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Contraception et avortement

Cinquante ans après l’encyclique Humanae vitae (HV), il est important de rappeler le lien étroit qui existe entre mentalité contraceptive et mentalité abortive. Paul VI l’a annoncé et Jean-Paul II l’a dénoncé 27 ans après dans Evangelium vitae. Le respect de la vie humaine dès la conception est donc bien une nécessité impérieuse qui doit être promue et encouragée. Elle s’insère dans une vision cohérente et complète du mariage et de la sexualité humaine.
Les époux chrétiens sont ainsi les premiers à mettre en œuvre concrètement l’annonce de « l’Évangile de la Vie » dans le respect de leur fécondité réciproque et doivent se sentir engagés à en témoigner. C’est pourquoi Paul VI n’a pas manqué de rappeler l’urgence de l’apostolat entre foyers : « Ce sont les foyers eux-mêmes qui se font apôtres et guides d’autres foyers. C’est là sans conteste, parmi tant de formes d’apostolat, une de celles qui apparaissent aujourd’hui les plus opportunes » (HV 26).
Nous avons entendu cet appel, mon époux et moi, il y a 35 ans, quand nous avons créé le Centre Billings France afin de faire la promotion de la régulation naturelle des naissances. Puis, il y a dix ans, nous avons voulu faire une action très concrète de dissuasion à l’avortement. Le site www.ivg.net est le moyen de rentrer en contact avec ces femmes effrayées par l’idée d’accueillir un enfant.
Nous percevons « sur le terrain » ce lien étroit entre mentalités contraceptive et abortive. Trop souvent avec la contraception, il y a un refus préalable de l’enfant au sein du couple. Aussi la tentation de l’avortement vient vite à l’esprit de la femme qui découvre une grossesse « surprise ». Elle se sent comme « fautive »… Le conjoint qui considère les procédés anticonceptionnels comme très efficaces, est fermé à toute vie. Il impose donc souvent l’IVG à sa conjointe ou son « amie » qui, en retour, pense ne « pas être prête » pour l’accueil de la vie. Ces femmes nous disent qu’elles ne peuvent pas élever un enfant seule, que « ce serait égoïste » de leur part, que cela va « gâcher la vie de l’enfant ». Par « amour » pour lui, elles veulent procéder à une IVG. Les mots ont changé de sens ! Respecter la vie d’un enfant est devenu égoïste face au conjoint qui fait ce terrible chantage : « C’est le bébé ou moi. »
Nous insistons sur les conséquences physiques et psychologiques de l’IVG. Notre objectif est de les dissuader et aussi de les encourager à dire oui à la Vie. Nous leur redonnons de l’espoir et dédramatisons la grossesse. Nous parlons des aides et des possibilités qui s’ouvrent à elles pour accueillir dignement leur enfant. Nos clercs pourraient rappeler plus souvent (à temps et à contretemps…) que c’est une véritable œuvre de miséricorde que d’aider, d’entourer, de se dévouer auprès d’une femme enceinte pour qu’elle puisse garder son tout-petit. Combien de femmes garderaient leur enfant si elles trouvaient sur leur chemin une Bonne Samaritaine auprès de qui elles pourraient se confier ! La majorité de celles qui viennent sur notre page Facebook aimerait ne pas avorter.
Forte de mon expérience de 10 000 appels reçus en près de 10 ans, je suis toujours étonnée de l’aveuglement des pouvoirs publics sur l’avortement qui est un problème de santé publique. Bien évidemment, parce qu’il supprime de nombreuses vies, mais aussi parce qu’il blesse profondément les femmes. Il y a un déni, même dans le milieu médical, sur les conséquences de l’avortement qui peut détruire psychologiquement une personne.
Il n’y a pas de jours où nous ne recevons témoignages ou appels de femmes en grande souffrance. Trop nombreuses sont celles qui disent qu’elles n’ont pas eu le temps de réfléchir avant de prendre leur décision et qui regrettent d’avoir avalé si rapidement ces comprimés de mort.
Après une IVG, les femmes ressentent un grand mal-être qui les ronge intérieurement comme une douleur indicible. Elles disent : « Je suis comme morte, j’ai tué mon bébé. » Mais il est « interdit » de laisser ces femmes exprimer leur douleur avec ce « droit à l’IVG ». C’est politiquement incorrect. Les grands médias et les lobbies anti-vie ne supportent pas que nous osions parler de la douleur des femmes. Cela ne serait, selon eux, que du mensonge !
L’avortement, « droit fondamental » pour la femme et « acte médical anodin », est devenu une position officielle qu’il est difficile de combattre. Mais malgré toutes les difficultés rencontrées, nous pouvons mesurer l’efficacité de notre action par le nombre important de femmes soutenues et reconnaissantes d’avoir été dissuadées. Soyons plus nombreux à œuvrer pour la défense de la vie…

Marie Philippe-Sentis

Marie Philippe-Sentis a créé avec son mari le Centre Billings France et a aussi créé l’association qui gère le site ivg.net. Elle vient de publier un livre bouleversant, à lire : Après l’IVG des femmes témoignent, Artège, 2018, 204 pages, 11 €.
Signalons la réédition d’Humanae Vitae (1968) de Paul VI, chez Artège, commentée par Bruno Bettoli, Gabrielle et Bertrand Vialla (3,50 €).

© LA NEF n°306 Septembre 2018

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