Téhéran © Pixabay

L’Iran en grand bouleversement

Le 11 février 1979, l’ayatollah Khomeiny arrivait au pouvoir à Téhéran avec sa révolution islamique. Dans une société en crise, on observe aujourd’hui de nombreuses conversions au christianisme ! Point de la situation 40 ans après la révolution islamique.

La révolution iranienne a produit des images très fortes avec les otages de l’ambassade américaine et ces foules d’ayatollahs enturbannés qui avaient pris d’assaut l’espace public. À l’époque, l’islam radical était une expression inconnue. Certes, l’islam wahhabite pratiqué dans la péninsule arabique était déjà ce qu’on nommerait aujourd’hui radical, en particulier en Arabie Saoudite, et cet islam était déjà « exporté » sur fond de pétrodollars à travers la planète. Mais en Iran, c’était différent.
Le pays était en voie d’occidentalisation, proche allié des États-Unis et les religieux étaient maintenus sous contrôle. Brutalement, tout a basculé dans une espèce de « folie collective » et c’est sans doute ce basculement d’une société apparemment « modernisée » qui a tant marqué les esprits. Et pourtant, cette révolution était en germe dans la société, nourrie d’une perte d’identité habilement instrumentalisée par les ayatollahs.
Dans les années 1970, les Iraniens voyaient leur pays changer à toute vitesse. Le shah d’Iran, que la télévision nationale montrait en permanence devant les caméras, semblait de plus en plus éloigné des besoins de son peuple et surtout de l’image de l’héritier de l’Empire perse plurimillénaire que les Iraniens auraient souhaité.

La victoire des ayatollahs
À la fois contre le régime et contre les communistes, les ayatollahs ont finalement emporté la partie, mais ils héritaient d’un pays en très grande difficulté et réagissaient en imposant leurs lois religieuses avec la plus extrême sévérité. Dès le départ, « j’ai vu arriver des musulmans qui souhaitaient se convertir au christianisme », témoigne le père Humblot, prêtre français arrivé en 1969 en Iran et resté jusqu’en 2012, date à laquelle il a été poussé dehors par la police religieuse. « Confrontés à une police politique dure, beaucoup d’Iraniens ne supportaient pas qu’on leur impose leur religion, et interrogeaient l’islam. »
En réalité, ce régime controversé n’aurait probablement pas tenu sans la guerre Irak-Iran qui éclata en 1980 et qui fit en 8 ans 1,3 million de morts dont 2/3 d’Iraniens. Certains se rappellent l’image de ces enfants à qui on donnait une clé en plastique, qui était censée être celle du paradis, et qu’on envoyait courir dans des champs de mines pour dégager le passage.
L’action internationale et l’hostilité des voisins sunnites ont maintenu la pression, mais les ayatollahs sont aujourd’hui remis en cause, car la situation intérieure du pays est mauvaise. La population est soumise à une inflation galopante et comprend mal l’interventionnisme iranien en Irak, en Syrie et au Yémen.
La remise en cause politique s’accompagne d’une remise en cause plus profonde des fondements de la société iranienne, et en premier lieu de la religion. Beaucoup d’Iraniens s’avouent en privé agnostiques, la jeunesse en particulier. Beaucoup renoncent à toute forme de transcendance, sombrent dans l’opium, qui représente un fléau national, ou se convertissent à l’hindouisme, au zoroastrisme ou encore au christianisme.

300 000 demandes de baptême
Les estimations les plus raisonnables sur le nombre de conversions évoquent 300 000 musulmans iraniens qui ont demandé le baptême, ce qui fait de l’Iran le premier pays musulman au monde en termes de conversions au christianisme. Le père Humblot, qui a assisté à l’émergence de ce phénomène étonnant au pays des ayatollahs commente : « Il y a des raisons politiques à ce mouvement de conversions, le rejet du régime chiite. Il y a aussi des raisons culturelles, car l’islam chiite en Iran a été profondément influencé par le christianisme. Il existe par exemple des poètes chiites qui parlent d’un Dieu d’amour, ce qui est inimaginable en pays sunnite. Plus profondément, je crois que nous vivons des temps décisifs, la situation du monde est très fragile, et Dieu agite les consciences, il parle aux musulmans. »
Les chrétiens en Iran sont excessivement méfiants à l’égard de ces chrétiens convertis de l’islam. La plupart sont d’origine arménienne, on en compte à peu près 200 000, ainsi que quelques milliers de Chaldéens dont les ancêtres auraient été évangélisés par saint Thomas l’Apôtre. Ballottés par l’histoire, réprimés tour à tour par l’Empire perse païen, par les musulmans arabes, puis par les Mongols convertis à l’islam, ces chrétiens ont vu leur nombre et leur rayonnement considérablement diminués.
On a donc d’ores et déjà plus de chrétiens convertis de l’islam que de chrétiens « de souche ». Et rien n’indique que ce mouvement se tasse. L’Iran n’a pas fini de nous étonner.

Marc Fromager

Marc Fromager est directeur de l’AED et auteur de plusieurs ouvrages dont Guerres, pétrole et radicalisme. Les chrétiens d’Orient pris en étau, Salvator, 2015.

© LA NEF n°312 Mars 2019

À propos Marc Fromager

Marc Fromager
Marc Fromager est directeur de l’Aide à l’Église en détresse (AED) en France. Il a publié récemment : Guerres, pétrole et radicalisme. Les chrétiens d’Orient pris en étau (Salvator, 2015).