L’indéfectible assistance du Christ et de l’Esprit Saint au Pontife romain (3)

Nous poursuivons la mise en ligne des catéchèses de Jean-Paul II sur le ministère des évêques, en particulier le ministère des papes, et singulièrement le magistère des papes, par cette troisième catéchèse sur « le Pontife romain, Docteur suprême ».

Au fur et à mesure que nous remontons des conséquences (l’inerrance du Pontife romain, et son infaillibilité) aux principes (les Paroles et les Dons du Christ), il est utile de garder en mémoire les points saillants des catéchèses précédentes.

Dans la première catéchèse, Jean-Paul II enseignait au n°4 que « le charisme de l’assistance du Saint-Esprit, accordé à Pierre et à ses successeurs afin qu’ils ne se trompent pas en matière de foi et de morale, mais qu’ils éclairent le peuple chrétien, ne se limite pas à des cas exceptionnels, au seul magistère extraordinaire ou infaillible, mais englobe à des degrés divers tout l’exercice du Magistère ».

Nous sommes déjà longuement revenus sur cette inerrance, sans toutefois bien sûr épuiser le sujet. Les principes sont là, fondés sur les Paroles du Christ, il suffit de les intégrer à notre « grille de lecture » de l’actualité – et non d’inventer des principes qui satisfassent à notre ressenti. Nous voulons cependant aujourd’hui souligner un autre passage, très éclairant pour notre époque.

Au n°2 de cette première catéchèse, Jean-Paul II écrit ces propos saisissants : « Dans sa réalité effective d’hier et d’aujourd’hui, c’est le Magistère de l’Église, et spécialement du Pontife romain, qui sauve les principes de la raison connexes à ceux de la Foi et les rachète continuellement des obnubilations et des distorsions qu’ils subissent sous la pression d’intérêts et de vices consolidés en modèles et courants culturels. »

En d’autres termes, Jean-Paul II enseigne que le magistère n’a pas seulement une fonction illuminatrice (donner un bon éclairage sur la Foi et la morale au peuple chrétien), ni même purificatrice (rectifier et fortifier intelligences et consciences), mais encore que le magistère, et en particulier le magistère pétrinien, a une fonction rédemptrice : « Sauver et racheter continuellement les principes de la raison connexes à ceux de la Foi des obnubilations et distorsions qu’ils subissent sous la pression d’intérêts et de vices consolidés en modèles et courants culturels. »

S’il est permis de reprendre dans ce contexte un mot de Léon Bloy, que le futur cardinal Journet n’hésitait pas à citer en 1956 dans ses Entretiens sur la grâce (publiés en 1969): « Le Saint-Esprit se “prostitue” pour aller chercher les âmes dans la boue. »

Non pas bien sûr que l’Esprit Saint ne soit éternel Esprit de Vérité et d’Amour, comme le Christ nous l’atteste dans l’Evangile. Mais il faut garder à l’esprit que s’il n’est « rien de sain sans l’onction du Saint Esprit », nous savons bien qu’en nous, même avec l’onction du Saint esprit et la grâce habituelle, tout n’est pas saint, et que le Saint Esprit s’unit réellement à des hommes pécheurs.

Le trouble actuel provient précisément de cette fonction purificatrice et rédemptrice d’un magistère pétrinien assisté indéfectiblement par le Christ et l’Esprit Saint : non qu’il dise vrai ce qui est faux, mais il a le courage, l’honnêteté et la charité d’aller chercher la toute petite et vacillante lueur de vérité qui continue de scintiller au plus profond du cloaque, de l’idéologie, et même de l’intelligence la plus virulente contre le Christ et l’Evangile… pour raviver cette lumière. C’est précisément ce que faisaient saint Thomas d’Aquin, saint Ignace de Loyola, et le Christ Lui-même. Selon saint Matthieu : « Lui, véritable Serviteur, n’éteint pas la mèche qui faiblit… ainsi devait s’accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe. »

Comme les papes l’ont souligné, en particulier Jean-Paul II et Benoît XVI (nous le reverrons dans les catéchèses suivantes), c’est là que le Successeur de Pierre, comme Pierre lui-même, est configuré au Mystère du Christ, tout à la fois vraie Lumière et pierre de scandale : rejeté, souffrant, torturé, trahi, défiguré – y compris par « ceux qui [una cum] partagent Son Pain » (Ps 40,10).

Et ce mystère nous traverse chacun, comme le souligne Saint Augustin (Confessions, X 23,34), en une phrase qui jette une lumière singulière sur les propos de Léon XIII et Saint Thomas d’Aquin o.p. que nous relevions précédemment :

« Mais pourquoi la vérité enfante-t-elle la haine ? Et pourquoi l’homme qui est Tien devient-il un ennemi pour eux en prêchant la vérité, puisqu’on aime la vie heureuse qui n’est autre chose que la joie de la vérité ? Pourquoi, sinon parce qu’on aime la vérité de telle façon que ceux qui aiment autre chose veulent que ce qu’ils aiment soit la vérité ; aussi, parce qu’ils n’admettraient pas de se tromper, ils n’admettent pas d’être convaincus qu’ils se sont trompés.

« C’est ainsi qu’ils haïssent la vérité à cause de cette autre chose qu’ils prennent pour la vérité et qu’ils aiment.

« Ils aiment la vérité quand elle brille, ils la haïssent quand elle accuse [et reconnaissons-le, les leçons de morale du François, qui tire à boulets ramés contre tous les pharisaïsmes, sont extrêmement désagréables !] ; car, ne voulant pas être trompés et voulant attirer à eux, ils l’aiment quand elle se signale, elle, et la haïssent quand elle les signale, eux. »

Bertrand Kammerer
laïc de Saint Dominique, doctorant en théologie (université de Lorraine)

Le Pontife romain est le Docteur suprême

Catéchèse de Jean-Paul II sur l’Église


Audience générale du 10 mars 1993

1. Des passages du Nouveau Testament vus plusieurs fois dans les catéchèses précédentes, il résulte que Jésus a manifesté Son Intention de donner à Pierre les Clefs du Règne, en réponse à une profession de Foi. Dans celle-ci, Pierre a parlé, au nom des Douze, dans la force d’une Révélation qui venait du Père. Et lui a exprimé sa Foi en Jésus comme « le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Cette adhésion de Foi à la Personne de Jésus n’est pas une simple attitude de confiance, mais comprend clairement l’affirmation d’une doctrine christologique. Le rôle de pierre fondamentale de l’Église, conféré par Jésus à Pierre, comporte donc un aspect doctrinal (cf. Mt 16,18-19). La mission de « confirmer les frères » [dans] la Foi, qui lui a aussi été confiée par Jésus (cf. Lc 22,32), va dans le même sens. Pierre bénéficie d’une Prière spéciale du Maître pour remplir ce rôle et aider ses frères à croire. Les paroles « Pais mes agneaux », « Pais mes brebis » (Jn 21,15-17) n’énoncent pas explicitement une mission doctrinale, mais l’impliquent. Paître le troupeau, c’est lui procurer un nutriment solide de Vie spirituelle, et dans ce nutriment est la communication de la Doctrine révélée pour nourrir la Foi. Il s’en déduit que, selon les textes évangéliques, la mission pastorale universelle du Pontife romain, Successeur de Pierre, comporte une mission doctrinale. Comme Pasteur universel, le pape a la mission d’annoncer la Doctrine révélée et de promouvoir dans toute l’Église la vraie Foi en Christ. C’est le sens intégral du ministère Pétrinien.

2. La valeur de la mission doctrinale confiée à Pierre résulte du fait que, toujours selon les sources évangéliques, elle a trait à une participation à la Mission pastorale du Christ. Pierre est le premier de ces Apôtres à qui Jésus a dit : « Comme le Père M’a envoyé, Moi aussi, Je vous envoie » (Jn 20,21 ; cf. Jn 17,18). Comme Pasteur universel, Pierre doit agir au Nom du Christ et en syntonie avec lui dans toute l’ample aire humaine dans laquelle Jésus veut que soit prêché Son Évangile et que soit portée la Vérité salvifique : le monde entier. Le Successeur de Pierre dans la mission de Pasteur universel est donc l’héritier d’un « munus » doctrinal, dans lequel il est intimement associé, avec Pierre, à la mission de Jésus. Cela ne retire rien à la mission pastorale des Évêques qui, selon le Concile Vatican II, ont entre leurs principaux devoirs celui de la Prédication de l’Évangile : ceux-ci en fait « sont les hérauts de la Foi… qui prêchent au peuple à eux confié la Foi à croire et à appliquer dans la pratique de la vie »(Lumen Gentium 25). Toutefois l’Évêque de Rome, comme Chef du Collège épiscopal par Volonté du Christ, est le premier héraut de la Foi, à qui revient la tâche d’enseigner la Vérité révélée et de montrer ses applications dans le comportement humain. Lui a la responsabilité première de la diffusion de la Foi dans le monde. C’est ce qu’affirme le Concile de Lyon II (1274) au sujet de la Primauté et la plénitude de pouvoir de l’Évêque de Rome, quand il souligne que « celui-ci a le devoir de défendre la vérité de la Foi, et qu’il lui revient donc de résoudre toutes les questions controversées dans le champ de la Foi » (Denz. 861). Sur la même ligne, le Concile de Florence (1439) reconnaît dans le Pontife romain le « Père et Docteur de tous les chrétiens » (Denz. 1307).

3. À cette mission doctrinale, le Successeur de Pierre s’applique avec une série continuative d’interventions, orales et écrites qui constituent l’exercice ordinaire du Magistère comme enseignement des vérités à croire et à traduire dans la vie (fidem et mores). Les actes exprès d’un tel ce magistère peuvent être plus ou moins fréquents et prendre des formes diverse selon les nécessités des temps, les exigences de situations concrètes, les possibilités et les moyens à disposition, les méthodologies et les techniques la de communication : mais, [une  fois] posé qu’elles découlent d’une intention explicite ou implicite de se prononcer en matière de Foi et de coutumes, elles sont reliées au mandat reçu par Pierre et revêtent l’autorité à lui conférée par le Christ. L’exercice d’un tel magistère peut advenir aussi sous un mode extraordinaire, quand le Successeur de Pierre – seul, ou avec le Concile des Évêques, comme Successeurs des Apôtres – se prononce ex cathedra sur un point déterminé de doctrine ou de morale chrétienne. Mais de ceci nous reparlerons dans la prochaine catéchèse. Pour l’heure nous devons concentrer notre attention sur la forme consuétudinale [NdT : habituelle] et ordinaire du magistère papal, qui a une extension bien plus vaste et une importance essentielle pour la pensée et la vie de la communauté chrétienne.

4. À cet égard, mérite avant tout d’être soulignée la valeur positive de la mission d’annoncer et de diffondre [NdT : diffuser] le message chrétien, de faire connaître la Doctrine authentique de l’Évangile, en répondant aux interrogations antiques et nouvelles des hommes, devant les problèmes fondamentaux de la vie, avec les Paroles éternelles de la Révélation. Ce serait un concept réducteur, et même erroné, que celui d’un magistère papal consistant seulement dans la condamnation des erreurs contre la Foi. Cet aspect [sous] un certain mode négatif, est sans doute présent dans la responsabilité pour la diffusion de la Foi, étant également nécessaire pour la défendre contre les erreurs et les déviations. Mais la tâche essentielle du Magistère papal est d’exposer la Doctrine de la Foi, promouvant la connaissance du Mystère de Dieu et de l’Œuvre du Salut, et mettant en lumière tous les aspects du Dessein divin en cours d’actuation dans l’histoire humaine sous l’action du Saint-Esprit. Ceci est le service à la Vérité, confié principalement au Successeur de Pierre qui, déjà dans l’exercice ordinaire de son magistère, agit non comme personne privée, mais comme Maître suprême de l’Église universelle, selon la précision du Concile Vatican II sur les définitions ex cathedra (cf. Lumen Gentium 25). Dans l’accomplissement de cette tâche, le Successeur de Pierre exprime en forme personnelle mais avec autorité institutionnelle la « règle de la Foi » à laquelle doivent se tenir les membres de l’Église universelle – simples fidèles, catéchistes, enseignants de religion, théologiens – dans la recherche du sens des contenus permanents de la Foi chrétienne, [ou] aussi en rapport aux discussions qui surgissent à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté ecclésiale sur des points variés ou sur tout l’ensemble de la Doctrine. Il est vrai que tous dans l’Église, et en particulier les théologiens, sont appelés à accomplir ce labeur de clarification et d’explicitation continues. Mais la mission de Pierre et de ses Successeurs est d’établir et de refonder [ribadire] avec autorité ce que l’Église a reçu et cru depuis le début, ce que les Apôtres ont enseigné, ce que la Sainte Écriture et la Tradition chrétienne ont fixé comme objet de la Foi et comme norme chrétienne de vie. Même les autres Pasteurs de l’Église, les Évêques Successeurs des Apôtres, viennent [à être] « confirmés » par le Successeur de Pierre dans leur communion de Foi avec le Christ et dans le bon parachèvement de leur mission. [Sous] un tel mode, le Magistère de l’Évêque de Rome signe pour tous une ligne de clarté et d’unité, qui spécialement en des temps de communication et de discussion maximales, comme les nôtres, se révèle indispensable [imprescindibile : indivisible, dont on ne peut se séparer].

5. La mission du Successeur de Pierre vient [à être] poursuivie dans trois modes fondamentaux : avant tout avec la parole. Comme Pasteur universel, l’Évêque de Rome se tourne vers tous les chrétiens et vers tout le monde, actuant en mode plein et suprême la mission conférée par le Christ aux Apôtres : « Rendez Maîtres [ammaestrate : enseignez, rendez experts, faites des maîtres] toutes les nations » (Mt 28,19). Aujourd’hui que les moyens de communication lui permettent de faire joindre [par] sa parole toutes les nations, il parachève ce Mandat divin comme jamais cela n’avait été possible auparavant. En outre, grâce aux moyens de transport qui lui permettent de rejoindre personnellement même les lieux les plus lointains, il peut porter le message du Christ aux hommes de tous les pays, actuant, [sous un] mode nouveau et non imaginé en d’autres temps, l’ »andate« , qui fait partie de ce divin Mandat : « Allez [andate] et rendez Maîtres [ammaestrate] toutes les nations… » Le Successeur de Pierre parachève ensuite sa mission avec les écrits : à commencer par ses discours, qui viennent [à être] publiés pour que son enseignement vienne [à être] connu et documenté, pour finir avec tous les autres documents émanant directement – et sont à rappeler en premier lieu les encycliques, qui ont aussi formellement la valeur d’enseignement universel – ou, indirectement, [par] la médiation [mediante] des Dicastères de la Curie romaine qui opèrent sous son mandat. Le pape actue enfin sa tâche de Pasteur avec des initiatives faisant autorité et des institutions d’ordre scientifique et pastoral : ainsi, par exemple, en ouvrant ou en favorisant des activités d’étude, de sanctification, d’évangélisation, de charité et d’assistance, etc., dans toute l’Église ; en promouvant des instituts autorisés et garantis pour l’enseignement de la Foi (séminaires, facultés de théologie et de sciences religieuses, associations théologiques, académies, etc.). Il est tout un ample éventail d’interventions formatives et opératives qui font chef [fanno capo, ici, qui trouvent leur tête ou clef de voûte en Pierre] au Successeur de Pierre.

6. Concluant, nous pouvons dire que le contenu de l’enseignement du Successeur de Pierre (comme des autres Évêques), dans son essence, est un témoignage au Christ, à l’Événement de l’Incarnation et de la Rédemption, à la présence et à l’action du Saint-Esprit dans l’Église et dans l’histoire. Dans sa forme expressive, il peut varier selon les personnes qui l’exercent, de leurs interprétations au sujet des nécessités des temps, de leurs styles de pensée et de communication. Mais le rapport avec la Vérité vivante, Christ, en a été, en est et en sera toujours la force vitale.

Dans ce rapport au Christ est proprement l’explication définitive des difficultés et des oppositions que le Magistère de l’Église a toujours rencontrées, des temps de Pierre à aujourd’hui. Pour tous les Évêques et Pasteurs de l’Église, et spécialement pour le Successeur de Pierre, valent les Paroles de Jésus : « Un disciple n’est pas plus que son maître » (Mt 10,24 ; Lc 6,40). Jésus Lui-même a rempli Son Magistère au milieu de la lutte entre les ténèbres et la Lumière, qui constitue [le milieu] ambiant de l’Incarnation du Verbe (cf. Jn 1,1-14). Cette lutte était vive aux temps apostoliques, comme le Maître [nous en] avait avisés : « S’ils M’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn 15, 20). Elle s’est par trop déroulée aussi dans le milieu de quelques communautés chrétiennes, tant que Saint Paul sentit le besoin d’exhorter Timothée, son disciple : « Annonce la Parole, insiste en chaque occasion opportune et non opportune, admoneste, réprouve, exhorte en toute magnanimité et doctrine … (bien que) [il viendra un temps où] la saine doctrine ne sera plus supportée » (2Tm 4,2-3).

Ce que Paul recommandait à Timothée vaut également pour les Évêques d’aujourd’hui, et spécialement pour le Pontife romain, qui a la mission de protéger le Peuple chrétien contre les erreurs dans le champ de la Foi et de la morale, et le devoir de garder le Dépôt de la Foi (cf. 2Tm 4,7). Malheur à qui s’effraye des critiques et des incompréhensions. Sa consigne est de rendre témoignage au Christ, à Sa Parole, à Sa Loi, à Son Amour. Mais à la conscience de sa responsabilité propre dans le champ doctrinal et moral, le Pontife romain doit ajouter l’engagement d’être, comme Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Priez pour que cela soit, et le devienne toujours plus.


Aux fidèles de langue française

Chers Frères et Sœurs,

Je vous salue cordialement, chers pèlerins de langue française qui êtes ici ce matin. Je souhaite la bienvenue, en particulier, au groupe de fidèles de Valence, venus à Rome sous la conduite de leur Évêque, Monseigneur Didier–Léon Marchand, avec plusieurs personnes handicapées. J’espère que votre séjour à Rome vous affermira dans la Foi dont témoignèrent les Apôtres qui avaient reçu du Christ la mission d’annoncer l’Évangile sur toute la terre.

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde !

© LA NEF le 14 août 2019, exclusivité internet

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