienne « ordinaire » à partir du moment où l’âme est en état « de grâce » ou d’amitié avec Dieu par la charité. « Ce qui caractérise la connaissance expérimentale est le fait que je perçois la présence actuellement agissante en moi de l’objet connu », écrit le Père Augé. Ainsi, par exemple, une connaissance expérimentale de Dieu est possible par l’infusion des vertus théologales, les dons du Saint-Esprit, les missions des Personnes divines dans l’âme. L’âme peut goûter la présence de Dieu en elle, la bonté et la douceur de Dieu. N’est-ce pas l’expérience du saint curé d’Ars après la sainte Communion telle qu’il l’a décrite lui-même ?

Si l’on suit saint Thomas et le Père Augé, nous pourrions dire qu’à la question de ses juges iniques (« êtes-vous dans la grâce de Dieu ? »), Jehanne, la sainte de la Patrie, aurait pu répondre « oui je perçois Dieu en moi au sens où je perçois parfois quand Il vient en moi, quand Il agit en moi ». Mais cela ne leur aurait sans doute pas plu, alors l’Esprit-Saint lui a dicté une réponse plus spéculative et objective qui leur a cloué le bec car « nous ne pouvons percevoir ici-bas le surnaturel de façon certaine : la présence de la grâce dans l’âme comme celle de Dieu lui-même ne peuvent être l’objet que d’une conjecture à partir des signes. Ce n’est qu’au ciel, dans la vision béatifique, que nous percevrons Dieu de façon immédiate et intuitive. Cependant, une connaissance que nous pourrions qualifier de “globale” […] reste possible. C’est une telle connaissance que saint Thomas appelle “expérimentale” » (p 183-184).

Les saints ont une expérience expérimentale de Dieu : ils ont une « science savoureuse » de Dieu dit saint Thomas (Ia q 43 a 5 ad 2um). Vivons de Dieu et nous ferons cette expérience.

Abbé Laurent Spriet

LA MISERICORDE
JEAN RASPAIL
Les Équateurs, 2019, 174 pages, 18 €

Longtemps, nous avons suivi Jean Raspail dans les aventures qu’il proposait. Du Canada français jusqu’au Japon, de la Patagonie au Septentrion, et dans tant d’autres directions que nous en avions le plus souvent le souffle coupé. Beaucoup ont voulu ainsi emprunter « la porte de l’Ouest qui n’était pas gardée » pour se laisser porter à la découverte de l’une des plus étonnantes œuvres littéraires de notre époque. Certes, le thème de l’aventure ne suffit pas, à lui seul, à caractériser celle-ci. Mais reconnaissons qu’il occupe une place éminente et d’autant plus importante qu’il prend bien des visages.

En publiant La Miséricorde, Raspail nous le montre une fois de plus, à travers une aventure d’un type très particulier. Pas de pays lointain cette fois-ci ou de citadelle à conquérir. Pas de civilisation perdue, enfouie ou détruite, sinon celle du royaume intérieur.

À vrai dire, ce petit livre avait déjà fait l’objet d’une publication dans le recueil Raspail de la collection Bouquins, mais, peut-être sa force, sa puissance, sont-elles restées insoupçonnées devant l’éclat de l’ensemble ?

Maintenant disponible en volume à part, La Miséricorde se révèle désormais totalement à son lecteur. Inspiré de la célèbre affaire du curé d’Uruffe – un prêtre avait tué sa maîtresse et baptisé la petite fille qu’elle portait avant de la tuer à son tour –, le roman de Raspail ne reconstitue pas tant le crime qu’il s’intéresse au criminel et à ce qu’il est devenu. Le curé d’Uruffe avait affirmé lors de son procès qu’il était prêtre et qu’il réparerait comme prêtre. C’est exactement le drame intérieur qui se joue dans La Miséricorde, révélant un Raspail insoupçonné, proche de Bernanos, et redonnant à cette notion, si dévoyée aujourd’hui, tout son sens chrétien.

Bien qu’inachevé ou parce qu’inachevé – à chacun de le dire –, ce roman est l’un des plus denses parmi ceux de Jean Raspail. L’un des plus nécessaires aussi ! Qu’il doive beaucoup à notre regretté ami l’abbé Chanut n’est vraiment pas pour nous surprendre.

Philippe Maxence

AD APOSTOLORUM PRINCIPIS
L’avis de l’Église sur la question des évêques de Chine
PIE XII
Quentin Moreau Éditeur, 2019, 74 pages, 8 €

En mars 2018 La Nef a publié un article qui explique la situation des évêques chinois. Les difficultés entre l’Église clandestine et l’Église patriotique ne datent pas d’hier (cf. nos entretiens p. 11-15).

Le point de départ remonte au 13 avril 1958. Afin d’y mettre un coup d’arrêt et d’éviter une suite désastreuse, le pape Pie XII réagit par l’encyclique Ad Apostolorum Principis. C’est sans doute le texte le plus éclairant sur la question des évêques de Chine, car elle la résout dans sa source.

Pie XII a le génie de se servir de sujets fort divers – sport, mathématiques, médecine – pour donner quelque parole salutaire à valeur universelle. Ici, le pape profite d’une affaire en Chine pour nous rappeler la doctrine sur la nature de l’Église. Nous en jouissons encore car elle s’applique aujourd’hui dans des cas analogues.

Lorsque sainte Thérèse d’Avila fut sur le point de mourir, elle s’écria : « Enfin, je meurs en fille de l’Église ! » Espérons que nous avons tous le souci d’appartenir à l’Église : appartenance à la fois intérieure par la grâce sanctifiante et extérieure car l’Église est une société visible. Les sacrements, qui sont des signes visibles d’une grâce invisible, sont les principaux moyens de notre incorporation à l’Église. Nous avons donc grand intérêt à connaître les principes qui régissent, selon le mot de Pie XII, « la constitution de l’Église » précisément dans un domaine qui touche la transmission sacramentelle.

Une introduction historique précède le texte du pape. Elle donne les faits qui ont entouré la publication de Ad Apostolorum Principis en puisant aux sources les plus directes, grâce aux travaux d’historiens chinois et américains qui ont eu accès aux archives du gouvernement chinois ou qui ont connu des communautés de l’Église clandestine.

La traduction est nouvelle. Le texte français de l’encyclique est présenté en regard de l’original latin.

Koenraad Moreau

LE POPULISME OU LA MORT
OLIVIER MAULIN
Via Romana, 2019, 290 pages, 24 €

« Du pain, du vin, du Maulin », écrit François Bousquet, cet autre anticonformiste, dans sa belle préface au Populisme ou la mort, recueil de chroniques parues dans Minute entre 2012 et 2016 et signées Julien Jauffret. Cette manière de décrire l’écrivain Olivier Maulin est fort juste. Journaliste et critique littéraire pour Valeurs Actuelles, romancier, que l’on pense à En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules, 2006), La fête est finie (Denoël, 2016) ou bien Les Retrouvailles (Rocher, 2017), Maulin est dans tous les cas un observateur de ce présent qu’il travaille à rendre plus intelligible. C’est cela qui transparaît dans la centaine et plus de courtes chroniques ici rééditées, truculentes, pleines de malice et d’acuité. Ce Maulin-là est un boxeur, à la française, et un écrivain courageux qui ose, sans filtre, s’afficher ouvertement comme ayant été des journalistes de Minute, un titre de presse qui suffit à provoquer moult évanouissements au sein des précieuses ridicules d’un parti des médias gavé de homards et de bons vins. Là, il donnait chaque semaine une chronique d’actualité, exercice ô combien délicat, où il épinglait l’air du temps et, en particulier, la bien-pensance, l’antifascisme intolérant, la gauche du fric, la droite de gauche ou plus généralement le conformisme festif. On lira, avec ces textes vivifiants, le cheminement d’un écrivain qui n’hésite plus aujourd’hui à en appeler à une véritable révolution conservatrice contre l’idéologie dogmatique du progrès et ses horreurs, à l’image de la future GPA.

Matthieu Baumier

LE LIVRE NOIR DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE
ROMAIN ROCHAS
Les Éditions Sidney Laurent, 2019, 300 pages, 19,90 €

Il est peu banal qu’un livre critique sur les institutions européennes soit écrit par l’un de leur haut fonctionnaire. Celui de M. Rochas, chef de division honoraire de la Cour des comptes européenne, est à ce titre bien informé et crédible, truffé d’exemples dont l’auteur est bien placé pour avoir eu connaissance. Le mal est plus profond, ses effets plus pervers que l’on ne l’imagine, trompé par la gesticulation des États qui laissent croire qu’ils sont désormais autre chose que des coquilles vides. En fait ils n’ont plus aucun pouvoir, leur législation n’étant que la mise en œuvre obligatoire de mesures décidées par l’Union Européenne (UE). Cela ne serait pas si grave si celle-ci n’était animée par une idéologie « criminelle » : l’obsession de la concurrence, quitte à ruiner les industries nationales, laisser les terres agricoles aux capitaux étrangers, forcer à un alignement par le bas des normes sociales, démanteler les services publics… Elle se montre de plus en plus interventionniste, face à des politiques frappés de torpeur qui votent des deux mains à Bruxelles ce qu’ils font mine de contester chez eux. L’un après l’autre, ils abdiquent tous les attributs de la souveraineté. Dans les domaines économiques et monétaires, on ne peut tout citer : l’UE, en obligeant les États membres à emprunter aux banques privées, a favorisé leur formidable endettement ; la balance commerciale de la France est passée dans le rouge l’année même de son adoption de l’euro ; etc. Sa volonté de liquéfier les peuples dans un vaste ensemble économique mondialisé la conduit à considérer l’immigration extra-européenne comme un bon moyen de combler une dénatalité qui n’est pas son problème. On terminera en mentionnant, last but not least, l’alignement systématique des dirigeants de l’Union sur les États-Unis, récompensé par maintes fins de carrière chez Goldman Sachs.

Jean-François Chemain

LE TRANSHUMANISME, ABOUTISSEMENT DE LA RÉVOLUTION ANTHROPOLOGIQUE
JOËL HAUTEBERT
Éditions de L’Homme Nouveau, 2019, 162 pages, 14 €

Professeur d’histoire du droit et des institutions à Angers et d’histoire de la pensée politique à l’Institut Albert le Grand de l’Ircom, éditorialiste à L’Homme Nouveau, Joël Hautebert publie un ouvrage précieux en ces temps de « progressisme », pensons par exemple à l’autorisation au Japon d’hybrides animaux/humains en vue de produire des organes. Aux yeux de l’auteur, ce qui se passe demeure une révolution politique mais c’est surtout un fait nouveau dans l’histoire de l’être humain, à même de transformer entièrement l’essence de ce dernier : nous sommes entraînés dans le flot pour le moins tumultueux, nihiliste par bien des aspects, d’une révolution anthropologique. Le pire ? Il n’y a pas de complot. Juste un certain type d’hommes qui ont décidé de transformer l’entièreté de ce qu’est un homme et d’imposer leur conception du monde et de la vie à l’ensemble de leurs congénères. Nous sommes face à la mise en actes d’une vieille utopie, maintenant servie par la technoscience, celle de la création d’un nouvel homme par les hommes, ces derniers jetant au rebut l’être naturel. Issu d’un séminaire de recherche en philosophie politique à l’Institut Albert le Grand, cet ouvrage est à lire car ses développements clairs et précis permettent de bien saisir les enjeux de ce moment crucial.

Matthieu Baumier

TACTIQUES DU DIABLE ET DÉLIVRANCES
Dieu fait-il concourir les démons au salut des hommes ?
PÈRE JEAN-BAPTISTE GOLFIER
Préface du père Philippe-Marie Margelidon, op, Artège-Lethielleux, collection « Sed contra », 2018, 1054 pages, 36 €

Quel est le pouvoir du démon sur nous ? Pourquoi le Seigneur lui permet-il de faire du mal ? Est-il libre de tout faire ? Comment combattre le démon ? Quelle est la différence entre la tentation et l’infestation, entre la possession et la vexation ? Savez-vous répondre à ces questions ? Cette thèse en doctorat de théologie du Père Jean-Baptiste Golfier (chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse) y répond en puisant dans tous les textes disséminés dans les œuvres de saint Thomas d’Aquin, mais aussi en ayant recours à la Parole de Dieu et au Magistère, à la sagesse des Pères de l’Église, à la pratique des exorcistes, à l’expérience des saints, etc. Certains objecteront sans doute que ce livre est un « pavé », cependant il faut s’empresser d’ajouter qu’il s’agit presque d’une « encyclopédie » facilement consultable car sa table des matières est détaillée en 700 titres et trois index permettent de trouver rapidement les pages qui vont répondre à notre question du moment. Il ne s’agit donc pas seulement d’un manuel que les prêtres exorcistes ou priants pour la délivrance doivent posséder et lire : cet ouvrage peut être utile à tout chrétien soucieux de vie spirituelle, de recherche de sainteté et désireux de faire, pour une part, œuvre de théologie en croyant pour comprendre et en comprenant pour croire. Ainsi chacun non seulement n’oubliera pas l’existence et l’action du démon et saura s’en prémunir mais encore en comprendra l’utilité puisque Dieu « fait tout concourir au bien de ceux qui L’aiment » (Rm 8, 28). Même le mystère du mal et l’activité du Malin. Deo gratias.

Abbé Laurent Spriet

QUELLES ALTERNATIVES À L’AVORTEMENT ?
BLANDINE CLERVAL
Peuple libre, collection l’Évangile de la Vie, 2019, 134 pages, 13,50 €

Que cherche bien souvent une femme enceinte et déboussolée parce qu’elle a été abandonnée par le père de son enfant ou parce qu’elle ne voit pas comment assumer sa maternité ? Des alternatives à l’avortement : qui va les lui proposer ? Ce livre et tous ceux qui l’auront lu ou qui pourront le prêter ou le mettre à la disposition de cette femme en détresse. Car des alternatives il y en a et de nombreuses. Mais encore faut-il les connaître. Ce sont elles qui feront diminuer notamment le nombre des avortements (sans oublier, comme l’explique très bien l’auteur, une véritable éducation affective et sexuelle des jeunes). Pour que les femmes puissent choisir librement, il faut leur laisser un autre « choix » que celui de « l’IVG ». Donc un bon petit livre à lire et à faire connaître.

Abbé Laurent Spriet

ET ILS MIRENT DIEU A LA RETRAITE
Une brève histoire de l’histoire
DIDIER LE FUR
Éditions Passés composés, 2019, 234 pages, 19 €

En faisant la genèse de l’histoire, Didier Le Fur raconte l’émergence de la philosophie du progrès. Celle-ci serait nécessaire pour comprendre pourquoi certains auteurs majeurs de l’époque moderne décidèrent soudainement de se servir du matériau historique. Pour lui, l’histoire est une invention de la modernité, l’enseigner était au Moyen Âge une absurdité, sauf pour servir à l’éducation des princes. Elle est ainsi liée au progrès et « avait aussi un but : suivre l’évolution de l’homme de son état de nature à celui d’être civilisé toujours perfectible » (p. 86).

D’autres historiens se sont attelés à la tâche de l’historiographie. Beaucoup ont réalisé ce travail avec succès : ils ont montré que l’histoire sert à la justification du temps présent, prouvé que les écoles historiques du XIXe siècle avaient tenté d’ériger la matière en science exacte. Enfin, ils ont eux aussi souligné son implication dans d’autres théories scientifiques telle que l’évolution. Mais ils n’ont pas fait ce rapprochement si étroit entre elle et la philosophie du progrès. Cependant, Didier Le Fur consacre une large partie du livre à l’ascension de l’histoire à l’époque moderne, faisant un peu l’impasse sur ce qu’il en est advenu à l’époque contemporaine.

Pierre Mayrant

BIOÉTHIQUE
Quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et demain ?
Mgr PIERRE D’ORNELLAS
Balland, 2019, 128 pages, 10 €

Ordonné prêtre en 1984, docteur en théologie, archevêque de Rennes, membre du Comité Études et Projets de la Conférence des Évêques de France, Mgr d’Ornellas propose ici une réflexion sur les enjeux qui découlent de la confrontation exponentielle entre la technoscience et la responsabilité morale et éthique de l’homme. Derrière de tels enjeux, inédits, incomparables aux enjeux du passé puisque posant la question de l’humain en tant que tel, la bioéthique a en premier lieu le devoir de s’interroger sur la vie éthique de l’espèce humaine et donc sur la société. Nous sommes cette partie de la vie qui porte en elle une différence majeure, la capacité à penser ce que nous sommes et quelles limites nous devons nous imposer pour survivre, une différence justement combattue et refusée en tant qu’essence par tous les types de matérialismes, à commencer par celui que l’auteur nomme à juste titre « la gnose de l’algorithme ».

Il y a un choix, résumé par cette question, posée par le Comité Consultatif National d’Éthique organisateur en France des états généraux de la bioéthique de janvier à avril 2018 : quel monde voulons-nous pour demain ? Outre le peu d’écoute accordée par le gouvernement actuel aux réponses apportées par les participants, cette question devrait, à mon avis, en entraîner une autre : sommes-nous encore capables de nous poser une telle question ? Reste que les réflexions de Mgr d’Ornellas, excellent connaisseur de ces sujets, nourrissent la pensée.

Matthieu Baumier

LA DÉMOCRATIE DANS L’ADVERSITÉ
Enquête internationale
CHANTAL DELSOL ET GIULIO DE LIGIO (dir.)
Cerf, 2019, 1040 pages, 30 €

Il s’agit là d’une enquête exceptionnelle par son ampleur : cent intellectuels venant de multiples pays nous livrent leur analyse de l’état présent de la démocratie dans le monde ! Il n’est plus le temps où la démocratie faisait rêver en apparaissant comme le régime politique ultime, indépassable. Aujourd’hui, la démocratie est en crise, les pays occidentaux connaissent tous plus une moins une remise en cause du système parlementaire représentatif accusé d’avoir été confisqué par une élite hors sol qui travaille à ses seuls intérêts. C’était déjà l’une des principales critiques dans les années trente, souligne Chantal Delsol dans une introduction substantielle (l’autre reproche étant la corruption des politiques). Et pour elle, la situation est aujourd’hui plus grave que dans l’entre-deux-guerres. Il est vrai que les Occidentaux ont voulu « implanter artificiellement la démocratie dans n’importe quel pays – comme si elle était un simple outil, mécanique, que tout le monde pourrait utiliser également », alors que « la démocratie est une culture ».

À partir de là se posent nombre de questions abordées par les uns et les autres : populisme, souveraineté, limites, libéralisme, conservatisme… Les analyses proposées dans cette somme sont donc bienvenues. Il est néanmoins impossible de donner ici un résumé ou même un axe de l’ouvrage, tant les interventions sont nombreuses et différentes. Elles sont d’ailleurs de qualité et d’intérêt très variable, ce qui est inévitable avec un tel panel. Au moins le lecteur peut-il sélectionner les auteurs et les thèmes qui l’attirent le plus, il y a de quoi faire !

Christophe Geffroy

BERNADETTE SOUBIROUS
FRANÇOIS VAYNE
Presses de la Renaissance, 2019, 172 pages, 12 €
LOURDES, TERRE DE GUERISONS
PATRICK THEILLIER
Artège poche, 2019, 432 pages, 9,50 €

Il semblerait que tout soit dit tant sur Lourdes que sur sainte Bernadette et pourtant, c’est toujours avec bonheur que l’on se replonge dans ce florilège de la tendresse de la Sainte Vierge.

La courte et vivante biographie de Bernadette que nous propose François Vayne nous rappelle opportunément que, toute sa vie, Bernadette s’est sanctifiée, mettant en œuvre les conseils de son directeur : aimez l’humilité, aimez la simplicité, aimez la souffrance, et pour finir, avec l’humilité, aimez l’obéissance, vaste programme auquel elle s’est appliquée sa courte vie durant. À lire ce récit, on se demande si Notre Dame n’a pas anticipé la sainteté de Bernadette un peu comme Dieu avait devancé la sienne pour lui donner le privilège de son Immaculée Conception. Ce ne sont pas les apparitions qui ont, ipso facto, sanctifié la voyante mais bien sa disponibilité et son aimante obéissance qui lui ont valu de telles grâces. Un bon petit livre adapté à tous les âges et susceptible de nous aider à préparer une visite à Lourdes ou à Nevers.

Patrick Theillier, responsable du bureau des constatations médicales durant douze ans, explique comment fonctionne ce bureau, ce qui nous permet d’apprécier la qualité du travail des médecins ; en regard de la définition du miracle donnée par l’Église, il leur appartient d’émettre un avis autorisé sur la guérison constatée, quoique sa reconnaissance revienne à l’autorité ecclésiale. Tout cela est connu mais il est bon de le rappeler pour nous faire admirer, une fois de plus, la prudence et la sagesse de notre sainte mère l’Église. Le second aspect de ce livre consiste, au fil des chapitres, à examiner les buts poursuivis par le Seigneur par ses actions miraculeuses en les appuyant sur des récits de guérison. Il est d’ailleurs symptomatique que jamais la Sainte Vierge n’a parlé de guérison à Bernadette.

Marie-Dominique Germain

ATTENDRE ET ESPÉRER
Itinéraire d’un couple sans enfant
OLIVIER MATHONAT
Éditions Emmanuel, 2019, 176 pages, 16 €

Aujourd’hui, en France, 10 % des couples ont un problème d’infertilité temporaire ou définitive… Qui ne connaît pas, parmi ses amis ou dans sa propre famille, un ou plusieurs couples « en attente » ou « en espérance d’enfants » ? Que leur dire ? Comment ne pas les blesser ? Comment ceux-ci peuvent-ils faire connaître aux autres leur souffrance ? Faut-il subir sa vie ou choisir la vie telle qu’elle se présente à nous ? Un couple marié et infertile (ou stérile) peut-il être heureux ? Comment ? Est-il condamné à attendre ? Faut-il recourir à une PMA ? Pourquoi la refuser ? Peut-on résister à la pression ambiante en sa faveur ? Et la NaProTechnologie ? Et l’adoption ? Quelle fécondité un couple infertile peut-il avoir ? Existe-t-il des week-ends pour s’entraider entre couples infertiles ?

Si vous voulez répondre à ces questions et réfléchir sur ces sujets : lisez le très beau témoignage d’Olivier et de Joséphine. Ils ont décidé d’être et de vivre heureux malgré, avec et dans leur souffrance. Tout en continuant à attendre et à espérer. Alors que l’homme contemporain cherche de plus en plus à se prendre pour Dieu en fabriquant la vie, parce qu’avoir un enfant serait un droit, cet ouvrage permet de nous replacer dans le mystère de la Providence, de l’appel à la sainteté dans le mariage, et fondamentalement dans notre condition de créatures aimées de Dieu et appelées au bonheur dès ici-bas.

Merci à Olivier et Joséphine de nous faire la charité de leur livre.

Abbé Laurent Spriet

LA LANCE
LOUIS DE WOHL
Salvator, 2019, 376 pages, 20€

L’histoire romancée de Longin, l’officier romain qui, de sa lance, perça le côté du Christ, est parue pour la première fois en France en 1956. Passionnant, émouvant, érudit sans la moindre trace de cuistrerie, ce roman n’a pas pris une ride.

Longin, jeune officier romain promis à un brillant avenir, se voit réduit en esclavage : nous pénétrons dans les arcanes, combinaisons politiques et basses intrigues de la Rome antique et surtout, à sa suite, dans ce que pouvait être le quotidien d’un esclave poursuivi par la haine de son maître ; enfin libre, notre Longin se retrouve à Jérusalem dans les troupes d’occupation. Très curieusement, dès ce moment, même si l’on ne rencontre pratiquement pas Jésus, il est omniprésent, dans ce nid de vipères qu’était la Jérusalem de ce temps, son influence pour le bien ou pour le mal s’étend dans toute la société, garnison romaine comprise, mais Longin ne le rencontre jamais. Le procès de Jésus est raconté avec grande sobriété et fidélité à l’Évangile et c’est tout à la fin que, sans état d’âme, Longin interviendra « et, d’un coup de lance, il lui perça le côté ». La conversion sera pour plus tard, avec la Résurrection. Un beau et passionnant roman, respectueux de l’Évangile et de son message, sans la moindre extrapolation pour les besoins de l’histoire.

Marie-Dominique Germain

L’ANNÉE PIERRE DEBRAY
La Nouvelle Revue Universelle
N°55 1er trimestre 2019 et n°56 2e trimestre 2019, 18 € le numéro

Quelqu’un, voici une trentaine d’années, s’arrêtant sur un « homme de cœur généreux et de gueule tonitruante, né de petites gens d’une famille de Vendéens bleus et anticléricaux » qui, dans sa jeunesse, s’était « converti en coup de foudre », tenait à saluer en lui un être et une plume de tout premier ordre, sur lequel le monde ecclésiastique et catholique officiel (mais pas seulement) avait tiré « le voile obscur et pesant de l’étouffement ». Ce quelqu’un s’appelait Jean-Marie Paupert, et l’homme en question, « accueillant et exigeant, naïf et obstiné, engagé de toutes ses forces, dans la pauvreté », portait le nom de Pierre Debray (1922-1999). Créateur, en 1965, d’un étincelant Courrier hebdomadaire, animateur, entre 1969 et 1975, du Rassemblement des Silencieux de l’Église, porte-parole du désarroi des simples fidèles, Pierre Debray, si constamment présent malgré les barrages, fut d’abord un combattant. Or, depuis sa mort, un injuste oubli a occulté son souvenir, effacé sa mémoire. Jusqu’à ce que la Nouvelle Revue universelle annonce une « année Pierre Debray ». Inaugurée avec le numéro 55, poursuivie avec l’actuel numéro 56, du plus haut intérêt, ladite « année », sachons-le, n’est pas close. Et le numéro 57 aura encore de quoi émouvoir et captiver l’esprit.

Michel Toda

© LA NEF n°317 Septembre 2019

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