Cinéma Mars 2020

De Gaulle (4 mars 2020)

En Mai 1940, le gouvernement envisage d’accepter la défaite. Charles de Gaulle, nouveau général, veut infléchir le cours de l’histoire. Il gagne Londres alors que sa femme, Yvonne, son soutien, est lancée avec ses enfants sur les routes de l’exode.
Le réalisateur Gabriel Le Bomin n’en est pas à son coup d’essai sur la résistance et sur de Gaulle. Il a choisi ici de centrer son film sur l’homme de juin 1940, celui qui dit « non ». L’un des moments, où, juge-t-il, il est le plus fragile, le plus humain. Là où on peut approcher l’intime.
Ce dernier aspect est l’un des plus réussis dans le film, quand on voit et qu’on suit Charles avec sa femme Yvonne ; comment elle est son soutien et comment il souffre de ne plus la voir lorsqu’elle est loin de lui. Inattendue dans ce rôle, Isabelle Carré donne une composition sensible très juste, tandis que Lambert Wilson est crédible en ne cherchant pas à mimer de Gaulle. Il y a aussi Anne, la petite fille trisomique, vue de façon très touchante. Mais ce qui est mis en valeur, bien sûr, qui ne convaincra pas tout le monde, c’est le héros presque mythique qui renverse à lui seul le cours de l’histoire par le seul enregistrement radio de l’appel du 18 juin. Tout en affectant la sobriété, la réalisation se fait alors, malgré elle, solennelle, taillant la statue du sauveur dans le marbre des ondes radio. Moment historique qui n’est pas le meilleur de ce film où l’on apprécie plutôt la dimension humaine du personnage où git une grandeur certaine.

La bonne épouse (4 mars 202)

À la fin des années 60, Paulette Van Der Beck dirige avec passion l’école ménagère qui porte son nom (ou plutôt, comme il convient, celui de son mari). Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal, sans fléchir, c’est ce qu’elle enseigne à sa vingtaine d’élèves.
Martin Provost, le réalisateur, aime les femmes, plus encore quand elles savent prendre leur destin en main. C’est le cas de Paulette (Juliette Binoche, exceptionnelle), censée représenter toutes les responsables de ces écoles ménagères qui fleurirent partout en France, surtout à la campagne, avant de disparaître vers 1970. La matière du film consiste en portraits des différents occupants de l’école, cadres et élèves. Le ton est à la comédie et comme il est facile de faire rire de femmes et de jeunes filles qui n’ont que le ménage pour horizon ! Provost évite de faire la corde trop grosse et permet à ses actrices de provoquer un rire plus subtil. Mais peu à peu se dégage une intention qui n’est plus comique, une charge féministe qui s’appuie sur la mise au pilori des écoles ménagères et de leur idéal de « la bonne épouse ». Comme personne ne peut avaliser un tel dessin du couple parental, phallocratique et misogyne, on est conduit par le film à applaudir le modèle révolutionnaire et libérateur de la soixante-huitarde, maîtresse de sa vie et possesseuse de son corps. Comme cela se fait au rythme d’une comédie musicale à travers champs et prés de la doulce France, cela adoucit le trait.

François Maximin

DVD à signaler

TOUT OU RIEN, SŒUR CLARE CROCKETT
Saje Distribution, 2020, 1h26, 14,99 €
Un remarquable documentaire sur Sœur Clare Crockett : née en 1982 dans un quartier populaire de la ville de Derry en Irlande du Nord, cette jeune fille douée, au caractère entier et devant qui se dessinait un avenir prometteur dans le monde cinématographique, fut touchée par la grâce au cours d’un pèlerinage (elle pensait partir en voyage touristique en Espagne !). Elle devint religieuse chez les Sœurs Servantes du Foyer de la Mère. Elle mourut en 2016 pendant un tremblement de terre en Équateur dans l’effondrement de l’école où elle était affectée.
Réalisée à partir de films d’archives et de nombreux et bouleversants témoignages, ce film retrace le chemin spirituel et lumineux de cette jeune religieuse qui continue après sa mort à toucher de nombreux cœurs.

JE N’AI PAS HONTE
Film de Brian Baugh avec Masey Mc Lain

Saje Distribution, 2020, 1h52, 19,99 €
Ce film retrace la vie de Rachel, jeune lycéenne qui fut la première victime de la tuerie du lycée de Columbine dans le Colorado en 1999.
Déstabilisée par la séparation de ses parents, écartelée entre sa foi – son père était pasteur – et toutes les sollicitations et tentations de sa génération, elle décide d’un changement de vie radical : le scénario s’inspire des nombreuses notes du carnet où elle notait son cheminement spirituel. Si cette réalisation est un pur produit américain et évangélique, elle reste néanmoins un réel témoignage de la réalité des combats intérieurs, même sous le masque d’une certaine insouciance. À réserver aux grands adolescents.

Anne-Françoise Thès

© LA NEF n°323 Mars 2020

À propos François Maximin

chroniqueur cinéma de La Nef.