Rod Dreher © Laszlo Kovacs

Les chrétiens et la Cité

Plusieurs livres récents évoquent l’engagement des chrétiens dans la cité avec pour toile de fond un monde occidental qui n’est plus chrétien, preuve qu’il s’agit là d’une question majeure. Petit tour d’horizon de ces différents ouvrages.

J’ai, sur mon bureau, une dizaine de livres récemment reçus qui s’interrogent, d’une façon ou d’une autre, sur ce qu’est être chrétien aujourd’hui dans un monde qui ne l’est plus, et comment, en conséquence, aborder le fait indubitable que les chrétiens sont devenus une minorité dans nos pays qui formaient jadis la chrétienté. Rod Dreher, qui a publié son essai stimulant, Le pari bénédictin (1), en septembre dernier, semble avoir fait rapidement des émules ! Une telle foison d’ouvrages montre en tout cas assurément que la question se pose et interpelle, comme on dit, les catholiques français.

À vrai dire, avant Dreher, Jean-Luc Marion avait publié en mai un essai original au titre provocateur, Brève apologie pour un moment catholique (2), et au ton résolument optimiste. Le propos de Marion est d’expliquer qu’il n’existe pas de « période bénie de référence » où il aurait été facile d’être chrétien et, afin de relativiser notre situation, qu’« il y a eu bien pire dans le passé, quand tout clergé digne de ce nom avait disparu de régions entières » (p. 17). Il se demande si notre pessimisme ne s’enracine pas dans une nostalgie d’un passé quelque peu idéalisé, avec l’idée, derrière la tête, de la nécessité « pour l’Église, de redevenir en France majoritaire, sinon hégémonique » – et pour y parvenir, certains, avant guerre, estimaient que « la rechristianisation de la France devait passer par une alliance avec les forces politiques dominantes » (p. 22 et 23), ce qui fut un échec complet.

Aujourd’hui, selon Marion, il faut sortir du dilemme : « soit les catholiques s’adaptent pour survivre, et ils disparaîtront, dilués dans le modèle commun et unique ; soit ils persistent dans leur marginalité, et ils disparaîtront aussi, minoritaires et insignifiants » (p. 24). Il ne reste pour notre auteur qu’une possibilité qu’il exprime de façon bien abstraite, « celle que seuls les catholiques puissent occuper, comme une responsabilité particulière et inaliénable, l’universalité » (p. 25). C’est ce qu’il nomme le « moment catholique » qui n’est pas celui de la conversion d’une majorité, le Christ n’ayant jamais assuré l’Église « de devenir majoritaire ou dominante dans le monde : il lui a seulement demandé de passer par la même croix, où il a conquis la Résurrection » (p. 27). Ce « moment catholique » est, pour Marion, d’autant plus d’actualité que les chrétiens sont « les seuls alliés fiables » de la République pour défendre la laïcité en tant que séparation des pouvoirs (la laïcité ne s’est imposée que dans les pays christianisés), entre une vision laïciste et l’irruption de l’islam. C’est surtout ce dernier qui pose problème reconnaît Marion, et la réponse qu’il suggère est vraiment très courte : appliquer la loi de 1905 à l’islam et demander aux chrétiens de « monter en première ligne de la prise de parole » (p. 46) dans la nécessaire disputatio avec les musulmans pour leur faire admettre la séparation, l’État ne pouvant qu’aider à rendre cette disputatio possible, mais sans y intervenir.

LA QUESTION DE L’IDENTITÉ

Poursuivons nos lectures avec le livre de Julien Langella, Catholiques et identitaires (3). Co-fondateur de Génération Identitaire, l’auteur s’est, depuis, converti au catholicisme et le proclame fièrement dans cet ouvrage, appel à une « résistance totale », qui cherche à montrer ce qui rapproche le message chrétien du combat identitaire. « Être identitaire, explique l’auteur, c’est refuser la standardisation commerciale des modes de vie à l’échelle planétaire, l’immigration de peuplement extra-européenne et l’islamisation progressive de nos rues. Être identitaire, c’est vouloir rester soi-même » (p. 24). Un tel livre met mal à l’aise. S’il y a des choses justes (critique du libéralisme mercantile et du libéralisme sociétal, problème de l’islam et de l’immigration…), l’axe même d’une réflexion qui se veut chrétienne et qui ramène tout à la question de l’identité – qui n’est pas une notion figée, mais au contraire évolutive, c’est le propre de l’histoire – est particulièrement critiquable et mène sur un terrain miné, puisque cette question est absente des Évangiles. Au reste, notre auteur a une tendance à confondre nation et identité dans l’approche biblique, deux notions pourtant distinctes, non interchangeables.

Bien sûr, l’Église défend l’existence des nations, leur culture (l’auteur n’a pas de mal à citer les papes pour le montrer), et donc le droit de les protéger, mais en sachant qu’elles demeurent choses contingentes. De même, la doctrine sociale de l’Église reconnaît aux États, en tant que garants du bien commun, la faculté de limiter l’immigration (François lui-même l’a rappelé), mais elle a toujours manifesté une compassion envers les plus faibles – elle, bien présente dans l’Évangile – et un souci de la dignité de la personne que l’on ne trouve pas dans l’approche « froide » de l’auteur où les immigrés apparaissent comme des ennemis (cf. p. 146, par ex.). Pour mieux étayer son propos, Langella retient des enseignements de l’Église surtout ce qui va dans son sens et pratique une approche très approximative de l’autorité du Magistère réduite à l’alternative faillible/infaillible, lui permettant de conclure que ce qui ne lui plaît pas n’oblige pas, puisque jugé non infaillible.

Dans cet essai, Julien Langella fait toutefois preuve d’une foi sincère qui ouvre une porte au dialogue. Est-ce en le vouant aux gémonies qu’on l’aidera à faire évoluer ses positions ?

LE PARI CHRÉTIEN

François Huguenin s’est fait connaître par des livres passionnants sur l’Action Française et le conservatisme. À la manière de Rod Dreher (avec un titre très proche), il réfléchit maintenant (4) à la façon d’être chrétien dans une société qui ne l’est plus. Il y a des analyses intéressantes bien que peu originales, avec d’utiles rappels sur les fondamentaux (l’homme appréhendé comme animal politique et spirituel), sur le fait que le christianisme ne se réduit pas à un problème de défense d’identité, de valeur ou de morale, mais qu’il s’agit avant tout d’une rencontre d’Amour avec une Personne, Jésus-Christ, dont tout découle, mais on perçoit vite que l’auteur est avant tout gêné par l’affirmation d’un militantisme catholique assumé sans complexe dont la Manif pour tous est le symbole.

Après avoir soutenu que « l’Évangile est politique » (p. 81) – ce qui est très discutable, sauf à l’entendre comme pouvant avoir des répercussions en politique –, Huguenin consacre ses efforts à montrer que le rôle des chrétiens n’est pas de chercher à établir une société chrétienne : « Il est illusoire de croire qu’en établissant une société chrétienne on pourrait consolider le salut apporté par le Christ » (p. 103). « Les chrétiens ont à mener un dialogue avec le monde sans vouloir imposer leurs normes » (p. 147), comme si les chrétiens étaient en mesure d’imposer quoi que ce soit ! Il affirme encore que le christianisme a pour « destinée la plus ordinaire » de « vivre dans un monde ne partageant pas ses options fondamentales ». Et, ajoute-t-il, « en se croyant protégé par le pouvoir politique, le chrétien a cru pouvoir entrer dans le jeu classique de la course à la domination » (p. 157). Certes, la « chrétienté » telle qu’elle a existé appartient définitivement au passé et aucun « retour en arrière » n’est possible ni souhaitable. Même ceux qui rêvent de la chrétienté doivent bien se douter qu’elle ne se décrète pas, qu’elle ne dépend pas d’une simple volonté politique, mais se construit dans le temps par l’évangélisation des populations.

Huguenin a raison d’insister sur le fait incontournable que les chrétiens ont à vivre chrétiennement dans ce monde-là où Dieu les a placés, monde sécularisé où certaines lois heurtent leurs convictions profondes et où ils ne sont plus qu’une minorité sans grand pouvoir d’influence. Et, assurément, vu leur petit nombre, sauf mouvement d’évangélisation aux succès foudroyants fort improbables à vue humaine, on ne les voit pas devenir à nouveau majoritaires dans un avenir proche.

Cela étant dit et admis, comment Huguenin sait-il d’une façon aussi péremptoire qu’une « société chrétienne » n’aiderait pas les chrétiens à mieux vivre leur foi et que la destinée ordinaire de l’Église est de vivre dans un monde étranger à « ses options fondamentales » ? Quand on est partisan de l’évangélisation – et tout chrétien l’est puisque c’est au cœur de sa foi –, on ne peut être opposé par principe à une « société chrétienne » : si, en effet, l’évangélisation conduisait une majorité de la population à devenir chrétienne, par la force des choses, la société le deviendrait aussi plus ou moins, non à la manière du maurrassisme où tout est imposé du haut, mais par la base.

Quant au fait que le pouvoir corrompt et que les chrétiens y ont cédé au temps de la « chrétienté », c’est une évidence liée à la nature humaine pécheresse, mais cela ne condamne pas le principe en tant que tel, même si pareil risque existe. Principe, au demeurant, que je ne défends pas particulièrement ; il me semble seulement que c’est un débat ouvert sur lequel il n’y a pas à dogmatiser – je rappelle au passage que Vatican II ne condamne pas le principe d’un État chrétien, il lui impose juste le respect du droit à la liberté religieuse (cf. Dignitatis humanae, n. 6).

Une remarque, enfin, à propos de l’exigence de ne pas vouloir imposer ses normes. Si on l’entend par la force ou la pression, cela va sans dire, mais si c’est par la persuasion, grâce à la puissance et la cohérence de l’argumentation, où est le mal ? N’est-ce pas aussi l’un des buts de tout dialogue ? Pourquoi prétendre l’éliminer d’emblée ?

Ce qui est agaçant avec ce type d’approche, c’est, au prétexte qu’il faut accepter la situation qui est la nôtre – que faire d’autre ? –, d’en arriver à la trouver bonne en elle-même, voire la meilleure possible ! Au point que ce sont finalement ceux qui s’opposent avec le plus d’énergie aux transgressions anthropologiques en cours qui diviseraient l’Église. Et Huguenin va jusqu’à approuver « certains analystes » selon lesquels « La Manif pour tous avait créé un clivage au sein du catholicisme » (p. 148), pour aussitôt distinguer celle-ci de la « logique » des Veilleurs, comme s’ils n’étaient pas l’un des fruits de la Manif pour tous !

VERS LA SECTE ?

Le livre de Patrice de Plunkett (5) défend des positions assez proches de celui d’Huguenin, mais il s’agit ici plutôt d’un pamphlet en ce sens qu’il ne cherche pas à prouver ce qu’il assène. Les « cathos de droite » sont sa principale cible, il leur reproche fondamentalement « la réapparition d’une “religiosité de classe” » (p. 54) et d’être plus attachés à leur portefeuille qu’au Christ. Pour ce faire, il affirme péremptoirement, mais ne démontre rien : aucune accusation n’est référencée, quasiment aucun auteur n’est cité pour corroborer ses dires, alors que son obsession de la « droite », où semble se concentrer tout le mal, ressort à chaque page, ces « cathos de droite », « la droite ultralibérale mais ultrareligieuse » étant tour à tour taxés de « réacs », d’« ultras », bref un ton serein absolument pas polémique !

C’est bien dommage, car tout n’est pas faux dans les propos de Plunkett, comme ses remises en cause du règne de l’argent et du libéralisme, son souci d’une plus grande prise en compte du social et de la solidarité chez les cathos de droite, mais le discours gagnerait en crédibilité s’il était moins outré et si, en tant que chrétien, il montrait un peu plus d’empathie et d’indulgence envers des frères dans la foi. Il passe, au demeurant, à côté d’un grave problème qui devrait pourtant le toucher : ce que l’on peut appeler la gentrification du catholicisme français, à savoir le fait que ses forces vives sont aujourd’hui essentiellement concentrées dans la bourgeoisie, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Nous comptons bien y revenir, car cela mériterait une analyse fouillée, mais il est clair que ce n’est pas en stigmatisant les catholiques issus de la bourgeoisie – accoutumés pour beaucoup à des engagements admirables et dont nombre de jeunes sont à l’origine de belles initiatives d’évangélisation ou de solidarité – qui représentent maintenant le gros des bataillons de l’Église de France que l’on va résoudre ce problème.

Le livre de Jérôme Fourquet (6), directeur à l’IFOP, n’a pas dû faire plaisir à notre ami Plunkett, puisqu’il s’agit d’une analyse du glissement à droite des catholiques en France, de l’essor, depuis la Manif pour tous, d’un « catholicisme d’affirmation », analyse qui s’appuie sur une kyrielle de sondages (c’est le métier de l’auteur), mais aussi sur une multitude de faits (il s’arrête longuement sur la candidature Fillon et l’élection présidentielle). Il montre que sur les questions sociétales comme le « mariage pour tous », une fois la loi adoptée, l’opinion évolue vite, y compris chez les catholiques, puisque l’on est passé de 31 % d’opinions favorables en janvier 2013 (début des Manifs pour tous) à 48 % en septembre 2017. « Dans ce contexte, conclut l’auteur, la frange des catholiques opposés à cette mesure pourrait se sentir davantage mise en minorité et marginalisée avec comme conséquence un nouveau raidissement idéologique » (p. 159). Le « raidissement » vient-il de ces catholiques où des lois de plus en plus folles qui violent l’ordre naturel ?

VÉRITÉ ET POLITIQUE

Il est encore d’autres ouvrages sur ces thèmes, mais nous ne pouvons que les signaler, faute de place. D’abord le travail de l’Académie d’éducation et d’études sociales (AES), L’engagement dans la cité (7), qui invite à retrouver le sens d’un engagement collectif, que ce soit en politique, pour la formation, la culture, l’économie, l’éducation, etc. Tous les intervenants sont de qualité. Il y a ensuite l’ouvrage de Geneviève Comeau (8), religieuse xavière, qui s’interroge sur la façon de « vivre sa foi dans une société sécularisée » dans une optique plutôt spirituelle. Elle insiste sur le fait que « la vie du chrétien “doit être franchement orientée vers les non-chrétiens” » (p. 71). Cette démarche rejoint par certains aspects l’excellent livre – en soi beaucoup plus ample et d’une autre envergure – de Denis Moreau présenté le mois dernier (9).

Dans le contexte général du débat ici esquissé, il faut encore évoquer un livre qui a toute sa place : Vérité et politique de Guillaume de Thieulloy (10). En effet, bien que son objet ne soit pas de réfléchir sur la façon d’être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, cet essai pose la question de la légitimité des lois dans un monde postchrétien ignorant toute transcendance et même la notion de loi naturelle. Ainsi pose-t-il le cadre nécessaire à toute réflexion sur l’engagement des chrétiens dans la cité. « Sans une quête commune de la vérité, écrit-il, et sans une acceptation commune de quelques vérités élémentaires, notamment sur la nature de l’homme et de la société, nous sommes condamnés à l’individualisme radical ou à l’étatisme radical, ou encore, pour le dire en d’autres termes, soit à la dissolution de toute société, soit au totalitarisme » (p. 14). La démonstration qu’il mène, à partir de solides bases philosophiques et d’utiles recours à l’histoire, est bien charpentée. Il rejoint là les enseignements de Jean-Paul II et Benoît XVI qui nous ont maintes fois mis en garde contre les dérives de nos démocraties relativistes, c’est pourquoi ces pontifes ont toujours insisté sur la nécessité de défendre le concept de loi naturelle pour le remettre au cœur du politique.

OÙ SE SITUER ?

Ce tour d’horizon suffit à montrer que l’attitude du chrétien dans une société sécularisée n’a rien d’évident. Surtout lorsque cette société ne se contente plus d’être a-chrétienne, mais, d’une part, déconstruit, étape par étape, toute l’anthropologie classique sur laquelle s’était établie notre civilisation, et, d’autre part, aggrave de façon inquiétante les inégalités tout en rognant sur la protection des plus faibles jusqu’à leur confisquer leur culture, leurs lieux d’enracinement, comme la présence croissante de l’islam introduit par l’immigration le démontre.

Face à cette situation, deux attitudes extrêmes sont possibles. D’un côté, on peut ne voir que la tendance de plus en plus totalitaire avec laquelle une élite déconnectée de toute morale objective confisque la démocratie et impose ses vues d’une façon qui semble quasi inéluctable, tant ces élites sont puissantes et contrôlent l’essentiel du fonctionnement de nos systèmes politique, économique et médiatique ; dans cette optique, la réaction sera de se constituer en contre-culture dissidente et de survivre dans des ensembles protégés avec le risque communautariste de finir en ghetto ou en Amish.

D’un autre côté, on peut arguer que nous sommes loin du totalitarisme communiste ou nazi, que nous n’exposons pas notre vie en nous opposant au pouvoir et que nous avons toute liberté d’évangéliser, bref, que nous bénéficions encore de l’essentiel des libertés publiques ; dans cette optique, on préconisera avant tout la présence au monde, le dialogue, etc., avec, cette fois, le péril d’une dilution du message chrétien, d’un mol relativisme au nom du bien commun et, pour les plus sensibles aux sirènes du monde, de finir par accepter l’inacceptable.

LE JUSTE ÉQUILIBRE

Le juste équilibre n’est-il pas entre ces deux attitudes qui ont chacune leurs raisons ? Cela rejoint finalement ce que propose Rod Dreher, notamment de susciter des « oasis spirituels », non pour déserter le politique, comme on l’en a accusé à tort, ou ne pas accepter la société dans laquelle il nous faut vivre, mais au contraire pour être mieux armé dans le monde. L’engagement dans la Cité est donc nécessaire, ainsi que l’ouverture à tout dialogue conduit en vérité et sans compromission (c’est une forme essentielle de témoignage), tout en étant conscient du degré de déliquescence intellectuelle et morale de nos sociétés occidentales, des dangers que représentent le mercantilisme mondialisé et un islam revendicatif, mais sans pour autant en conclure que tout est mauvais dans la modernité et qu’elle serait donc à rejeter en bloc.

La puissance de nos adversaires est sans commune mesure avec la nôtre, mais elle n’est pas invulnérable, car la vérité conserve une force intrinsèque, c’est pourquoi aucun combat n’est inutile et ne doit être considéré comme perdu d’avance. Mais ces combats ne peuvent être menés que par des hommes solides dans leur foi et bien formés (la formation est un élément négligé, absente des ouvrages cités, alors que la reconstruction de véritables écoles catholiques est un enjeu vital), des hommes qui doivent pouvoir se ressourcer au sein de fortes communautés de familles (paroisses, écoles, associations…), afin de maintenir un maillage où puissent se transmettre la foi et la culture, d’où puissent émerger des hommes et des femmes capables d’être dans le monde comme le levain dans la pâte. N’était-ce pas ce que faisaient les premiers chrétiens, dont l’exemple demeure une source d’inspiration inépuisable, et plus encore quand nos sociétés, s’éloignant du christianisme, reviennent à une sorte de « paganisme naturel » (Chantal Delsol) ?

Un dernier mot encore pour insister sur un point : les questions abordées ici sont vitales pour l’avenir du christianisme en France. Mais comme le montre la variété des approches, il n’existe pas une solution – la solution « chrétienne » – qui s’imposerait à tous. Parce que nous sommes dans un domaine régi par la vertu de prudence. Il est donc tout à fait normal et légitime qu’une diversité d’analyses s’exprime entre chrétiens. Tâchons de ne pas l’oublier avant d’anathématiser nos contradicteurs.

Christophe Geffroy

(1) Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin, Artège, 2017 (cf. notre recension dans La Nef n°296 d’octobre 2017, notre grand entretien avec Rod Dreher dans La Nef n°299 de janvier 2018 et un nouveau grand entretien publié en ligne sur notre site en février 2018 : www.lanef.net).
(2) Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, 2017, 128 pages, 15 €.
(3) Julien Langella, Catholiques et identitaires. De la Manif pour tous à la reconquête, préface de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, DMM, 2017, 358 pages, 22 €.
(4) François Huguenin, Le pari chrétien. Une autre vision du monde, Tallandier, 2018, 224 pages, 16,90 €.
(5) Patrice de Plunkett, Cathos, ne devenons pas une secte, Salvator, 2018, 152 pages, 15,90 €.
(6) Jérôme Fourquet, A la droite de Dieu, Cerf, 2018, 180 pages, 18 €.
(7) Académie d’Éducation et d’Études sociales, L’engagement dans la cité, Artège/Lethielleux, 2017, 270 pages, 20,90 €.
(8) Geneviève Comeau, Vivre sa foi dans une société sécularisée, Médiaspaul, 2018, 120 pages, 12 €.
(9) Denis Moreau, Comment peut-on être catholique, Seuil, 2018, 368 pages, 22 € (cf. La Nef n°300 de janvier 2018).
(10) Guillaume de Thieulloy, Vérité et politique, Presses de la Délivrance, 2017, 156 pages, 18 €.

© LA NEF n°301 Mars 2018

À propos Christophe Geffroy

Christophe Geffroy
Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).