Quelques DVD récents, pour soirées confinées

JEANNE
De Bruno Dumont, 2020, 137 mn, 19 €

Le premier film du dyptique de Bruno Dumont (Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc) était décevant par son mélange de scènes inspirées et de numéros grotesques, sur fond de musique techno. Dans un tel souvenir, ce second film, sur la fin de la vie de la Pucelle, sobrement titré Jeanne, ne pouvait qu’inspirer la défiance. Certains ne l’ont pas aimé. Mais beaucoup ont été agréablement surpris par le changement d’inspiration.

Jeanne est ici une très étonnante petite fille de 10 ans qui habite son personnage sans la moindre timidité. Sa détermination sans faille, qui dénote une vraie droiture d’héroïne et de sainte, désarme toute ironie ou commisération. Elle est bien Jeanne, ou l’âme de Jeanne comme représentaient les artistes anciens : un petit enfant. On la voit lumineuse devant ses juges, à la Daumier, à Rouen (représenté par des vues vertigineuses de la cathédrale d’Amiens). Le texte n’est rien de moins que celui de Péguy d’où sortent comme des claquements d’étendard ses répliques géniales qui la font suivre jusqu’à la mort comme en un triomphal cortège.

LA FAMEUSE INVASION DES OURS EN SICILE
De Lorenzo Mattotti, 2020, 78 mn, 19,99 €

Un saltimbanque et sa fille, pris par le temps en montagne, se réfugient dans une grotte. Mauvaise surprise : un ours y a fait sa maison. Ils cherchent à amadouer l’animal en lui racontant l’histoire du roi des ours. Un roi qui était parti avec tout son clan dans le monde des humains dans l’espoir de récupérer son fils, enlevé par des chasseurs.

Dino Buzzati, le protéiforme géant des lettres italiennes, n’a écrit qu’un seul livre pour enfants, celui qu’adapte ici en dessin animé, en gardant le titre, son compatriote Lorenzo Mattotti. Ceux qui n’ont pas de goût pour les dessins animés, parce qu’ils ont passé l’âge, réviseront leur jugement en regardant les images de ce film. Elles gardent quelque chose du style graphique de Buzzati, illustrateur de son propre livre, mais avec beaucoup plus d’ampleur et des raffinements grisants. L’histoire, de grand souffle, a une portée épique par les batailles et magique par l’usage des sorts. Elle a aussi une dimension morale et politique, pas inactuelle, par les réflexions du roi sur la coexistence irréalisable des deux espèces, ursine et humaine. C’est un moment de rêverie éveillée.

GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD
De Peter Farrelly avec ViggoMortensen, 2019, 130 mn, 8 €

En 1962, alors que la ségrégation est toujours en vigueur dans le Sud, un videur du Bronx, Tony Lip (Viggo Mortensen), est engagé pour servir de chauffeur, dans une tournée de concerts, à Dr Don Shirley (Mahershala Ali), un pianiste célèbre mais noir. La tournée les emmène jusque dans le Sud profond. Pour la commodité, ils suivent le guide « Green Book » qui répertorie les établissements ouverts aux noirs, ce qui évitera à Shirley humiliations et mauvais traitements. Ce qui fait sourire l’aristocratique Don, très sûr de lui. À l’égoïsme des riverains à la peau blanche mais à l’âme noire, ils répondent par la générosité et l’humour. Car le sujet a beau être grave, le film de Peter Farrelly est clairement une comédie. Ce celles où l’on rit d’autant mieux qu’on ne rit pas toujours. C’est à l’écran une des plus belles et des plus réjouissantes dénonciations du racisme.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE
De Hirokazu Kore-Eda, 2019, 116 mn, 9,99 €

Osamu et sa famille pauvre vivent de chapardages. Ils recueillent dans la rue une fillette abandonnée, maltraitée par ses parents. Cette famille qui tire le diable par la queue ne s’en sort pas seulement par l’insouciance : elle cache un secret.

Ce film de Kore-Eda, palme d’or à Cannes, traite encore de la famille, son sujet de prédilection, dont il étudie avec acuité les mécanismes apparents ou cachés. Sa nouvelle famille est loin d’être un modèle de vertu. Pourtant elle fait envie et non pitié parce qu’elle répand à tout vent sa joie de vivre. Peu soucieuse de recevoir des leçons elle a plutôt l’art d’en donner sans un mot, par l’exemple. Sa plus belle leçon c’est que non seulement la pauvreté n’empêche pas la joie, mais qu’elle en est le secret.

FIRST MAN – LE PREMIER HOMME SUR LA LUNE
De Damien Chazelle avec Ryan Gosling, 2019, 135 mn, 6,99 €

Toute la carrière astronautique de Neil Armstrong, depuis ses essais sur l’avion fusée X-15, en 1961, jusqu’à son premier pas sur la Lune en 1969. Une aventure personnelle qui s’inscrit au cœur de l’épopée spatiale de la Nasa.

Le film n’est pas un documentaire mais l’adaptation du roman de James Hansen, centré sur la figure de Neil Armstrong. C’est la même perspective ici et, dans le rôle d’Armstrong, le magnétique Ryan Goslin, est à la croisée de tous les objectifs. Armstrong, qui a connu la mort d’un enfant, sa petite fille adorée, n’a jamais cessé d’être habité par ce drame. Heureusement pour lui, et pour ses exploits, il a sa femme (Claire Foy) auprès de lui. Elle est très souvent à l’écran, avec une présence ferme et douce d’un merveilleux effet. L’histoire est celle d’un homme lancé à la conquête de l’espace, mais c’est tout autant l’histoire de cette aventure spatiale elle-même, racontée avec un luxe de détails et une profondeur dramatique enivrante.

François Maximin

© LA NEF le 23 mars 2020, exclusivité internet

À propos François Maximin

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chroniqueur cinéma de La Nef.