Le cardinal Reinhard Marx © Wolfgang Roucka-Commons.wikimedia.org

Les Marx Brothers

Il y a toutes sortes de Marx : Karl, Groucho (et ses frères) et Reinhard… Des tragiques, des comiques et… des pitoyables. Pour le premier, quoi qu’en pense le « premier ministre-empereur » de Chine, qui vient d’offrir une statue de Karl à sa ville natale, on croyait que la ligne de flottaison avait été largement dépassée et que le naufrage complet n’était pas loin. Cent millions de morts devraient suffire pour procéder à la liquidation définitive de l’héritage. À l’inverse, la drôlerie de l’humour juif déjanté des saltimbanques américains ne perd rien au passage des années, et personne n’est mort par leur faute, sauf peut-être de rire. Par contre, et pas seulement pour des raisons d’homonymie, le dernier des Marx en service ne nous fait pas rire et ses déclarations laissent songeur, c’est le moins que l’on puisse dire.
Dans une déclaration à un éminent journal d’outre-Rhin, l’éminent cardinal archevêque de Munich, docteur en théologie et président de la Conférence des évêques catholiques d’Allemagne (excusez du peu !), et ancien évêques de Trèves (cité natale du philosophe) aurait confié, je cite : « Les analyses de Karl Marx ont contribué à la naissance de la doctrine sociale de l’Église », avant d’ajouter qu’il n’y avait pas de « lien direct » entre « la pensée de Karl et le marxisme-léninisme politique ultérieur ». Ben voyons ! Un de mes vénérés professeurs de séminaire prophétisait que le dernier marxiste serait un curé breton. Peut-être le Saint-Esprit n’avait-il pas suffisamment soufflé ce jour-là, car il semble qu’un prélat allemand soit en mesure de lui disputer la couronne. On a connu des cardinaux-archevêques de Munich plus inspirés quant à l’analyse de la pensée du philosophe allemand et de ses conséquences, surtout lorsqu’ils avaient vécu dans leur propre chair la réalité du « socialisme réel », du côté de Karl-Marx-Stadt. Déjà, avant la chute du Mur et la réunification, le défunt cardinal Meisner mettait en garde contre les illusions du matérialisme capitaliste, mais ce n’était pas pour nous faire croire que le marxisme était une sorte de pensée socio-démocrate innocente des dérives qu’il a engendrées et qui nous aiderait à corriger les erreurs du capitalisme de marché. Vous vous interrogez comme moi sur de tels propos, venus de si haut ? Remarquez, il n’est pas le seul. Il paraît également qu’un éminent prélat vaticanais aurait affirmé que le pays où la doctrine sociale de l’Église était la mieux mise en œuvre était… la Chine ! La boucle est bouclée. Marxistes de tous pays, unissez-vous !
Que dire face à de tels propos ? Se lamenter sur l’inconsistance de déclarations que l’intéressé lui-même, il y a quelques années, contredisait ? C’est à en perdre le peu de latin qui nous reste. À moins que l’occasion soit donnée de retourner à la doctrine sociale de l’Église, la vraie, l’authentique, celle qui s’enracine dans les Pères et la Tradition authentique, celle qui s’est mise en place prudemment et solidement, sous la gouverne des pontifes, en particulier au XIXe siècle, et cela indépendamment des penseurs matérialistes, athées et antichrétiens, par amour vrai de l’humanité sauvée par le Christ Jésus. Alors : ô felix culpa !

Abbé Hervé Benoît

© LA NEF n°304 Juin 2018

À propos Abbé Hervé Benoît

Abbé Hervé Benoît
Prêtre du diocèse de Bourges et canoniste, il est l’auteur notamment du Chouan du Tanganyika (Presses de la Délivrance, 2015) et du Bouquet de Chartres. Et autres chroniques (2004-2008) (La Nef, 2008). Il est chroniqueur spirituel de La Nef.