Le Coronavirus secoue les dogmes éducatifs

En France, surtout à l’heure du danger islamiste que tous redoutent mais que trop peu osent nommer, l’école à la maison a mauvaise presse. Quelle curieuse idée que de vouloir faire l’école chez soi et faire ainsi « bande à part », pour enseigner autrement que dans les classes à 35 au sein d’établissements anonymes de l’Éducation nationale…  Est clairement suspecté d’anti-républicanisme celui qui se livre à une telle lubie. On comprend à la rigueur ceux qui pratiquent le homeschooling pour un enfant de famille non sédentaire ou un enfant malade, handicapé, atteint d’un trouble de l’apprentissage important comme les dys, ne parlant par le Français ou pratiquant un sport ou un art de haut niveau. Mais pour un enfant « normal », cela passe mal ou ne passe carrément pas, même si en France, contrairement à l’Allemagne, on n’interdit pas le principe même de l’école à la maison.

La crise du Coronavirus rebat les cartes. Nous voilà tous transformés en praticiens de fait de l’école à la maison, à notre corps défendant. Qui sait ? Peut-être nombre d’entre nous attraperont-ils le virus de l’école à la maison, après des débuts difficiles où l’on a exhumé de notre bibliothèque un vieux Bled poussiéreux et des Lagarde et Michard en voie de décomposition… En tout cas, nous aurons tous eu collectivement cette expérience de faire école à nos enfants.

La relation parent-professeur en sera forcément changée. Jusqu’à la crise du coronavirus, on parlait beaucoup de coéducation ou de partage des responsabilités. En réalité toutefois, les parents se sentaient toujours en position d’infériorité, tandis que les enseignants, eux, se considéraient bien souvent agressés par les parents. Fort de l’expérience collective de l’école à la maison, le rapport entre parents et professeurs a une chance historique de se rééquilibrer. Les parents connaîtront mieux le fonctionnement cognitif de leur enfant. Les professeurs auront appris non seulement à faire confiance aux parents, mais aussi à s’appuyer sur eux. Les parents comprendront mieux le mérite des professeurs en s’essayant eux-mêmes à l’enseignement.

Pour tous les parents rétifs au numérique (et on comprend qu’ils le soient lorsqu’on considère l’addiction numérique, le développement terrible de la cyber-criminalité et de la pédopornographie, l’effet délétère des réseaux sociaux sur la construction de la personnalité durant l’adolescence…), l’expérience du confinement aura nécessairement modifié notre relation au numérique. Sans surveillance, internet est le lieu de toutes les pertes de temps, de toutes les errances. Bien utilisé, il peut être un atout pour développer les connaissances, le travail autonome et la culture des enfants. Apprendre une langue grâce à des logiciels sur internet ou en regardant des films en VO avec sous-titre dans la même langue est cent fois plus efficace qu’un cours traditionnel collectif en présentiel.

La France est très en retard par rapport à la Finlande, au Japon et à bien d’autres pays pour l’usage intelligent du numérique. Les Français passent presque autant de temps sur les ordinateurs et les smartphones que certains de leurs voisins européens, mais pour un mauvais usage bien moins productif. La pratique du numérique en ces temps de confinement peut nous conduire à développer l’autonomie dans le travail chez les enfants, ainsi que le recours maîtrisé aux outils des nouvelles technologies.

De quoi faire contre mauvaise fortune bon cœur, et utiliser ces temps de paralysie pour imaginer l’éducation de demain ? 

Anne Coffinier
Présidente de l’association Créer son école

L’association Créer son école et son portail d’information et d’action EducFrance.org ont lancé une pétition pour demander au Ministre de l’Éducation nationale, J.M. Blanquer, d’accorder aux enfants des écoles hors contrat le même traitement numérique et financier que les autres. Pour signer et encourager le Ministre à traiter tous les enfants de France sur un pied d’égalité en cette période de crise :   https://educfrance.org/petition-lettre-ouverte-merci-monsieur-le-ministre-pour-la-continuite-pedagogique-pour-les-enfants-du-hors-contrat/ Merci !

www.educfrance.org 
www.creer-son-ecole.com

tel : 06 34 38 90 30
@ACoffinier

© LA NEF le 20 mars 2020, exclusivité internet

À propos Anne Coffinier

Anne Coffinier
Anne Coffinier est présidente de l'association Créer son école qui a initié l'association Educ'France