L’indéfectible assistance du Christ et de l’Esprit Saint au Pontife romain (8)

Votre fidélité au Christ et à la personne du Successeur de Pierre est un motif d’honneur pour toute l’Église

et de grande joie pour moi.

Salut du pape Jean-Paul II le 25 novembre 1992,

à un groupe de catholiques du Vietnam,

emmenés par

Monseigneur François-Xavier Nguyên van Thuân,

Archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de Hôchiminh Ville,

et Monseigneur Étienne Nguyên Nhu Thê,

qui accomplit son ministère épiscopal dans l’archidiocèse de Huê

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Nous continuons ainsi cette série à l’honneur de La Nef de traductions de l’italien des 10 catéchèses sur le pape de Jean-Paul II, qui concluent les 18 catéchèses sur les Évêques de Jean-Paul II, qui elles-mêmes ne sont qu’une petite sous-partie de l’ensemble magistral des 137 catéchèses sur l’Église que Jean-Paul II a données de juillet 1991 à août 1995.

Nous remontons peu à peu des conséquences – la certitude de Foi de l’indéfectible assistance du Christ et de l’Esprit Saint au Pontife romain, et en particulier dans son magistère – aux principes organiquement pétriniens de la Foi, de la structure, et de la vie de l’Église.

Catéchèses de Jean-Paul II (cliquer sur les titres)

Pierre a la première place parmi les Apôtres (16 décembre 1992)

Pierre autorisa les Gentils à être baptisés (13 janvier 1993)

L’évêque de Rome est le Successeur de Pierre (27 janvier 1993)

Le pape exerce la juridiction suprême (24 février 1993)

Le Successeur de Pierre enseigne infailliblement (17 mars 1993)

Le Pontife romain est le Docteur suprême (10 mars 1993)

L’assistance indéfectible du Christ et de l’Esprit Saint au Pontife romain (24 mars 1993)

Nous avons essayé autant que possible de restituer le rythme, l’ordre, et même la musique des mots dont se sert Jean-Paul II, en conservant autant que possible, à des fins d’études approfondies, les racines des concepts qu’il a choisi d’utiliser.

Ce mot d’introduction aura peut-être permis de mieux appréhender l’actualité de ces documents, malheureusement sinon trahis du moins largement méconnus en France.

« Quant à moi, ce n’est pas à cause d’une sagesse qui, en moi, serait supérieure à celle de tout être vivant, que le mystère m’a été révélé ; mais c’est afin que l’on fasse connaître au roi l’interprétation, et que tu connaisses les pensées de ton cœur » (Dn 2,30).

Bertrand Kammerer
laïc de Saint Dominique, doctorant en théologie (université de Lorraine)

Pierre est chargé de paître les brebis

Catéchèse de Jean-Paul II sur le magistère des papes

Catéchèse de Jean-Paul II sur le pape

Catéchèse de Jean-Paul II sur les Évêques

Catéchèse de Jean-Paul II sur l’Église


Audience générale du 9 décembre 1992

1. La promesse faite par Jésus à Simon Pierre de le constituer pierre fondamentale de Son Église a [sa pierre de touche] dans le mandat que le Christ lui confie après la Résurrection : « Pais mes agneaux », « Pais mes brebis » (Jn 21,15-17). Il est un rapport objectif entre l’attribution [conferimento] de la mission attestée dans le [récit, exposé] de Jean, et la promesse référée par Matthieu (cf. Mt 16,18-19). Dans le texte de Matthieu, il y avait une annonce. Dans celui de Jean, il y a le parachèvement [adempimento] de l’annonce. Les paroles « Pais mes brebis » manifestent l’intention de Jésus d’assurer le futur de l’Église fondée par Lui, sous la guidance d’un Pasteur universel, à savoir Pierre, auquel Il a dit que, par Sa Grâce, il sera « pierre » et qu’il aura les « clefs du Règne des Cieux », avec le pouvoir « de lier et d’exsoudre » [sciogliere, du latin exsolvere, relâcher, délivrer, acquitter, délier, ouvrir]. Jésus, après la Résurrection, donna une forme concrète à la proclamation et à la promesse de Césarée de Philippe, instituant l’autorité de Pierre comme ministère pastoral de l’Église, à rayon [raggio, portée] universelle.

2. Disons immédiatement que dans une telle mission pastorale s’intègre la tâche de « confirmer les frères » dans la Foi, de quoi nous avons traité dans la précédente catéchèse. « Confirmer les frères » et « paître les brebis » constituent conjointement la mission de Pierre : cela se dirait [être] le proprium de son ministère universel. Comme affirme le Concile Vatican I, la constante tradition de l’Église a justement retenu que la primauté apostolique de Pierre « comprend également le pouvoir suprême de magistère » (cf. Denz.-S 3065). Aussi bien la primauté que le pouvoir de magistère sont conférés directement par Jésus à Pierre comme personne singulière, même si les deux prérogatives sont ordonnées [ordinate : ordonnées, commandées] à l’Église, sans pour autant dériver de l’Église, mais seulement du Christ. La primauté est donnée à Pierre (cf. Mt 16,18) comme – l’expression est d’Augustin – « totius Ecclesiae figuram gerenti » (Epist. 53,1.2), c’est-à-dire en tant qu’il représente personnellement l’Église entière ; et la tâche et le pouvoir de magistère lui est conféré comme Foi confirmée, de sorte à pouvoir être confirmant pour tous les « frères » (cf. Lc 22,31s). Mais tout est dans l’Église et pour l’Église, de qui Pierre est Fondement, Clavigère et Pasteur dans sa structure visible, au Nom et par Mandat du Christ.

3. Jésus avait pré-annoncé cette mission à Pierre non seulement à Césarée de Philippe, mais aussi dans la première pêche miraculeuse, à Simon qui se reconnaissait pécheur, Il avait dit : « Ne crains pas ; de cette heure, tu seras pêcheur d’hommes » (Lc 5,10). En telle circonstance, Jésus avait réservé à Pierre personnellement cette annonce, le distinguant de ses compagnons et associés, entre lesquels les « fils de Zébédée », Jacques et Jean (cf. Lc 5,10). Dans la deuxième pêche miraculeuse aussi, après la Résurrection, la personne de Pierre émerge au milieu des autres Apôtres, selon la description de l’événement faite par Jean (Jn 21,2s) comme pour en transmettre [tramandarne : transmettre, léguer] le souvenir [ricordo] dans le cadre d’une symbologie prophétique de la fécondité de la mission confiée par le Christ à ces pêcheurs.

4. Quand Jésus se tient [debout] pour conférer la Mission à Pierre, Il Se tourne vers lui avec une appellation officielle : « Simon, fils de Jean » (Jn 21,15), mais Il assume ensuite un ton familier et amical : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Cette demande exprime un intérêt pour la personne de Simon Pierre et se tient en rapport avec son élection pour une mission personnelle. Jésus la formule à trois reprises, non sans une référence implicite au triple reniement. Et Pierre donne une réponse qui n’est pas fondée sur la confiance dans ses propres forces et capacités personnelles, [ni] ses propres mérites. Désormais, il sait bien qu’il doit [faire] reposer toute sa confiance seulement en Christ : « Seigneur, Tu sais tout, Tu sais que je T’aime » (Jn 21,17). Évidemment, la tâche de Pasteur requiert un amour particulier envers le Christ. Mais c’est Lui, c’est Dieu qui donne tout, [et] aussi la capacité de répondre à la vocation, de parachever [adempiere] sa propre mission. Oui, [il est] besoin de dire que « tout est grâce », spécialement à ce niveau !

5. Il y a eu la réponse désirée, Jésus confère à Simon Pierre la mission pastorale : « Pais mes agneaux » ; « Pais mes brebis ». C’est comme un prolongement de la Mission de Jésus, Qui a dit de Lui-même : « Je suis le bon Pasteur » (Jn 10,11). Jésus, Qui a [donné] à Pierre [de] participer à Sa qualité de « Pierre », Lui communique aussi Sa mission de « Pasteur ». C’est une communication qui implique une communion intime, qui transparaît aussi dans la formulation de Jésus : « Pais Mes agneaux… Mes brebis » ; comme Il avait déjà dit : « Sur cette pierre, Je bâtirai Mon Église » (Mt 16,18). L’Église est propriété du Christ, non de Pierre. Agneaux et brebis appartiennent au Christ, et à nul autre. Ils Lui appartiennent comme au « Bon Pasteur », Qui « offre [sa] vie pour Ses Brebis » (Jn 10,11). Pierre doit assumer le ministère pastoral au regard des hommes rédimés « avec le Sang précieux du Christ (1P 1,19). Sur le rapport entre le Christ et les hommes, devenus Sa propriété moyennant [mediante] la Rédemption, se fonde le caractère de service qui contresigne [contrassegnare, de segnare, (se) signer, en particulier, faire le signe de Croix] le pouvoir annexe à la mission conférée à Pierre : service à Celui Qui seul est « Pasteur et Gardien de nos âmes » (1P 2,25), et dans le même temps [service] à tous ceux que le Christ-Bon Pasteur a rachetés au prix du Sacrifice de la Croix. Est clair, en outre, le contenu d’un tel service : comme le pasteur guide les brebis vers les lieux où elles peuvent trouver nourriture [cibo] et sécurité, ainsi le Pasteur des âmes doit leur offrir la nourriture [cibo] de la Parole de Dieu et de Sa sainte Volonté (cf. Jn 4,34), assurant l’unité du troupeau et le défendant de toute incursion hostile.

6. Certes, la mission comporte un pouvoir, mais pour Pierre – et pour ses Successeurs – c’est un pouvoir ordonné au service, à un service spécifique, un ministerium. Pierre le reçoit dans la communauté des Douze. Lui-même est un de la communauté des Apôtres. Mais il n’est de doute que Jésus, soit par [mediante] [Son] Annonce (cf. Mt 16, 18-19), soit par l’attribution de la Mission après Sa Résurrection, se réfère en mode particulier à Pierre quand Il [les] transmet à tous les Apôtres,comme mission et comme pouvoir. À lui seulement, Jésus dit : « Pais », en le répétant trois fois. Il en dérive que, dans le champ [ambito] de la tâche commune des Douze, il se délinée pour Pierre une mission et un pouvoir, qui [ne] touchent [que] lui seulement.

7. Jésus se tourne vers Pierre comme à [une] personne singulière au milieu des Douze, et non [pas] seulement comme à un représentant de ces Douze : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » (Jn 21,15). [De] ce sujet – le tu de Pierre – est questionnée la déclaration d’amour, et [à ce sujet] sont conférés cette mission et autorité singulières. Pierre est donc distingué entre les autres Apôtres. La triple répétition de la demande sur l’amour de Pierre, probablement en rapport avec son triple reniement du Christ, accentue aussi le fait de l’attribution à lui d’un ministerium particulier, comme Décision du Christ Lui-même, indépendamment d’une quelconque qualité ou mérite de l’Apôtre, et aussi nonobstant son infidélité momentanée.

8. La communion dans la mission messianique, établie par Jésus avec Pierre moyennant [mediante] ce mandat : « Pais mes agneaux… », ne peut pas ne pas comporter une participation de l’Apôtre-Pasteur à l’état sacrificiel du Christ-Bon Pasteur « Qui offre [Sa] Vie pour Ses Brebis ». Ceci est la clef de l’interprétation de nombreux vécus qui se retrouvent dans l’histoire du Pontificat des Successeurs de Pierre. Sur tout l’arc de cette histoire plane [aleggia] cette Prédiction de Jésus : « Quand tu seras vieux, tu tendras tes mains, et un autre te ceindra le vêtement et te portera où tu ne veux pas » (Jn 21,18). C’était la prédiction de la confirmation que Pierre allait donner à son ministère pastoral, avec la mort par le martyre. Comme le dit Jean, avec une telle mort, Pierre « aura glorifié Dieu » (Jn 21,19). Le service pastoral, confié à Pierre dans l’Église, aura eu sa consommation dans la participation au Sacrifice de la Croix offert par le Christ pour la Rédemption du monde. La Croix, qui avait rédempté [racheté] Pierre, sera ainsi devenue pour lui le moyen privilégié pour exercer jusqu’au fin fond [fino in fondo] sa tâche de « Serviteur des serviteurs de Dieu ».


Aux visiteurs de langue française

Chers Frères et Sœurs,

À toutes les personnes de langue française qui sont présentes ici ce matin, j’adresse un très cordial salut.

Tandis que nous avançons vers la fête de Noël, je demande au Seigneur de répandre sur vous sa lumière pour qu’il vous trouve, quand il viendra, “vigilants dans la prière et remplis d’allégresse”.

Qu’il vous bénisse et qu’il vous garde !

© LA NEF le 26 décembre 2019, exclusivité internet

© Texte : Librairie éditrice vaticane
© Traduction : Bertrand Kammerer, laïc de Saint Dominique

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