Cinéma Février 2020

La voie de la justice (29 janvier 2020)

Ancien étudiant en droit à Harvard, Brian Stevenson (Michael B. Jordan), Noir, aurait pu faire une riche carrière, en cabinet. Au lieu de cela, il choisit d’aller en Alabama aider des Noirs condamnés qu’il sait mal défendus. Là, il a le soutien d’une jeune avocate, Eva Ansley, qui aide aussi les détenus sans moyens de défense. Il commence par Walter McMillian (Jamie Foxx) condamné à mort pour meurtre. Sa défense devrait être facile : les preuves de son innocence sont criantes et le seul témoin à charge est un criminel qui avait intérêt à le charger. Mais la cour, contre l’évidence, continue de l’accuser.
Le réalisateur Destin Daniel Cretton n’est pas Blanc mais peut-être le seul asiatique (né à Hawaï) de cette production sur le racisme anti-Noirs aux États-Unis. Le film centré sur le cas de McMillian, regarde aussi autour, s’étendant sur plusieurs années. Tiré du récit autobiographique de Brian Stevenson, il multiplie les faits vrais, faisant de ce mélange de cas un tableau accablant du racisme en l’Alabama. Le film pointe la spécificité américaine du « couloir de la mort » où McMillian, aura passé plus d’une année à attendre, sans certitude, son exécution. Un film de grande qualité, par sa mise en scène (qui évite heureusement le rituel suspense de prétoires), et par son interprétation talentueuse qui font que malgré sa longueur, Il est constamment passionnant.

Fils d’un roi (26 février 2020)

Cheyenne-Marie Carron est la plus atypique et, pour son courage, la plus admirable des cinéastes français. Abandonnée à trois mois par sa mère kabyle et adoptée par de modestes campagnards français, elle est montée à Paris à 20 ans sans rien dans les poches mais avec dans la tête un rêve démesuré : faire ses propres films. Elle en a déjà fait dix, qu’elle a écrits, réalisés et produits toute seule. Extrêmement libre par rapport à son époque et indépendante de tout milieu et coterie, elle risque des sujets intempestifs et souvent tabous dans la société actuelle. Son dernier film est exemplaire à cet égard puisqu’il parle de la monarchie aujourd’hui, étudiée et défendue par deux lycéens. Ils ont choisi de faire un exposé en classe sur ce sujet, au grand dam de leur professeur, L’un d’eux, Kévin, est un enfant d’ouvriers qui porte en lui un désir de grandeur, de transcendance et l’envie d’échapper par l’histoire à son quotidien borné. Il croise son idéal avec la réalité d’une monarchie actuelle, celle que lui vante son camarade Elias, d’origine marocaine, pour qui le roi n’est pas un concept mais une personne réelle qu’il respecte absolument.
Entre les discussions des deux lycéens, les confrontations avec les professeurs, les débats en classe, le film a une part inhabituelle de dialogues, où pleuvent les bonnes vérités, oubliées ou cachées, qui accentuent son originalité. Un détail la renforce encore : les élèves ont écrit au Duc d’Anjou et au Comte de Paris. Surprise : ils reçoivent une réponse de chacun d’eux. Et ce n’est pas du cinéma.

François Maximin

DVD à signaler

LA VOCATION DE SAINT MATTHIEU
Méditation sur le tableau du Caravage

Traditions Monastiques, 2019, 40 mn, 14 €
Voilà un DVD tout particulièrement exceptionnel et passionnant : c’est en effet une véritable méditation, d’une rare puissance, sur ce chef-d’œuvre qu’est La vocation de saint Matthieu du peintre italien Le Caravage (1571-1610). Durant 40 mn, un moine de l’abbaye Saint-Joseph de Clairval dissèque le célèbre tableau pour en tirer toute sa signification spirituelle, depuis la place et les gestes des personnages, le sens des couleurs et de la lumière, au mouvement, le tout rapporté aux passages ad hoc de la Bible. Une magnifique réussite à se procurer sur :
www.traditions-monastiques.com

Christophe Geffroy

© LA NEF n°322 Février 2020

À propos François Maximin

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chroniqueur cinéma de La Nef.