Une vie cachée © Iris Production

Une vie cachée (11 décembre 2019)

Terrence Malik, le plus secret des cinéastes, dont on ne connaît presque aucune photo, qui n’accorde jamais d’interview et qui ne monte jamais sur une scène même pour recevoir une Palme d’Or (Tree of life), livre un film dont le titre pourrait faire croire à un autoportrait. Mais Une vie cachée ne parle pas de lui mais d’un paysan autrichien mort pendant la Seconde Guerre mondiale, Franz Jägerstätter (August Diehl), humble père de famille dont la vie correspond bien à cette phrase de la romancière George Eliot qui clôt le film : « Car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes que personne ne visite plus. »
Pour la tombe, ce n’est pas tout fait ça ! Celle de Jägerstäter attire des foules de pèlerins depuis qu’il a été béatifié par Benoît XVI en 2007 ! La raison de cet honneur ? Il a été un objecteur de conscience résolu au nazisme, choisissant de mourir plutôt que de prêter allégeance à Hitler
Le film nous conduit inexorablement vers le sacrifice. Et sans hâte : il dure trois heures ! Cela commence par la découverte du village de Franz et de sa femme Franziska (Valerie Pachner). Sainte-Radegonde est un village de 500 âmes, cerné par les montagnes, près de la frontière allemande. Malick filme la vie paysanne, avec gourmandise. Ces vues inspirées sont voilées seulement, de temps en temps, par le regard en arrière que jette Franz vers une nuée sombre qui s’élève des sommets. Ce regard en arrière va être un leitmotiv. Comme si Franz voyait par-dessus son épaule les jours passés, et qu’ils ne reviendront pas.
Dans cette Autriche annexée par l’Anschluss, en 1938, un an plus tôt, les hommes sont appelés pour servir dans la Wehrmacht. Franz part comme les autres mais il se signale en refusant de chanter en chœur un chant nazi. Pas de sanction jusque-là et puisque les combats cessent. Il rentre pour deux ans dans son village. Les retrouvailles sensuelles et pudiques avec sa Fani sont une des plus belles scènes d’amour qu’on ait jamais vue.
Fin de la récréation quand arrive pour Franz l’ordre de mobilisation. Il ne veut pas se soumettre à Hitler. Il le dit à son curé qui lui oppose les conséquences funestes d’un tel choix. Pauvre prêtre qui ne voit pas ce qu’a de triste sa sagesse tandis que Franz est sûr que sa folie est la plus raisonnable. Il part pour l’armée. Est aussitôt arrêté pour son refus de porter les armes. Connaît les prisons d’Enns puis de Berlin ; pendant des mois avant d’être jugé. Les images sont tournées dans de véritables prisons. Glaçantes. À tous ceux qui tentent de le faire revenir sur sa décision (dont le juge de son procès, joué par Bruno Ganz, qui est mort peu après), il répond : « Je ne peux pas faire ce que je crois être mal. Ai-je le droit de ne pas faire ce qui est juste ? » La réponse lui est donnée par la guillotine. Ce devrait être un jour noir. C’est pour lui, qui se disait dans ses dernières lettres plus heureux que jamais, un jour de lumière.

François Maximin

DVD à signaler

DIEU N’EST PAS MORT 3
FILM DE MICHAEL MASON

Saje Distribution, 2019, 1h42, 19,90 €
L’incendie accidentel de l’église du campus d’une université américaine publique est l’occasion pour sa direction de construire autre chose à la place au nom de la laïcité. Son pasteur l’entend autrement et fait appel à son frère avocat pour reconstruire l’église au même endroit. Le thème est intéressant, le film, bien fait, pose de bonnes questions et il éclaire particulièrement ce que sont les évangéliques américains, dont il ressort ici que la foi n’est appuyée que sur une émotivité toute subjective.

Patrick Kervinec

© LA NEF n°320 Décembre 2019

À propos François Maximin

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chroniqueur cinéma de La Nef.