Livres Février 2020

LES GRANDES FIGURES DE LA DÉCENTRALISATION
SOUS LA DIR. DE VINCENT AUBELLE ET NICOLAS KADA
Berger-Levrault, 2019, 824 pages, 49 €

Beaucoup répètent que l’an I de la décentralisation serait advenu avec les lois Deferre de 1982, au début de la présidence socialiste Mitterrand. Aujourd’hui on aurait tendance à confondre la « déconcentration », qui est la délocalisation, de Paris vers la province, de services administratifs ou d’institutions, et la véritable « décentralisation » qui est la renonciation par le pouvoir central – l’État – à des prérogatives et des pouvoirs exercés par des instances indépendantes de lui.

La très riche anthologie qui est publiée sous la direction de Vincent Aubelle et de Nicolas Kada, deux universitaires spécialistes des questions de décentralisation et des collectivités territoriales, permet de revenir aux textes fondamentaux, à « la pensée de ceux qui ont réfléchi et travaillé autour de cette tension qui existe entre l’État et les pouvoirs locaux ». 70 figures sont présentées par ordre alphabétique, du marquis d’Argenson au géographe Vidal de La Blache, en passant par Chevènement, Jean-François Gravier, Jaurès, Turgot et bien d’autres. Pour chaque auteur, une présentation de sa vie et de son œuvre précède ou un plusieurs textes significatifs de sa pensée sur la décentralisation. Si le mot n’apparaît qu’en 1829, la nécessité de corps intermédiaires a été perçue depuis bien longtemps. Le juriste Jean Bodin, au XVIe siècle, présenté ici par Gautier Mingous, montre la nécessité pour « la juste royauté » de s’appuyer sur « les états du peuple, et de chacune province, ville et communauté. »

Cette anthologie n’a oublié ni Maurras (par Olivier Dard) ni le comte de Chambord (par Gilles Lagarde). Dans la notice consacrée à François Hollande (par Vincent Aubelle), la présentation de sa grande réforme des régions (passées de 22 à 13) est présentée de façon très détaillée dans ses motivations, non sans de justes critiques.

Yves Chiron

L’ISLAM MIS À NU PAR LES SIENS
MAURICE SALIBA
Éditions Riposte laïque, 2019, 350 pages, 19,50 €

Voici un ouvrage unique qui mérite la plus grande attention. Depuis près de 20 ans, à force de scruter ce qui se publie sur l’islam à l’intérieur du monde musulman, son auteur, qui a mené une carrière de consultant international en Afrique et dans les pays arabes, a découvert un fait nouveau : la contestation radicale de cette religion par certains de ceux qui en sont issus, phénomène qui se développe surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001 et dont l’audience s’accroît grâce à internet et aux chaînes satellitaires. Parfait arabisant, Maurice Saliba (il est né au Liban) a traduit et rassemblé dans cette anthologie les textes les plus significatifs émanant d’intellectuels et de témoins de diverses origines, arabes, iraniens ou autres, hommes et femmes, demeurés dans leurs pays ou établis en Occident.

Le classement thématique choisi par l’auteur montre qu’aucun sujet n’échappe à la critique de ces contestataires, apostats ou athées : l’identité d’Allah, les incohérences et les absurdités du Coran, l’existence et le faux prophétisme de Mahomet ; et tant d’autres thèmes qui constituent la doctrine de l’islam : le despotisme divin, le mépris de la liberté et de la dignité de l’homme, la misogynie, le paradis et l’enfer, la prédestination, la violence, etc. Certains jugements sont particulièrement durs, même à travers l’humour qui les caractérise parfois. Très audacieux, ceux qui les émettent montrent les causes de la régression de la pensée islamique, l’enfermement psychologique des musulmans, leur hypocrisie comportementale, l’alibi de l’islamophobie, etc. Bref, le constat est globalement négatif. « C’est la haine, et pas l’amour, qui dirige l’islam », affirme Amil Imani. Enfin, pour lui et d’autres, l’islam est irréformable.

Dans une conclusion tournée vers l’avenir, M. Saliba s’interroge sur le sens de toutes ces prises de position : n’annonceraient-elles pas « le crépuscule de la religion d’Allah » ? Quoi qu’il en soit, « l’islam ne peut plus prétendre échapper à l’heure de vérité ». Ce que corrobore dans sa préface le Père Henri Boulad, jésuite égyptien bien connu en France pour ses positions sans concession sur l’islam : « L’islam mis à nu par les siens est un pavé dans la mare […]. Mais c’est aussi un brûlot, une complainte et un cri de désespérance. »

Annie Laurent

JOURNAL DE PRIÈRE
FLANNERY O’CONNOR
Actes Sud, 2019, 64 pages, 9 €

Née en 1925, décédée en 1964, Flannery O’Connor a traversé le monde des lettres comme un météore. Originaire du sud des États-Unis, région marquée par la guerre de Sécession et la question raciale, elle a réussi à s’imposer à travers deux romans et des nouvelles dont plusieurs publiées à titre posthume. Si elle fut une incarnation féminine du Sud, son œuvre reste surtout habitée par sa foi catholique, une part essentielle, décisive même de son être.

On s’en rend encore mieux compte aujourd’hui à la lecture de ce Journal de prière. On y entre d’ailleurs sur la pointe des pieds, intimidé de pénétrer au plus intime de l’intime. L’écrivain s’y adresse à Dieu directement, comme à un ami. « Cher Dieu » écrit-elle ainsi, avec une fraîcheur, une spontanéité, une jeunesse qui n’appartiennent qu’à certaines âmes. Elle lui fait part de sa vie, de ce qu’elle considère comme sa médiocrité et des efforts qu’elle entend poursuivre.

De ses lectures aussi. Bernanos la marque, mais plus encore c’est la voix tonitruante de Bloy qui l’a rejointe : « Bloy est entré dans ma vie. Ce qui est désolant, c’est qu’il soit possible de retourner à ce qu’on est et être ce qu’on est après l’avoir lu. Il est un iceberg lancé sur moi pour briser mon Titanic, et j’espère que ce dernier sera fracassé, mais j’ai peur qu’il faille davantage que Bloy pour anéantir le siècle en nous. » Un siècle qu’elle voit comme « la Chute qui se prolonge, et assurément le péché originel en nous ». Nous sommes loin d’une spiritualité à l’eau de rose comme de son dernier avatar, très humaniste.

Ce court Journal tient à la fois de la méditation et de l’oraison en acte. Flannery O’Connor s’y révèle proche de nous par ses inquiétudes et ses chutes. Elle est notre grande sœur, qui nous a précédés sur des chemins difficiles, et qui nous montre la route. Mais elle, elle est parvenue déjà à un degré supérieur. Au point que l’on reste sans voix, encore surpris d’être entré comme par effraction dans cette histoire d’une âme, à la fois si spirituelle et si humaine.

Philippe Maxence

CFTC : 100 ANS DE SYNDICALISME, ET APRÈS ?
Choisir entre l’humanité et la marchandisation de l’humain
JOSEPH THOUVENEL
Téqui, 2019, 144 pages, 13 €

Vice-président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), et membre du CESE, Joseph Thouvenel signe avec cet essai engagé mais substantiel à la fois un hommage et un manifeste. Revenant sur « 100 ans de syndicalisme », l’auteur transmet l’héritage trop méconnu et narre la lutte édifiante de la CFTC, en retombant sans peine sur les enjeux de notre temps.

Créée en 1919, un an après la guerre, 28 ans après Rerum novarum, la CFTC vient rassembler l’ensemble des ouvriers et des patrons chrétiens derrière une même bannière. Mais s’il se revendique de la doctrine sociale de l’Église, le syndicat n’est pas confessionnel : tous peuvent y adhérer, du moment qu’ils en partagent les valeurs essentielles.

À tous points de vue, la CFTC va à contre-courant. Ses partisans refusent la violence révolutionnaire pour prôner la coopération (ce qui leur vaudra la haine tenace de la CGT, qui les persécutera dès la constitution de leur syndicat et pendant des décennies). Ils acceptent le ralliement à la République tout en se posant comme adversaires de la société contractualiste des Lumières et du matérialisme de la société industrielle.

L’auteur revient sur les grandes figures du syndicat (Jules Zirnheld, Gaston Tessier, etc.) et de la tradition du catholicisme social (d’Ozanam à Albert de Mun), en rappelant au passage à quel point la loi Le Chapelier (1791) fut une catastrophe pour le XIXe siècle et une régression par rapport à l’Ancien Régime. L’après-guerre est passionnant (et terrible, avec la scission de 1964 !). Un ouvrage à lire.

Yrieix Denis

LA CIGOGNE DE MINERVE
Philosophie, culture palliative et société
LOUIS-ANDRÉ RICHARD
Presses de l’Université de Laval, 2019, 428 pages (diffusé par L’Harmattan en France ou sur www.pulaval.com 40 $ canadien)

Ce livre, puissant, très dense et non moins exigeant, préfacé par Pierre Manent, convoque la philosophe et ses maîtres dans une vaste réflexion sur la fin de vie et s’adresse notamment aux accompagnants en soins palliatifs. Le titre, quelque peu énigmatique, substitue à la chouette de Minerve, déesse de la Sagesse, cet autre oiseau, symbole grec de la piété filiale et, par analogie, des rapports entre tous les acteurs du monde palliatif.

Considérée comme un contre-feu efficace à la dérive euthanasique, la culture palliative est en passe de gommer cet interdit fondamental de l’homicide, voire de l’intégrer dans ses protocoles, sapée par la pression de l’opinion ou par des ambiguïtés sémantiques – le droit à « mourir dans la dignité » en étant l’exemple le plus flagrant.

Ayant participé à des comités d’éthique, le professeur Richard, Docteur en philosophie, a senti la nécessité de reposer les fondements philosophiques de ce débat, de le clarifier, permettant ainsi, au-delà des lieux communs tentant de s’opposer aux discours militants, de résister et de défendre la vie humaine à tous ses âges. En effet, ce livre s’achève par la retranscription d’une passionnante conférence donnée en 2015 au CHU de Besançon sur le thème de la « fin de vie en début de vie », montrant l’importance de cette problématique dans le cas de jeunes enfants, voire de nouveau-nés pour lesquels se profile cette terrifiante notion « d’avortement postnatal ».

Anne-Françoise Thès

LE CHRISTIANISME EST CRÉDIBLE
PÈRE LOUIS-MARIE DE BLIGNIÈRES
Sedes Sapientiae / DMM, 2019, 206 pages, 19,50 €

Comme le dit Mgr André Léonard dans la préface de ce livre, le Père Louis-Marie de Blignières fait œuvre utile et opportune d’apologète, de défenseur de la foi, en démontrant qu’il est raisonnable de croire en Jésus car les Évangiles sont historiques, les prophéties sont pertinentes, les miracles accomplis par le Verbe incarné sont éloquents, sa doctrine est sublime, sa Résurrection est crédible. Dans cet ouvrage, « le lecteur restera peut-être sur sa faim concernant les questions lancinantes posées par l’athéisme à propos de l’existence même de Dieu et de la réalité tragique du mal », mais, si c’est le cas, il pourra s’abonner à la revue Sedes Sapientiae de la Fraternité-Saint-Vincent-Ferrier ou acquérir certains anciens numéros de cette revue pour compléter le présent ouvrage. L’apologétique ne donne pas la foi mais elle la défend et elle met sur son chemin. C’est dire son importance.

Abbé Laurent Spriet

(RE)VIVEZ DE L’INTÉRIEUR
JEAN-GUILHEM XERRI
Cerf, 2019, 212 pages, 16 €

Sous-titré « Guide pratique de sagesse contemporaine », ce nouveau livre de J.-G. Xerri, thérapeute et psychanalyste, continue de proposer l’enseignement des Pères du Désert pour aider à (re)trouver un équilibre intérieur dans un monde où chacun de nous est sollicité, agressé de toutes parts : pour utiliser un terme à la mode, il s’agit là d’une véritable cure « détox » pour notre âme.

Parce qu’il connaît l’importance de cet équilibre, l’auteur propose un parcours gradué, ponctué de savoureux apophtegmes souvent d’une rare modernité. Dépollution intérieure, altruisme, méditation, combat intérieur, lutte contre l’acédie, contemplation de la nature permettent de reprendre de manière salutaire sa vie en main avec sagesse et équilibre.

Ce livre propose aussi de télécharger une série de méditations pour accompagner ce parcours.

Anne-Françoise Thès

ÉOLIENNES
La face noire de la transition écologique
FABIEN BOUGLÉ
Le Rocher, 2019, 230 pages, 16 €

On se résout au spectacle de ces disgracieuses éoliennes, dont les parcs qui se multiplient dénaturent nos campagnes, en se disant qu’elles sont le moyen de produire de l’électricité sans nuire au climat. Nouveau dogme, démontre Fabien Bouglé, fabriqué par le lobby de tous ceux qui se gavent de la manne des subventions qu’elles sont censées justifier ! Fabriquées en matériaux non-recyclables, fichées dans des socles de béton qui ne seront jamais déconstruits, elles produisent du CO2 à chaque étape de leur fabrication et de leur fonctionnement dont l’intermittence implique qu’elles soient doublées par des centrales thermiques ! La liste est longue des maux qu’elles entraînent sur les hommes et les animaux, notamment par les infrasons qu’elles émettent. Le caractère « démocratique » des enquêtes publiques précédant leur installation est douteux puisque les oppositions – toujours 70 à 80 % de ceux qui s’expriment – sont toujours balayées. Il est vrai que les bénéfices sont juteux, y compris pour des associations « vertes » souvent actionnaires des fabricants, et les maires ruraux qui les font installer sur leurs terres (plus de 200 cas de conflit d’intérêts sont pendants devant les tribunaux), et toujours, in fine, payés par le contribuable ou le consommateur. Nous. Fabriquées à l’étranger, elles ne créent aucun emploi en France, où elles en détruisent plutôt dans le domaine du tourisme : qui veut passer ses vacances au milieu des éoliennes ? « Cerise sur le gâteau », la Mafia s’intéresse de près à ce dernier. La démonstration de Fabien Bouglé est convaincante : les éoliennes, c’est vraiment du vent !

Jean-François Chemain

LE SIÈCLE DES RÉVOLUTIONS 1680-1789
EDMOND DZIEMBOWSKI
Perrin, 2019, 576 pages, 27 €

Un gros pavé, mais passionnant ! L’auteur, historien érudit et consciencieux à en juger par les dix pages de bibliographie, nous offre une grande fresque des politiques européenne dans le courant du XVIIIe siècle : que ce soit en Angleterre surtout, mais aussi aux Pays-Bas, en Suède, en Pologne, en Suisse même, partout régnait un climat d’insurrection. Il est à noter que d’une façon générale, les différents remous politiques de cette première moitié du XVIIIe siècle avaient un but de restauration, retour à un âge d’or disparu. Le tournant dans la pensée révolutionnaire arrive avec la notion de progrès, la première Déclaration des droits de l’homme et la révolution américaine qui, traversant l’océan, aura l’influence et les conséquences que l’on sait sur la France. De l’objectivité de l’auteur, il est difficile de juger, en tout cas, il n’est pas tendre pour Louis XVI et beaucoup plus indulgent pour la reine dont il nous présente un visage peu connu.

Ce gros volume, quoique d’une écriture agréable, est parfois d’une lecture ardue en raison d’allers-retours dans l’espace et dans le temps, allégée cependant par quelques réflexions un peu insolites de l’auteur glissées sur le ton de la conversation ! Les férus d’histoire y trouveront leur bonheur et les autres de quoi s’instruire.

Marie-Dominique Germain

DOM AUGUSTIN CALMET
GILLES BANDERIER
Éditions Sainte-Madeleine, 2019, 56 pages, 12 €

C’est une étonnante figure de l’histoire bénédictine du XVIIIe siècle qui nous est ici décrite dans cet opuscule fort bien illustré, prétexte aussi à nous faire découvrir quelques traits de cet Ordre.

Lorrain, né en 1672 et ordonné prêtre en 1696, cet esprit brillant, exégète, historien, protégé du duc Léopold, qui le chargea d’écrire une Histoire Ecclésiastique de la Lorraine, Dom Calmet fut élu Père Abbé de Senones, dans les Vosges, en 1728. Il y mourut en 1757. Peu de temps auparavant, en 1754, Voltaire contraint d’arrêter un périple vers Paris fut hôte quelques semaines de cette abbaye, attiré par la réputation de sa prestigieuse bibliothèque ; il rencontra ainsi Dom Calmet, pilla ses œuvres et ne cessa pas, néanmoins, de répandre son venin contre cet homme d’Église et ce qu’il représentait.

Anne-Françoise Thès

PROCIDAMUS !
PÈRE PAUL COCARD
Préface de l’abbé Claude Barthe, DMM, 2019, 170 pages, 13,50 €

Depuis quelques décennies, le sens et la pratique de l’adoration sont négligés au sein de l’Église catholique, y compris trop souvent dans la liturgie. Or, sans ce juste rapport corps et âme à son Créateur, l’homme « ne tarde pas à réduire Dieu à ses désirs tout humains et le culte à une autocélébration de lui-même », remarque le P. Paul Cocard, Frère de Saint-Jean, pour qui cet oubli, à la fois cause et signe de la sécularisation ambiante, constitue une sérieuse menace pour la foi.

À partir des fondements bibliques, de l’exemple du Christ, « parfait adorateur du Père » et « adoré comme Fils de Dieu », de Marie et des saints, des enseignements de docteurs de l’Église, du Magistère contemporain, ainsi que des rites orientaux, le lecteur trouvera dans ces pages un précieux guide pour redécouvrir la centralité de l’adoration, l’importance de sa gestuelle, sans oublier les bienfaits spirituels qui en découlent. « Quand les Français se prosterneront devant Dieu, la France se relèvera », conclut l’auteur de cet essai vraiment opportun.

Annie Laurent

SAINT THOMAS, EN PLUS SIMPLE
PÈRE JEAN-PIERRE TORRELL
Cerf, 2019, 224 pages, 18 €

Le Père Torrell est un religieux dominicain, spécialiste de saint Thomas d’Aquin. Ses deux maîtres-ouvrages sont connus : Initiation à saint Thomas d’Aquin. Sa personne, son œuvre et Saint Thomas d’Aquin, Maitre spirituel, initiation 2. Le problème c’est que ces ouvrages font respectivement 344 pages et 560 pages, et qu’ils ne sont pas abordables par tout un chacun… D’où ce livre qui nous présente à tous, sans avoir fait préalablement de la théologie, la pensée du saint en suivant l’histoire de sa vie. Le Père Torrell nous présente donc, de façon simple mais pas simpliste, les œuvres de saint Thomas dans le contexte de sa vie pérégrinante. C’est passionnant. À lire et à offrir pour connaître et aimer le « Docteur angélique », mais aussi son exceptionnelle pensée philosophique et théologique.

Abbé Laurent Spriet

LA FABRIQUE D’ORPHELINS
MARIE-HÉLÈNE VERDIER
Téqui, 2019, 86 pages, 12,90 €

Un essai vigoureux et incisif où l’auteur dénonce les conséquences de la légalisation de la PMA, prélude à celle de la GPA et point d’orgue avéré des lois sur le PACS et le mariage entre personnes du même sexe. Déjà, de nombreux enfants, désormais adultes, nés de PMA autorisées pour les couples infertiles, alertaient des conséquences psychologiques, mais aussi de santé publique, de cette rupture provoquée de filiation.

M-H Verdier dénonce avec verve et véhémence la montée en puissance du lobby gay, la manipulation des idées et du langage, ainsi que le rôle de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) dans cette tentative d’imposer le remplacement de la « famille biologique » traditionnelle par la « famille contractuelle ». Évidemment, dans ce discours militant, il ne sera jamais question des enjeux financiers, bien réels, du marché de la procréation, de ce nouvel esclavage des mères porteuses, ni des enjeux humains, comme si rendre sciemment des enfants orphelins de leurs parents était neutre, ni même des séismes que pourrait provoquer, en corollaire, l’ouverture de la levée de l’anonymat du « don » et des possibilités croissantes de retrouver son géniteur biologique.

Anne-Françoise Thès

QUE PENSER DE… SATAN
JEAN-PASCAL DULOISY
Éditions Fidélité, 2019, 120 pages, 9,50 €

Ordonné prêtre en 1988, le Père Jean-Pascal Duloisy est responsable du Service interdiocésain de l’exorcisme de la Province ecclésiastique de Paris depuis 2013. Aux côtés du regretté Père Georges Berson et de son équipe de laïcs et de religieux (une douzaine de personnes), l’exorciste a reçu, depuis sa nomination, plusieurs milliers de personnes dans le cadre de son ministère. Mais ce n’est pas seulement sur cette expertise que l’auteur se fonde pour écrire son ouvrage.

S’appuyant sur les ressources documentaires et théologiques du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) et du Bureau national des exorcistes (BNE), le Père Duloisy a aussi fait appel aux meilleurs relecteurs (notamment l’abbé Pascal Nègre, de la faculté Notre-Dame), ainsi qu’à son confrère l’abbé Jean-Baptiste Fropo (ancien exorciste de Fréjus-Toulon), tout en faisant usage de travaux de recherche reconnus, plus ou moins grand public.

Aussi, cet ouvrage synthétique, qui tient beaucoup du « Que-sais-je ? », est-il d’une très grande qualité. Non seulement parce qu’il tranche avec les ouvrages « tape-à-l’œil » sur la question, qui sont trop souvent l’occasion pour les auteurs de se mettre en scène ; mais aussi parce qu’il résume l’essentiel de la doctrine de façon claire, pédagogique et concise. « L’Église participe à la victoire du Christ sur le diable, car le Christ a donné à ses disciples le pouvoir de chasser les démons » (saint Jean-Paul II), peut-on lire en conclusion. Nul doute que cet ouvrage y participera.

Yrieix Denis

COURAGE !
Manuel de guérilla culturelle
FRANÇOIS BOUSQUET
Éditions de La Nouvelle Librairie, 2019, 250 pages, 12 €

« Le désespoir en politique est une sottise absolue » écrivait en son temps Charles Maurras. Et pour nombre de nos contemporains, cette sottise semble devenue une raison de ne pas agir. Mais afin d’y remédier, le patron de La Nouvelle Librairie et rédacteur en chef de la revue Éléments, François Bousquet, propose dans un court essai percutant et incisif de renouer avec une vertu à ses yeux oubliée : le courage.

Au fil des pages de ce « manuel de guérilla culturelle », jumeau droitier de l’œuvre d’Antonio Gramsci dont Bousquet ne cesse de faire l’éloge, se dessine progressivement la stratégie ad hoc pour permettre à la droite, aux conservateurs, d’atteindre le but ultime : l’hégémonie culturelle. Pour parvenir à cet objectif, Bousquet détaille un certain nombre de méthodologies de l’action métapolitique. À commencer par la nature même de cette guérilla.

En effet, pas question ici de Fort Alamo ou des tranchées de Verdun où chacun campe sur ses positions, la guérilla culturelle à laquelle invite l’auteur est une guerre de mouvement, une guerre révolutionnaire au sens maoïste du terme, une guerre de partisans. Un affrontement total où tout le monde est mobilisé dans une dynamique absolue. Bousquet passe à la sulfateuse les états d’âme et les atermoiements d’une certaine droite trop engluée dans son confort bourgeois pour agir. Et donne la clé pour sortir et de sa torpeur léthargique et de sa paralysie intellectuelle, politique et idéologique cette droite depuis trop longtemps soumise et dominée par la gauche et les libéraux : le courage. Pour Bousquet, qui puise sa réflexion dans le courant de la Nouvelle Droite, le courage est à l’origine de l’esprit européen, et c’est lui qui, demain, permettra aux peuples européens de se révolter contre les globalistes.

Si cet essai se distingue par la vigueur de son ton et de ses convictions, il n’échappe pas, néanmoins, au travers de tout ouvrage militant : le parti pris idéologique et certains jugements partiaux (quid de l’opinion de l’auteur sur le christianisme, qui n’apporte rien au propos ?). Il a cependant le mérite de sonner le clairon du combat pour la France.

Emmanuel de Gestas

DIVAGATIONS
CIORAN
Gallimard Arcades, 2019, 134 pages, 12,50 €

FENÊTRE SUR LE RIEN
CIORAN
Gallimard Arcades, 2019, 236 pages, 13,50 €

Les éditions Gallimard publient deux livres inédits de Cioran, directement traduits du roumain par Nicolas Cavaillès, Divagations et Fenêtre sur le Rien. Dans le premier, manuscrit sans doute écrit en 1945, Cioran s’interroge sur Dieu, le Paradis, ce qui est ou n’est pas, inquiet, angoissé, dans une langue parfois à la limite du mystique, accroché au néant qu’il lui semble traverser, isolé. Cioran divague volontairement au sujet de Dieu car ne sachant et ne connaissant rien, que faire ? Il écrit alors : « Qui est capable de quelque chose est capable de tout. À partir du moment où l’on a fait un pas dans le monde, on a virtuellement adhéré à tous ses aspects. Le fait d’être ne nous excuse en rien, nul n’est exempté du privilège de cette infortune. Car la banalité de la respiration s’arrête où commence l’Apocalypse. » Parfois, il y a de la désespérance, apparente du moins : « Il faut de la vie faire un sonnet – ou bien se pendre. » Frappant si l’on pense un instant à ce que nous faisons du monde qui nous a été confié. Cela ressemble fort à une pendaison collective.

À l’époque de Fenêtre sur le Rien, une seule fenêtre, un « Rien » avec majuscule, Cioran est dans le Quartier latin depuis sept ans, la guerre a mis un terme à ses opinions politiques d’avant, son admiration pour une Roumanie non pas autoritaire mais gouvernée par des gens verticaux plutôt que démocratique. De brillant intellectuel, il est devenu fantôme des hôtels de seconde zone de Paris. Il écrit des centaines de pages, souvent illisibles. Toujours en roumain. Ce sont ici des fragments qui sont proposés à notre lecture, réunis puis abandonnés, une fois la crise intérieure de l’écrivain estompée. Des fragments qui datent peut-être des années 1943-1944. Des années terribles dont Cioran ressort convaincu que rien n’est plus ni préférable ni justifiable. Sinon le détachement, qui n’est pas du tout un autre mot pour dire la solitude. Et pourtant : « Celui qui ne ressent aucune solidarité envers Dieu reste à jamais étranger au Bien. » Lire des inédits de Cioran, une formidable surprise.

Matthieu Baumier

11H14
GLENDON SWARTHOUT
Gallmeister, Totem, 2020, 332 pages, 9,90 €

Un nouveau roman policier Gallmeister de belle facture et avec un humour quelque peu « déjanté » qui ravira les amateurs du genre (dont je suis). Tyler Vaught a hérité d’un lourd passé enrobé d’un grand mystère : au début du XXe siècle, ses deux grands-pères se sont voué une haine féroce et elle ignore le sort de l’un d’eux. Elle envoie son amant enquêter dans sa petite ville natale, au Nouveau Mexique, mais celui-ci meurt d’un accident fort suspect. Aussi n’hésite-t-elle pas à faire appel à son ex-mari, l’inénarrable B. James Butters, dandy new-yorkais aussi drôle que sympathique, qui se retrouve dans l’Ouest américain avec ses costumes improbables qui ne le font pas passer inaperçu ! L’auteur, Glendon Swarthout (1918-1992), connu pour sa connaissance du Far West, emmène son lecteur des années 1970 à celles du début du siècle dans la grande tradition du western. Le résultat est un polar captivant, original et attachant.

Dans un genre assez proche (pour l’aspect quelque peu déjanté), signalons Cassandra de Todd Robinson, toujours chez Gallmeister, sorti en 2017 dans la collection Totem (9,80 €), qui raconte comment deux orphelins inséparables, Boo et Junior, videurs dans un club de Boston, sont chargés de retrouver la fille de 14 ans du procureur de la ville. C’est bien fait, palpitant et plein d’humour, mais à réserver impérativement aux adultes.

Patrick Kervinec

© LA NEF n°322 Février 2020

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