Cinéma Mars 2019

Exfiltrés (6 mars 2019)

Au printemps 2015, Faustine, jeune assistante sociale française, d’origine zaïroise, part pour Rakka, en Syrie, avec son fils de 3 ans, pour rejoindre Daech. Elle découvre dans quel enfer elle est tombée. À Paris, Gabriel et Adnan, deux jeunes activistes, cherchent à aider Sylvain, le mari de Faustine et fils d’un chirurgien notoire. Ils imaginent une opération d’exfiltration à haut risque.
À l’origine il y a une histoire vraie. Le film est constamment passionnant, sans répit, et sans complaisance aucune pour Daech qui représente le mal. Il le doit à la mise en scène, tendue, et aux acteurs, spécialement Swann Arlaud en mari de Faustine. L’exfiltration annoncée est évoquée en filigrane tout au long du film, mais elle n’occupe que quelques minutes à la fin. Ceux qui espéraient une opération à grand spectacle seront déçus. Ici il ne s’agit pas d’Hollywood mais d’une opération menée par de jeunes activistes, sans moyens particuliers. Faire sortir Faustine et son petit garçon de Syrie se fait en toute discrétion, mais pour le spectateur il n’y a pas moins d’émotion parce qu’on est dans la réalité et que le courage des participants est exemplaire.

Le mystère Henri Pick (6 mars 2019)

Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini), le critique littéraire vedette qui anime la grande émission littéraire de la télévision, annonce au public un scoop. Un manuscrit vient d’être édité par un grand éditeur, qui a toutes les qualités d’un chef-d’œuvre. Mais son auteur, Henri Pick, est mort il y a deux ans et l’on sait qu’il était pizzaïolo et qu’il n’a jamais rien écrit. Tout le monde s’enthousiasme pout cette histoire merveilleuse sauf Rouche qui, au risque de perdre sa place, s’engage à prouver que ce texte n’a pas été écrit par Henri Pick et à trouver le véritable auteur. Après cet avant-propos commence la vraie trame du film qui est l’enquête menée par Rouche pour démasquer Pick. Dans sa quête, Rouche rencontre la fille de Pick, Joséphine (Camille Cottin), persuadée que son père est bien l’auteur. Leur opposition finit par les rapprocher et c’est là que de littéraire le plaisir devient philosophique et que de piquant le film devient profond.

François Maximin

PS – Deux films à sujet religieux à signaler.
Le premier, Grâce à Dieu, de François Ozon, a un sujet pénible : l’affaire du prêtre pédophile Bernard Preynat, à Lyon et le combat mené par ses victimes pour le faire accuser, lui et le cardinal Barbarin. Sujet pénible et film manipulateur mais remarquablement écrit et mis en scène. À voir si on a des raisons de le faire.
Le second film, Leur souffle (20 mars), a un sujet magnifique : les bénédictines de Jouques. Tous ceux qui connaissent ces rayonnantes religieuses seront heureux de les revoir dans ce film frais et joli. Les autres seront frustrés car le choix de n’offrir aucun commentaire est une fausse bonne idée.

DVD

JEAN-PAUL II
FILM DE JOHN KENT HARRISON
avec Jon Voight et Christopher Lee

Saje Distribution, 2019, 2 parties de 1h41 et 1h32, 19,99 €
Jean-Paul II est une personnalité tellement riche et attachante, à la vie si extraordinaire, qu’il passe particulièrement bien à l’écran. Ce film de 2007 est d’un esprit irréprochable et présente, dans une première partie, la vie de Karol Wojtyla, puis, dans une seconde, son long pontificat. Le film est agréable, bien joué, la difficulté étant surtout de faire passer une vie aussi dense en trois heures : le résultat est forcément un peu haché, on passe parfois trop vite d’un événement à l’autre, la profondeur et la compréhension des situations en patissent un peu. Il est néanmoins très documenté et la partie où Wojtyla est pape montre les coulisses de son action, et insiste à juste titre sur sa lutte contre le pouvoir communiste et sa contribution à sa chute. Au final, un beau film à recommander, qui ne peut que nous faire aimer encore plus ce très grand pape déjà canonisé.

Patrick Kervinec

© LA NEF n°312 Mars 2019

À propos François Maximin

chroniqueur cinéma de La Nef.