L'héroïne du film Unplanned (Ashley Bratcher) © DR

Cinéma : Unplanned

L’histoire vraie d’Abby Johnson, d’après son livre Unplanned (Non planifié). Première scène, traumatisante : Abby assiste à l’avortement par aspiration d’un fœtus de treize semaines. Elle voit avec stupeur, par l’échographie, que le fœtus semble se débattre à l’approche de la canule, avant d’être aspiré (une autre scène dure sera un avortement médicamenteux). Cette expérience choc transforme Abby en peu de temps, de militante modèle du Planning familial, en vedette du mouvement pro-vie. Le film déroule ensuite, en flash-back, la vie d’Abby depuis ses années d’étudiante. Généreuse, convaincue du bienfait de l’avortement légalisé, elle entre au Planning familial, dans une clinique texane où elle déploie un grand zèle, malgré les manifestations des militants pro-vie. Sa vie conjugale est houleuse : deux mariages, deux enfants, deux avortements. Engagée dans son Église, elle prie le soir pour les femmes qui viennent avorter ! Elle est nommée directrice de la clinique mais s’oppose à son ancienne directrice, une des têtes du Planning, dont le seul objectif est d’augmenter le nombre des avortements. C’est à ce point que le film cesse d’être souriant et dévoile l’aspect hideusement mortifère de l’organisation mondiale du Planning familial.
Saje, le distributeur du film, a beaucoup réfléchi à la manière de le diffuser, à cause des prévisibles débordements passionnels qu’entraînerait sa sortie en salles. Il a donc choisi des projections en enceintes privées, suivies de débats. Il y aura aussi des séances sur la plateforme ecinema.lefilmchre­tien.fr. et une lecture en VAD sur le site sajedistribution.com.
Le film a été réalisé dans un souci constant de vérité. Au point que le chirurgien qui pratique l’avortement au début du film est un ancien IVGiste qui a pratiqué plus de 1000 avortements au-delà du deuxième trimestre de gros­sesse. Souci de vérité encore, ou du moins d’équité, dans le tableau du Planning familial. Les travailleuses de la clinique sont toutes vives, avenantes et souvent drôles. De même parmi les manifestants pro-vie qui se pressent contre les grillages de la clinique, il y a des militants formidables qui suscitent l’admiration, mais on voit aussi une sorte d’ange de la mort qui accuse une jeune fille entrant à la clinique d’être une « tueuse de bébé ». On entend aussi, dans les médias, la nouvelle de ce médecin avorteur qui a été assassiné d’une balle dans la tête en pleine église. Une défaite pour les défenseurs de la vie.
Pour raconter cette histoire au message si nécessaire et urgent, les auteurs-réalisateurs Cary Solomon et Chuck Konzelman ont donné tout leur soin à la qualité artistique du film. C’est du vrai cinéma où l’actrice d’Abby, Ashley Bratcher, habite son personnage avec une grâce sensible, gagnant tous les cœurs

François Maximin

  • Cf. sur ce film l’analyse du contexte américain de Nicolas Bauer : cliquez ici.

© LA NEF n°329 Octobre 2020

À propos François Maximin

Avatar
chroniqueur cinéma de La Nef.