Saint Michel, Mont-Mercure (Vendée) © Nicolas Bégaud-Commons.wikimedia.org

Saint Michel archange ou un guerrier angélique pour temps d’épidémie

Chaque pays a son armée. Sa fête nationale, son hymne et son drapeau. Chaque année, nous commémorons nos victoires et nos morts. Ainsi va le train d’une nation. Il n’en est pas de même de l’armée céleste. Certes, notre Dieu a son armée puisqu’il est lui-même le Dieu des armées : Yahvé Sabaoth. Mais son royaume n’est pas de ce monde lors même qu’il s’étend sur l’univers. Étrange Royaume ! Il a ses trônes, ses puissances et ses dominations mais son règne est dans les cœurs. Étrange Ciel, aussi, avec ses anges et ses archanges, ses séraphins, ses chérubins et tous les esprits bienheureux qui chantent sans fin le Gloria d’Isaïe entonné une nuit de Noël au-dessus de Bethléem. Cette milice céleste combat éternellement pour le Prince de la paix. Les Archanges se tiennent devant la Gloire même de Dieu.

Sur la terre, les hommes sont, une fois de plus, en guerre. Drôle de guerre qui exige non pas le corps à corps mais l’éloignement. Non l’affrontement mais l’évitement. Chacun croise dans la rue et salue, à la chinoise, les mains contre la poitrine, ou d’un regard, son meilleur ennemi. Bouche cousue : la parole est virale. Un mot d’ordre : gardez vos distances. Rentrez chez vous. N’allez pas voir vos père et mère. Un enfant peut être un porteur innocent de la mort. Belle leçon de vivre ensemble. Jamais ne s’est autant vérifiée la phrase célèbre du docteur Knock dans la pièce du même nom : « Un bien portant est un malade qui s’ignore. » Mais aussi le précepte : l’amour du prochain est discipline non-effusion.

Contre les épidémies, on se sent démuni. Des pensées archaïques remontent de notre cœur. Certains invoquent leur saint préféré. Cela peut être le charismatique saint Roch dont la cathédrale Saint-Paul de Montpellier se glorifie de posséder un tibia. Ou encore sainte Rita, patronne des causes désespérées. Dans tous les cas, mieux vaut s’adresser aux puissances haut gradées. Or, s’il est bien un saint à invoquer, en temps de guerre virale, c’est l’Archange Michel. Ce saint a tout pour lui : autant dire pour nous. En premier, sa prééminence géopolitique. Saint protecteur de l’Empire sous Charlemagne, patron de la France, patron de l’Europe (il figure dans l’écusson de Bruxelles depuis 1730), saint patron de l’Archevêque de Paris, il est, avec saint Joseph, le patron du Vatican depuis 2017, selon le vœu de Benoît XVI et la consécration du pape François. Un sanctuaire lui fut construit au Moyen Âge : le Mont Saint-Michel « au péril de la mer », lieu de pèlerinage sur le chemin de Compostelle, à laquelle la Fraternité monastique de Jérusalem a redonné une vie.

Lors de la peste qui dévasta Rome, l’Archange Michel apparut à saint Grégoire le Grand, dont nous tenons notre calendrier, le 8 mai 590, au sommet du fort devenu le Château Saint-Ange. Son épée remise au fourreau signifiait la fin du fléau. Pendant la guerre de Cent ans, l’Archange apparut, à Domrémy, à Jeanne d’Arc dont il était la voix privilégiée, avec celles de Catherine et de Marguerite, demandant à la patronne de la France de porter secours au gentil dauphin et de mettre fin à la « pitié qui était au royaume de France ». Toujours représenté comme un chevalier en armure, Michel est un guerrier angélique – autant dire oxymorique – terrassant le Dragon des origines évoqué dans le livre de l’Apocalypse.

Au bas du boulevard Saint-Michel, la fontaine qui date de 1900 le représente terrassant le dragon au-dessus des eaux. Copie du tableau de Raphaël au Louvre, il est encadré des vertus cardinales : la Force, la Prudence, la Justice, la Tempérance, aux côtés de deux Chimères ailées. La Prudence tient un miroir et un serpent : les emblèmes du Sénat. La Justice, un glaive. La Force, vêtue de la peau du lion de Némée, a les seins généreux d’une Marianne. En 1944, les étudiants se réunirent sur cette place, en signe de résistance, contre le nazisme, tout comme, pour y prier, la foule, lors de l’incendie de Notre-Dame. En 2018, l’opéra baroque de Stockhausen, Donnerstag aus Licht (Jeudi de lumière),écho de l’enfance de l’auteur, de laguerre et du destin tragique de ses parents, qui met aux prises Michel et Lucifer, sidéra, par son ampleur cosmique, le public parisien. La couleur musicale de l’opéra était le bleu. Les vertus mises en lumière, l’amour et la sagesse.

Le nom de Michel, traduit de l’hébreu en latin, signifie « Quis ut Deus ? » Qui est comparable à notre Dieu ? L’Archange Michel apporte le salut aux âmes. Il tient également la balance du Jugement dernier. Le même Archange est le patron des pharmaciens, des épiciers, des pâtissiers, et, depuis la guerre de 14, des escrimeurs et des parachutistes. Ce mercredi 25 mars, toutes les cloches ont sonné sur la terre de France. Invoquons Saint Michel. Demandons-lui de mettre fin à la « misère » de la France et de l’Europe : il est l’Archange de la situation.

Marie-Hélène Verdier

© LA NEF le 26 mars 2020, exclusivité internet

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