Cinéma Novembre 2020

Faustine, apôtre de la miséricorde (1)

«Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de ma miséricorde. » Cette parole du Christ à sainte Faustine (1905-1938) explique toute la vie de la religieuse polonaise, entièrement consacrée à faire connaître et aimer la miséricorde divine ; à travers le culte à ce « plus grand attribut de Dieu », par la prière et par l’instauration d’une fête de la Miséricorde, et aussi par la diffusion du tableau de la Miséricorde, reproduit en série par l’imprimerie.
Le film de Michal Kondrat que distribue en France le diffuseur catholique Saje, raconte toute la vie d’Helena Kowalska (son nom dans le siècle) selon le procédé du docu-fiction : une partie est faite d’interviews de personnes qui ont connu (indirectement) sœur Faustine, et une autre, d’événements de sa vie reconstitués dans des scènes de fiction mises en scène et jouées par des acteurs. Ce second aspect, parfois laissé à une certaine approximation artistique dans les docufictions, contribue ici, au contraire, à la grande valeur de ce film, parce que les comédiens y sont remarquables, aidant à pénétrer vraiment le mystère de sainte Faustine.
Dans cette partie de fiction nous découvrons la relation de sœur Faustine avec son confesseur et père spirituel, le bienheureux Père Michał Sopoćko, envoyé providentiellement. À la demande de ce dernier, sainte Faustine écrit son Petit journal où elle décrit ses expériences mystiques et précise les demandes que le Christ lui transmet. Une partie documentaire est consacrée au tableau de la Miséricorde, peint par Eugeniusz Kazimirowski, qui n’échappa à la destruction qu’au prix d’une incroyable odyssée. Le film se conclut enfin, de très belle façon, sur des témoignages des personnes déjà interviewées sur l’histoire de Faustine, à propos de l’expérience qu’elles ont pu faire elles-mêmes du recours à la miséricorde.

(1) Sortie reportée à début avril 2021 en raison du confinement.
Rens. sur www.faustine-lefilm.com

L’ombre de Staline (en DVD le 4 novembre)

En 1933 le, jeune journaliste gallois Gareth Jones, qui a déjà réussi à interviewer Hitler, se fait fort de recommencer avec Staline. Mais quand il arrive à Moscou, il a une cruelle désillusion. Il voit la société entièrement gangrenée par la propagande et le mensonge. Un confrère lui ayant conseillé de se rendre en Ukraine, il y va clandestinement et découvre là-bas une réalité abominable.
La polonaise Agneszka Holland, qui a toujours des choix courageux de sujets, affronte ici l’un des pires crimes staliniens, l’Holodomor, la famine organisée de l’Ukraine en 1932-1933, dont les victimes se comptent par millions. Habilement, elle fait de la découverte de ce massacre un thriller plein de suspense. Le film alterne deux types d’images, les premières aux couleurs vives et riches, qui décrivent l’opulence factice de la vie moscovite, réservée aux maîtres du régime, les autres grises et ternes, peignant la dureté de l’Ukraine affamée sous la neige et dont le côté crispant traduit aussi l’incompréhension de Jones devant la réalité qu’il découvre.

François Maximin

DVD à Signaler

J’IRAI DÉCROCHER LA LUNE
Film de LAURENT BOILEAU

L’Atelier d’Images, 2020, 1h32, 14,99 €

Voilà un très émouvant documentaire sur les personnes atteintes de trisomie 21. Sans voix off, sans commentaire, ce film suit la vie de six personnes d’une trentaine d’années (trois hommes, trois femmes), toutes atteintes de trisomie et qui vivent de façon indépendante. Elles sont filmées dans leur vie ordinaire quotidienne et, parfois, répondent aux questions du réalisateur. Elles expriment leur désir de vivre comme tout le monde, de s’épanouir dans leur travail, mais aussi leur rêve, comme pour Robin de pouvoir chanter en public. Avec une sensibilité touchante et même de l’humour, elles répondent sans fard sur leur différence. Un beau film.

Patrick Kervinec

© LA NEF n°330 Novembre 2020


À propos François Maximin

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chroniqueur cinéma de La Nef.